Par Patrick MBINA NZIGOU
Doctorant en Administration des Affaires (Université Paul Valéry – Montpellier 3) et Président de l’ONG Gabon Développement,fait des propositions concrètes pour sortir le pays de l’endettement.
Le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 fixe une ambition historique pour le Gabon : mobiliser près de 27 000 milliards de FCFA pour structurer notre économie et bâtir l’avenir. Mais un constat lucide s’impose : l’État ne dispose à lui seul que d’environ 10 000 milliards de FCFA sur ses ressources propres. Comment combler un tel gap sans précipiter notre pays dans la spirale infernale du surendettement ?
Les alertes récentes du Fonds Monétaire International (FMI) résonnent comme un signal d’alarme. La dette publique, qui représentait 70,9 % du PIB en 2024, risque d’atteindre 94,3 % en 2027, dépassant largement le plafond communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Avec un déficit budgétaire projeté à plus de 10 % du PIB et une charge d’intérêts de la dette avoisinant les 667,3 milliards de FCFA pour le seul exercice 2027, l’emprunt extérieur ne peut plus être le moteur de notre développement.
Face à ce défi, le Gabon ne manque pas de ressources, mais de mécanismes internes d’optimisation. Pour financer notre émergence sans aliéner notre souveraineté, nous devons impérativement activer trois leviers stratégiques nationaux.
1. Faire des PME/PMI le véritable moteur de la croissance et de l’assiette fiscale
Le premier levier réside au cœur du tissu économique local. Les PME/PMI créent la valeur, génèrent des emplois stables et élargissent l’assiette fiscale hors pétrole, sans ajouter un seul centime à la dette publique.
Pourtant, le principal goulot d’étranglement demeure l’accès au financement. Les initiatives en cours — de la création de la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) au renforcement du portefeuille de la Société de garantie du Gabon (SGG), soutenu par l’African Guarantee Fund — vont dans le bon sens. De même, la réforme du crédit-bail avec la Société financière internationale (SFI) permettra à nos jeunes entrepreneurs de s’équiper sans exigences de garanties inaccessibles.
Mais pour transformer l’essai, nous préconisons trois mesures fortes :
Réserver une part obligatoire de la commande publique aux PME gabonaises, assortie de délais de paiement stricts pour préserver leur trésorerie.
Accompagner la formalisation des entreprises par un cadre fiscal simplifié et incitatif.
Associer tout financement à un mentorat technique, car l’accès au crédit n’assure pas, à lui seul, la pérennité d’une entreprise.
2. Optimiser et sécuriser la capture de la rente pétrolière
Le secteur pétrolier continue de représenter un tiers de notre PIB et la moitié de nos recettes fiscales. Si l’augmentation de la production de la Gabon Oil Company (GOC) via Assala (portée à 57 000 barils par jour) et la mise en valeur du champ N’Gongui sont réjouissantes, la volatilité des cours nous impose la plus grande rigueur.
L’acquisition d’Assala pour 648 milliards de FCFA s’étant faite par endettement, l’enjeu crucial repose désormais sur les dividendes nets que la GOC reversera réellement à l’État. Pour que le pétrole redevienne un levier de souveraineté budgétaire :
Une gouvernance irréprochable et transparente de la GOC doit être garantie, pour faire de la société nationale un centre de profit et non une charge.
Une règle d’épargne systématique doit être établie via un fonds de stabilisation, afin de mettre le budget national à l’abri des chocs de cours.
La valorisation du gaz naturel et du GPL doit s’accélérer pour limiter les pertes à la torche et développer de la valeur ajoutée locale.
3. Mobiliser l’épargne nationale, la diaspora et instaurer une discipline budgétaire stricte
Pour financer les 17 000 à 18 000 milliards de FCFA attendus du secteur privé et des partenariats public-privé (PPP), il nous faut regarder à l’intérieur de nos frontières et vers nos compatriotes de l’extérieur.
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) doit s’imposer comme le bras armé de ce financement endogène. Le Forum national de l’épargne pour le développement (FONED) a posé les jalons nécessaires : la création de produits d’épargne longue, de fonds de pension et d’obligations souveraines attractives pour la diaspora gabonaise permettra de canaliser les capitaux nationaux vers les infrastructures prioritaires.
Enfin, ce modèle ne fonctionnera pas sans une discipline budgétaire sans concession. La transparence sur la dette à travers l’audit exhaustif engagé par le Gouvernement, la maîtrise des dépenses de fonctionnement et la suppression effective des subventions inefficaces sont les conditions sine qua non pour restaurer la confiance, conclure un programme crédible avec le FMI et attirer des investisseurs privés sérieux.
Conclusion : La rigueur d’exécution comme seule boussole
Nous devons saluer le courage des autorités de la Transition qui ont initié le dialogue avec les institutions financières internationales tout en lançant des réformes courageuses pour le financement interne de notre économie.
Le Gabon n’a pas un problème de ressources, mais un impératif de rigueur d’exécution. En faisant confiance à nos PME, en sécurisant notre rente pétrolière et en mobilisant la collecte de l’épargne nationale, nous réussirons le pari de financer le PNCD 2026-2030. C’est à ce prix que nous offrirons au peuple gabonais une croissance durable, inclusive et affranchie de la dépendance au surendettement.
