Crédits carbone : le Gabon signe ses premiers accords de commercialisation avec SEFE pour 6 millions de tonnes de CO₂

Le Gabon a conclu, le 3 novembre 2026, ses premiers accords de commercialisation de crédits carbone juridictionnels avec SEFE, une société internationale d’énergie détenue par l’État allemand. Une opération qui ouvre de nouvelles perspectives économiques pour le pays, tout en soulevant des attentes sur les retombées financières au bénéfice de l’État et des communautés.

Le Gabon franchit une nouvelle étape dans la valorisation de son patrimoine naturel. Le pays vient de signer ses premiers accords de commercialisation de crédits carbone juridictionnels, portant sur environ 6 millions de tonnes de CO₂.

L’accord a été conclu entre la République gabonaise, représentée par l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV), et SEFE (Securing Energy for Europe), une entreprise énergétique détenue par le gouvernement allemand.

Cette annonce a été rendue publique le mardi 3 novembre par la Présidence de la République. Elle marque une avancée dans la stratégie nationale visant à faire de la préservation des forêts une source de revenus et un levier de diversification économique.

Une première sur le continent africain

Selon les autorités gabonaises, cette opération fait du Gabon le premier pays africain à commercialiser des crédits carbone juridictionnels issus de la préservation de ses forêts et éligibles au mécanisme CORSIA.

Ce dispositif international encadre la compensation des émissions de carbone du secteur de l’aviation. Les crédits concernés sont certifiés selon le standard international ART-TREES, qui repose sur des exigences de mesure, de vérification et de suivi des résultats environnementaux.

Pour le pays, l’enjeu est de donner une valeur économique aux efforts de conservation forestière engagés depuis plusieurs décennies.

La forêt gabonaise, qui constitue l’un des principaux atouts naturels du pays, pourrait ainsi contribuer davantage au financement du développement national, au-delà de son rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique.

Scyrielle Sende Etali, au cœur de la valorisation du capital naturel

À la tête de l’AGADEV, Scyrielle Sende Etali joue un rôle central dans la mise en œuvre de cette stratégie de valorisation de l’économie verte.

L’agence publique est chargée notamment de la monétisation des crédits carbone et de la valorisation du capital naturel gabonais. Elle intervient désormais comme mandataire de l’État dans la négociation et la commercialisation des crédits carbone souverains.

Cette première transaction concrétise ainsi le travail engagé par l’institution pour positionner les ressources environnementales du Gabon sur les marchés internationaux.

Pour la directrice générale, l’enjeu dépasse la seule commercialisation des crédits. Il s’agit de faire en sorte que la richesse naturelle du pays puisse générer une valeur économique durable, tout en préservant les écosystèmes et en renforçant la souveraineté nationale.

Les forêts gabonaises ne sont pas à vendre

L’annonce de cette opération s’accompagne d’une précision importante des autorités : le Gabon ne cède ni ses terres ni ses forêts.

La propriété et la gestion du patrimoine forestier national demeurent entre les mains de l’État gabonais. Les accords portent exclusivement sur des unités carbone issues des résultats de la préservation forestière.

Les autorités indiquent également que les crédits commercialisés sont soumis à des mécanismes rigoureux de vérification et de traçabilité, destinés à garantir leur intégrité environnementale.

Les premières livraisons sont annoncées au plus tard au premier trimestre 2027.

Des retombées économiques encore attendues

Si le volume de crédits concernés est désormais connu, le montant financier de la transaction n’a pas été communiqué.

Les modalités précises de répartition des revenus, notamment entre l’État et les communautés, restent également à préciser.

Selon les informations communiquées par la Présidence, les revenus revenant à l’État seront cantonnés dans l’attente de l’entrée en vigueur du cadre réglementaire national. Celui-ci prévoit notamment un mécanisme de partage des bénéfices avec les communautés.

Cette question sera déterminante pour mesurer l’impact réel de cette nouvelle activité sur les populations, particulièrement celles qui vivent à proximité des espaces forestiers et participent à leur préservation.

Une nouvelle voie pour l’économie gabonaise

Avec cette première commercialisation, le Gabon entend démontrer que la protection de son patrimoine naturel peut constituer un véritable levier de développement économique.

L’objectif affiché est de bâtir une économie plus diversifiée, durable et créatrice de valeur, en s’appuyant sur les ressources environnementales du pays.

Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a salué l’engagement des Gabonaises et des Gabonais qui ont contribué, génération après génération, à la préservation du patrimoine forestier national.

Il a également rendu hommage aux spécialistes nationaux mobilisés dans le suivi environnemental, dont le travail a permis de concrétiser cette première opération.

Au-delà de cette signature, les autorités annoncent déjà la perspective de nouvelles transactions.

Pour le Gabon, l’enjeu sera désormais de transformer cette avancée en retombées économiques concrètes, transparentes et équitablement réparties, afin que la préservation de la forêt bénéficie aussi durablement à l’économie nationale et aux communautés.





Assistant Edu Gabon

Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

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