Ce vendredi 29 mai, la Chambre de commerce de Libreville n’a pas accueilli un salon comme les autres. Alors que l’institution célébrait discrètement ses 91 ans d’existence, c’est une toute première qui s’est jouée sous ses plafonds : l’ouverture du Salon Funéraire du Gabon. Un événement placé sous le haut patronage du Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, et organisé par le ministère de la Santé aux côtés de l’Agence nationale du médicament et des autres produits de santé (ANAMPS), Gnima Service, la BCEG, SUNU Assurance et la Fondation BGFI Bank. Pendant deux jours, les acteurs publics et privés vont plancher sur ce que personne n’avait encore vraiment osé regarder en face : comment moderniser, réguler et professionnaliser l’accompagnement de la mort au Gabon.

Dans une salle où se mêlent responsables administratifs, opérateurs funéraires, assureurs et experts internationaux, l’émotion est palpable mais la détermination aussi. C’est Yoyo Iloko Stéphanie, épouse Tchimina, PDG de Gnima Service et présidente du comité d’organisation, qui ouvre le bal. Sa voix porte, claire, presque solennelle : « Cet événement constitue une étape importante dans l’histoire de notre pays car elle ouvre pour la première fois un espace national de dialogue, de réflexion et de propositions autour d’un secteur qui touche à la fois la dignité humaine, la santé publique, l’environnement, les traditions culturelles et le développement économique. » Elle l’affirme sans détour : longtemps abordé uniquement sous l’angle de l’émotion et du recueillement, le funéraire mérite aujourd’hui une réflexion approfondie sur ses enjeux réglementaires, sanitaires, éthiques et professionnels. Et de saluer la présence du vice-président du gouvernement, signe que les plus hautes autorités du pays prennent désormais la mesure de ce secteur stratégique.

Danielle Sibelle Biwawou, directrice générale de la Chambre de Commerce, ne cache pas sa fierté. Le 29 mai marque les 91 ans de sa maison, une longévité dédiée à l’accompagnement des opérateurs économiques. Mais elle voit dans ce salon un heureux clin d’œil du calendrier : « On parle du funéraire, on parle de naissance de la chambre. Je pense que les deux événements se complètent. 91 ans d’histoire, de présence, d’engagement au service du développement économique du Gabon. Et oui, le secteur funéraire, bien que paraissant funeste, est un secteur de notre économie. »

Elle invite à voir au-delà des apparences : derrière les cercueils et les fleurs, il y a des métiers, des innovations, des opportunités entrepreneuriales que trop peu osent encore explorer. Pour elle, ce salon offre un espace d’échange unique autour de la réglementation, de l’éthique, de la qualité des services et de la professionnalisation des métiers funéraires.

Mais pourquoi un tel vide juridique et organisationnel jusqu’ici ? La représentante du directeur général de l’ANAMPS, venue avec les salutations chaleureuses du docteur Ange Mibindzou Mouelet, pose le diagnostic sans fard. « Le secteur funéraire se situe au croisement de plusieurs domaines stratégiques mais demeure confronté à de nombreux défis : la mise en place d’un cadre réglementaire harmonisé, l’amélioration des prestations, la professionnalisation des acteurs, les problématiques liées au coût des services, mais également les risques sanitaires et environnementaux associés à certaines pratiques observées. »

L’ANAMPS, en tant que régulateur des produits de santé, entend désormais encadrer au mieux les produits utilisés dans les pratiques funéraires – notamment les produits chimiques de conservation, dont l’usage sans contrôle menace autant les professionnels que l’environnement.


C’est pourtant Elza Joséphine Nkana Ayo, épouse Bivigou, qui aura le dernier mot de cette cérémonie d’ouverture. Dans un discours à la fois grave et porteur d’espoir, elle rappelle que ce salon et cet atelier national traduisent « une prise de conscience collective face à une dure réalité longtemps reléguée au second plan de l’action publique du ministère de la Santé, alors même qu’elle touche directement à la dignité humaine, à l’organisation sociale et aux valeurs fondamentales de notre République. »

Elle enfonce le clou : la manière dont un pays traite ses défunts et accompagne les familles en deuil est un marqueur de son niveau de civilisation, de solidarité et d’humanité. Or, le constat est sévère : cadre réglementaire insuffisant, disparité des pratiques, faiblesse du contrôle sanitaire, coûts trop élevés des prestations. « L’inaction ne saurait être une option », lance-t-elle, avant d’inscrire cette réflexion dans la dynamique nationale voulue par le président Brice Clotaire Oligui Nguema : celle d’un Gabon moderne, organisé, respectueux des normes.

Pendant deux jours, les participants vont donc plancher sur des sujets concrets : gestion des corps, conditions de conservation, transport funéraire, normes d’hygiène dans les morgues, pratiques de thanatopraxie… L’objectif est ambitieux : poser les bases d’un véritable cadre légal, sanitaire, technique et éthique. Et faire du funéraire, enfin, un secteur comme les autres – organisé, professionnel, respectueux des vivants comme des défunts.
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