Joachim Mbatchi Pambou : « Le pétrole gabonais ne nous sauvera pas »

Il y a dans la tribune de Joachim Mbatchi Pambou quelque chose qui tranche avec le discours politique gabonais habituel : une lucidité froide, presque clinique, sur la vulnérabilité d’un pays que ses propres ressources ne suffisent plus à protéger.

 

L’homme est président du Forum pour la Défense de la République et ancien candidat à la présidentielle d’août 2023. Dans un texte publié cette semaine, il retourne l’actualité du Moyen-Orient comme un révélateur — celui qui expose, sous la lumière crue des crises extérieures, les fragilités que l’on préfère ordinairement taire.

 

Son point de départ est géopolitique : les tensions entre Israël et l’Iran, avec l’implication croissante des États-Unis dans la région. Des événements qui, vus de Libreville, pourraient sembler n’appartenir qu’à un autre monde. Mbatchi Pambou refuse cette illusion du lointain. « Dans un monde profondément interdépendant, les crises régionales ont souvent des répercussions globales, notamment sur les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement et la stabilité économique mondiale », écrit-il, avec la rigueur d’un économiste autant que l’urgence d’un homme politique.

 

Au cœur de son analyse : le Détroit d’Ormuz. Ce passage maritime par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial est, selon lui, la clé de voûte d’un mécanisme de contagion qui pourrait atteindre l’Afrique centrale bien avant que quiconque n’ait eu le temps de réagir. Une perturbation dans cette zone, et c’est toute la chaîne qui se gripperait : hausse des prix de l’énergie, inflation importée, renchérissement du transport maritime, pression sur les denrées alimentaires.

 

Le paradoxe gabonais, Mbatchi Pambou l’énonce sans détour : le Gabon produit du pétrole, et pourrait donc, en théorie, bénéficier d’une flambée des cours du brut. Mais « ce bénéfice potentiel ne doit pas masquer une réalité plus complexe », prévient-il. Car dans le même mouvement, les importations alimentaires, les biens de consommation, les coûts logistiques s’envoleraient eux aussi. Ce qui ressemble à une aubaine budgétaire pourrait alors se transformer, sans anticipation, en crise sociale silencieuse — celle qui ronge le pouvoir d’achat des ménages bien avant que les statistiques officielles n’en rendent compte.

 

C’est là que sa réflexion bascule de l’analyse vers le projet. Mbatchi Pambou ne se contente pas de décrire le risque ; il propose une architecture de réponse qu’il nomme « Stratégie Nationale de Résilience Économique », construite sur trois piliers. Le premier est la création d’un Fonds national de stabilisation du coût de la vie, conçu comme un amortisseur contre les chocs inflationnistes. Le deuxième est un programme de souveraineté alimentaire — autrement dit, réduire la dépendance structurelle du Gabon aux importations agricoles. Le troisième, enfin, est le développement d’une politique de transformation locale des ressources naturelles, seule à même, dit-il, « de renforcer la valeur ajoutée nationale et de créer davantage d’emplois ».

 

Ce triptyque n’est pas nouveau dans le débat économique africain. Mais il prend une résonance particulière sous la plume d’un opposant qui s’adresse à un pays encore sous transition militaire, dans un contexte régional marqué par la remise en question des modèles de développement hérités. Ce qui est peut-être le plus frappant dans ce texte, c’est sa philosophie finale, formulée avec une sobriété qui force l’attention : « La souveraineté d’une nation ne se mesure pas à ses ressources naturelles. Elle se mesure surtout à sa capacité à préparer l’avenir. »

 

Dans un pays pétrolier qui a longtemps vécu sous la promesse que l’or noir suffirait, l’avertissement résonne comme une mise en demeure. « Les nations fortes ne subissent pas les crises : elles les anticipent. » Reste à savoir si quelqu’un, au Gabon, est prêt à l’entendre..



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