Camélia Ntoutoume Leclercq à la Prison Centrale : plaidoyer pour une éducation inclusive et une réinsertion par le mérite.

Franchir les lourdes portes de la Prison Centrale de Libreville ce matin n’était pas une simple visite de routine administrative, mais une immersion dans un sanctuaire de résilience où le savoir défie la claustration. En tant que Ministre d’État chargé de l’Éducation Nationale, j’ai pu constater que les couloirs de cet établissement ne résonnent plus seulement du bruit des verrous, mais de l’ambition silencieuse de candidats déterminés à transformer leur destin. Nous nous trouvons dans une phase charnière du processus du baccalauréat général et, pour la première fois, technologique, marquant une avancée historique dans notre système carcéral. Ce « scoop » de l’année, si l’on peut le nommer ainsi, réside dans l’ouverture de toutes les séries d’examen au milieu carcéral, prouvant que les murs de la cellule ne sauraient être des remparts contre l’intellect et le désir de s’élever. Cette initiative témoigne d’une volonté politique ferme d’offrir à chaque citoyen, quelle que soit sa condition présente, les clefs de sa propre rédemption par l’instruction.

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Cette réussite est le fruit d’un partenariat exemplaire et indéfectible entre le Ministère de l’Éducation Nationale, le Ministère de la Justice et le commandement en chef de la sécurité pénitentiaire. C’est une synergie d’action qui permet aujourd’hui de considérer l’insertion des détenus non plus comme une utopie lointaine, mais comme un volet concret et opérationnel de notre politique sociale.

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De l’examen du certificat d’études primaires (CEP) au brevet d’études du premier cycle (BEPC), jusqu’au baccalauréat, le parcours éducatif en milieu carcéral est désormais structuré et pérenne. À Libreville, des locaux dédiés, véritables établissements au cœur de la détention, permettent aux élèves de suivre des cours et de composer dans des conditions de sérénité absolue, identiques à celles de nos établissements publics. Ce cadre rigoureux est essentiel pour garantir l’équité des chances et la valeur des diplômes obtenus sous les verrous.

 

Sur l’ensemble du territoire national, l’engagement est tout aussi palpable avec un total de trente et un candidats courageux qui se présentent aux épreuves. La répartition géographique de cette cohorte témoigne de la décentralisation de notre effort : si la province de l’Estuaire (G1) concentre la majorité avec dix-neuf candidats au baccalauréat général et trois au baccalauréat technologique, d’autres provinces comme l’Ogooué-Maritime (G8), le Moyen-Ogooué (G4) et le Woleu-Ntem (G9) participent activement à cette dynamique inclusive. Au niveau national, ce sont vingt-neuf candidats pour le baccalauréat général et quatre pour le baccalauréat technique qui défient les statistiques et l’isolement. Ces chiffres, bien que modestes en apparence, représentent autant de vies en reconstruction et de familles qui retrouvent l’espoir d’une réintégration réussie pour leurs proches.

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Au-delà des chiffres, c’est la vision de l’éducation inclusive, portée avec force par le Chef de l’État, qui s’incarne ici. Pour nous, au Ministère de l’Éducation Nationale, qu’ils soient détenus ou non, ces hommes et ces femmes sont avant tout des candidats à la réussite. Le Chef de l’État place la formation au cœur de ses priorités, car il sait qu’un citoyen instruit est un citoyen qui possède les outils pour ne plus faillir. Nous avons été frappés par la motivation extraordinaire de ces candidats qui, malgré les épreuves passées, affichent une dignité et une soif d’apprendre admirables. Les excellents taux de réussite enregistrés historiquement dans ce centre ne sont pas le fruit du hasard, mais la preuve d’un encadrement pédagogique de haute volée et d’une discipline de fer au service de l’excellence académique.

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Cependant, une question légitime brûle souvent les lèvres : que faire de ces diplômes une fois la peine purgée ? Il est crucial de comprendre que l’obtention du baccalauréat en prison ne signifie pas une remise de peine automatique, mais elle constitue le socle d’une nouvelle existence. L’examen est une étape, un viatique pour l’après. Une fois leur dette envers la société acquittée, ces jeunes lauréats ont la possibilité de s’inscrire dans nos universités et grandes écoles nationales pour poursuivre leur cursus. Le plan de réinsertion est une dynamique multicentrique où chaque ministère doit jouer sa partition pour que ces diplômés puissent entrer de plain-pied dans la vie active. La grâce présidentielle, parfois accordée pour bonne conduite, vient aussi récompenser ceux qui ont choisi la voie de l’effort intellectuel pour se racheter.

 

La réinsertion ne se limite d’ailleurs pas aux bancs de l’université ; elle embrasse également le vaste champ de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat. Un travail titanesque est abattu en milieu carcéral pour développer des compétences pratiques dans des secteurs porteurs tels que l’agriculture ou l’artisanat, notamment la vannerie pour les femmes détenues. Ces formations permettent aux sortants de créer de petites entreprises et d’être accompagnés dans leur envol économique. L’objectif est de transformer le temps de la détention en un temps de construction de compétences exploitables immédiatement. En devenant entrepreneurs, ces anciens détenus prouvent qu’ils peuvent être des agents créateurs de richesse pour le Gabon, transformant ainsi leur passé en un levier d’innovation.

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Toutefois, le plus grand défi reste celui du regard de l’autre. La société continue trop souvent de stigmatiser ceux qui ont connu l’ombre des prisons, ignorant parfois que la peine a été intégralement purgée. Pourtant, quand un individu sort de prison avec un diplôme en main et une volonté farouche de travailler, il n’y a aucune raison de lui refuser notre confiance. S’il devient un bon entrepreneur ou un employé dévoué, son passé ne doit plus être un boulet, mais une leçon de vie qui renforce sa résilience. C’est à nous, collectivement, de briser ce cercle vicieux de la méfiance pour permettre à ces talents de s’épanouir et de contribuer au développement de notre nation. La confiance est le ciment nécessaire à toute réintégration durable.

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Cette session du baccalauréat en milieu carcéral est une victoire de l’esprit sur la matière, de l’espoir sur la fatalité. Je tiens à saluer le courage de ces trente et un candidats nationaux qui nous rappellent que l’éducation est un droit inaliénable et le plus puissant moteur de changement social. Nous continuerons, sous l’impulsion du Chef de l’État, à renforcer cette coopération entre l’Éducation et la Justice pour que chaque prison devienne, autant que possible, une école de la deuxième chance.

Place maintenant aux résultats, avec la certitude que ces candidats porteront haut les couleurs de l’excellence gabonaise. Le chemin vers la liberté commence souvent par la maîtrise d’une page d’histoire, d’une équation mathématique ou d’un concept technologique.



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