Cinq personnes sont toujours portées disparues. Cent dix autres ont été retrouvées saines et sauves. Au lendemain du naufrage de la plateforme Prospecter 5, survenu dans la nuit du samedi 24 octobre 2026 au large de Mayumba, le SYNAHYDRO sort de sa réserve et prend position. Dans un communiqué daté du 25 octobre, l’organisation exprime d’abord sa solidarité « aux rescapés, aux personnes recherchées, à leurs familles et à leurs collègues », avant de poser les questions qui dérangent.
La plateforme, propriété de Borr Drilling et engagée pour le compte de BW Energy sur le permis Dussafu Marin, a sombré alors que se déroulaient des opérations de préchargement des jambes. Les premières informations évoquent un phénomène de poinçonnement, un punch-through dans le jargon du secteur, soit l’enfoncement soudain d’un appui dans le sol marin. Un scénario bien connu des ingénieurs : lorsque des couches superficielles résistantes reposent sur des couches plus faibles, la stabilité du jack-up peut être compromise en quelques instants. « Ce phénomène correspond à l’enfoncement soudain d’un appui dans le sol marin, notamment lorsque des couches superficielles résistantes reposent sur des couches plus faibles, compromettant ainsi la stabilité du jack-up », précise le communiqué.
Le SYNAHYDRO ne se contente pas de constater. Il demande « l’ouverture d’une enquête technique approfondie afin d’établir les causes exactes du naufrage, notamment au regard des études géotechniques, de la capacité portante du fond marin et des procédures de préchargement ». Derrière la formulation technique se dessine une interrogation plus lourde : les sols avaient-ils été correctement caractérisés avant l’installation ? Les procédures ont-elles été respectées ? Et surtout, qui contrôlait quoi ?

L’organisation réclame également « la mobilisation des garanties d’assurance applicables pour assurer la prise en charge des préjudices conformément aux dispositions en vigueur » et « un suivi rigoureux des coûts du sinistre et des indemnisations correspondantes, afin de préserver les intérêts économiques de l’État ». Un rappel que, derrière le drame humain, se joue aussi un enjeu financier considérable pour les finances publiques.
Sur le volet humain, le SYNAHYDRO exige « la prise en charge psychologique des rescapés par BWE et les sociétés adjudicataires concernées ». Car survivre à un naufrage ne s’arrête pas au moment où l’on touche le pont du navire de secours.
Mais c’est sur la question du contrôle que le communiqué se fait le plus insistant. Le SYNAHYDRO plaide pour « le renforcement des missions de contrôle du Ministère du Pétrole et du Gaz, avec une présence systématique de ses agents sur les installations pétrolières, y compris lors des opérations de rig move, de mobilisation et de démobilisation des appareils de forage ». Il va plus loin en proposant « la mise en place d’un fonds spécial et d’une procédure de mobilisation d’urgence des agents du Ministère du Pétrole et du Gaz, afin de garantir leur intervention rapide et la disponibilité des moyens nécessaires lors de sinistres affectant les installations pétrolières ». L’organisation demande aussi que des « mesures correctives » et, « le cas échéant », des « sanctions » soient appliquées « en cas de manquements établis », et qu’un de ses représentants soit associé au suivi du dossier.
Le message de fond est limpide : « la sécurité des opérations pétrolières en offshore repose notamment sur la qualité des études géotechniques, la stabilité des installations et le respect des procédures opérationnelles ». Et, ajoute le SYNAHYDRO, « à ce titre, les missions de contrôle et d’intervention de l’Administration sont indispensables et doivent bénéficier de moyens à la hauteur des risques du secteur ».

À l’heure où les budgets se resserrent, l’avertissement prend une résonance particulière : « Dans un contexte de rationalisation des ressources, leur efficacité ne saurait être compromise. La protection des travailleurs, la sécurité des installations et la préservation des intérêts de l’État demeurent indissociables. »
En attendant les conclusions de l’enquête, les recherches se poursuivent pour retrouver les cinq disparus. Le SYNAHYDRO, lui, réaffirme « son attachement à la valorisation durable du secteur des hydrocarbures et à la reconnaissance des femmes et des hommes qui contribuent quotidiennement à sa sécurité et à sa performance ». Une manière de rappeler que la sécurité offshore ne se décrète pas : elle se contrôle, se finance et s’assume.
