Pétrole au Gabon : l’ambitieux pari de Clotaire Kondja pour une souveraineté gazière

Trois cent soixante-cinq jours. C’est le temps qu’il aura fallu au ministère du Pétrole et du Gaz, installé le 3 mai 2025, pour poser les jalons d’une refonte silencieuse mais déterminée du secteur hydrocarbures gabonais. Placé sous l’autorité directe de la présidence de la République et confié depuis janvier 2026 à l’ingénieur Clotaire Kondja, ancien cadre de Vaalco Gabon, ce département n’a pas eu droit à une période d’observation. Il a plongé dans le bain, les deux pieds dans les brûleurs et les mains dans les contrats. À l’heure du premier bilan, entre satisfaction mesurée et ambitions dévorantes, c’est toute une stratégie de reconquête qui se dessine, avec le gaz pour étendard.

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Ils ont pris le secteur comme on hérite d’une vieille pompe qui tousse, et ils ont passé douze mois à en remplacer chaque pièce, une par une, sans jamais couper le flux. Depuis le 3 mai 2025, date officielle de l’installation du ministère du Pétrole et du Gaz, le Gabon a cessé de gérer sa rente pour tenter de la réinventer. Le pari est osé, la marge étroite, mais après un an d’une activité aussi discrète qu’efficace, les premiers signes de résurrection sont là. À la manoeuvre, un homme : Clotaire Kondja, ingénieur de production pétrolière passé par Vaalco Gabon, nommé ministre le 1er janvier 2026 dans un remaniement qui n’avait rien d’anodin. « Le choix de Clotaire Kondja s’inscrit dans une volonté de restaurer la confiance des investisseurs et de renforcer la compétitivité du Gabon comme pays pétrolier de référence en Afrique de l’Ouest », a martelé la présidence. Traduction : on envoie un technicien, pas un politique. Et les chiffres, pour l’instant, lui donnent raison.

 

Cent jours après sa prise de fonction, le ministère affichait un taux d’exécution de sa feuille de route de 97,83 %. Un chiffre presque trop parfait pour être honnête, mais que l’entourage du ministre défend comme la preuve d’une « rigueur, d’une discipline et d’un professionnalisme » sans précédent. En douze mois, les contrats se sont enchaînés comme jamais. La société gabonaise Koreg (Komo Ressources Group) a décroché deux nouveaux blocs d’exploration, EF‑7 et Pomok, devenant ainsi la première entreprise nationale à détenir trois permis. Un coup de pouce assumé à l’indigénisation du secteur, et une façon de dire que l’ère du tout-étranger est révolue. Le signal est clair : Libreville entend bien que ses fils prennent leur part du gâteau.

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Dans le même temps, la britannique Pelgrim Exploration a signé pour les blocs Ndjila et Mpari, estimés respectivement à 445 et 351 millions de barils potentiels, avec un investissement annoncé de 61 milliards de FCFA sur huit ans. « Le Gabon reste un pays à fort potentiel, a rappelé Clotaire Kondja lors d’un discours à Libreville. Nous voulons que les blocs attribués se traduisent très vite en plateformes, en forages, en emplois et en revenus stables pour l’État. » Le message est passé : les signatures, c’est bien, les barils, c’est mieux.

 

La première urgence était politique et symbolique. Après des années de production en dents de scie, il fallait restaurer la confiance des investisseurs sans brader la souveraineté nationale. Le choix d’un technicien pur jus, féru de forages et rodé aux réalités du terrain, envoyait déjà un signal : fini le temps des grandes déclarations sans lendemain. Kondja, l’homme de l’ombre devenu visage de la renaissance pétrolière, ne s’y est pas trompé. Dès sa prise de fonction, il a martelé une seule ligne directrice : « Le Gabon reste un pays à fort potentiel. Nous voulons que les blocs attribués se traduisent très vite en plateformes, en forages, en emplois et en revenus stables pour l’État. » La machine s’est mise en branle.

Reste la production, cette mère de toutes les batailles. Sur le terrain, la machine a effectivement commencé à chauffer. Après un deuxième trimestre 2025 morose, les chiffres ont fini par rougir de plaisir au quatrième trimestre : le Gabon est repassé au‑dessus des 200 000 barils par jour. Le champ de Grand Ngongui, à Gamba, a craché plus de 10 000 barils par jour, propulsant la production nationale au-delà du seuil symbolique des 200 000 barils quotidiens, avec environ 18,77 millions de barils extraits sur les trois derniers mois de l’année, . À côté, Magoga aligne 24 millions de barils de réserves prouvées, et le sous-sol gabonais, qu’on croyait essoufflé, a encore livré des surprises.

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Un rebien, même fragile, car les recettes pétrolières, elles, continuent de dégringoler – de 1 020 milliards de FCFA en 2023 à 661 milliards prévus en 2026. Une chute de 35 % qui tient autant à la baisse des prix du brut mondiaux capricieux, mais aussi à une politique de subvention que l’exécutif n’ose pas encore toucher, et à la vétusté de certains champs. D’où l’urgence de la double stratégie : forer davantage, et mieux valoriser ce qui sort de terre.

 

Car c’est bien là l’équilibriste de ce ministère : maintenir la paix sociale sans couler les comptes publics. En novembre 2025, le gouvernement a pris un risque politique majeur : le maintien de la subvention des produits pétroliers, renonçant provisoirement à sa suppression programmée pour janvier 2026, comme l’avait annoncé le ministre Sosthène Nguema Nguema en novembre 2025. Un virage justifié par la nécessité de « protéger le pouvoir d’achat » tout en assainissant les comptes. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a lui-même justifié ce choix en forme de profession de foi : « Nous ne pouvons pas sacrifier la paix sociale à la logique pure de marché. La subvention est un outil transitoire, mais elle doit être ciblée et vouée à disparaître au fur et à mesure que la production et les revenus se redressent. » Un discours de raison, mais aussi une épée de Damoclès suspendue au-dessus des ménages.

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Là où le ministère espère faire la différence, c’est sur le gaz. Longtemps traité comme un simple déchet de l’or noir, voire brûlé à la torche dans une indifférence quasi générale, il est devenu la coqueluche de la transition énergétique à la gabonaise. Le chef de l’État l’a répété devant les députés : « valoriser le gaz comme ressource économique et comme vecteur de transition énergétique propre » est désormais une priorité nationale.

Le gaz, justement, a cessé d’être un déchet pour devenir un axe central. « Le gaz n’est pas un sous‑produit, c’est une ressource stratégique, a insisté Clotaire Kondja lors des Journées du pétrole de Libreville. Nous devons transformer notre flambage en valeur ajoutée, en énergie et en emplois. » Concrètement, le Gabon affiche désormais une capacité d’environ 200 tonnes par jour de GPL. Deux centres emplisseurs de la SGEPP ont été livrés, dont un à Port-Gentil, et celui de Moanda est en passe d’être achevé.

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Trois entrepôts de stockage flambant neufs sont opérationnels à Franceville, Oyem et Tchibanga, de quoi éloigner le spectre des pénuries dans des villes qui dépendaient d’une logistique fragile. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé la ligne : « valoriser le gaz comme ressource économique et comme vecteur de transition énergétique propre ». Sur le papier, l’ambition est belle. Reste à transformer les dépôts en litres réguliers pour les ménages et les entreprises.

 

Dans les stations-service, la donne change aussi. PetroGabon exploite aujourd’hui 24 stations, dont la vitrine du PK 13 à Ntoum, tandis que Gab’Oil a inauguré sa douzième station à Makokou en mars 2026, couvrant peu à peu le nord-est du pays. Le maillage territorial progresse, mais des zones blanches subsistent. Sur les treize grands axes stratégiques que le gouvernement a identifiés, huit à dix sont désormais pourvus ; il reste quelques zones blanches, mais l’objectif de continuité d’approvisionnement s’approche. Et pour garantir la confiance des consommateurs, le ministère veille : les carburants vendus sont aux normes, et la promesse du « zéro rupture » tient bon.

 

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Reste l’humain, ce parent pauvre trop souvent oublié des grandes réformes. Dans l’ombre des pipelines et des cuves, une autre révolution est en marche, plus silencieuse mais tout aussi décisive. Le ministère a noué un partenariat avec l’Institut Français du Pétrole, lancé en décembre 2025 puis prolongé en janvier 2026, pour former les cadres gabonais aux nouvelles exigences réglementaires.

Ici, le bilan est édifiant : au 26 avril 2026, 96 % des pompistes en activité étaient Gabonais. Un chiffre qui n’est pas tombé du ciel, mais le résultat d’une politique volontariste d’ancrage national. La gabonisation de la distribution, longtemps restée un voeu pieux, semble cette fois bien réelle. C’est peut-être la plus belle victoire de cette première année : avoir substitué le faire au dire. Sur ses cent premiers jours, le ministère affiche un taux d’exécution de sa feuille de route de 97,83 % – une discipline que Kondja brandit comme un trophée personnel. « Un signal de rigueur, de discipline et de professionnalisme », a-t-il soufflé, comme pour rappeler que derrière les barils et les contrats, il y a des hommes et des femmes à former, à élever, à retenir.

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Reste l’épreuve du temps. Les blocs signés en 2025 ne donneront leurs premiers barils qu’en 2027 ou 2028. La suppression des subventions, effective depuis janvier 2026, n’a pas encore produit tous ses effets sociaux. Et la production, malgré son rebond à 200 000 barils par jour, reste vulnérable aux humeurs du marché mondial. Mais pour la première fois depuis longtemps, le Gabon pétrolier ne ressemble plus à un malade qu’on maintient en vie. Il a retrouvé un rythme, une cohérence, une respiration.

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Cette première année de la nouvelle gouvernance pétrolière ne ressemble pas à une simple addition de communiqués. Il raconte une tentative de reconfiguration complète, où l’on cherche à la fois à regonfler les réserves, à sécuriser les volumes, à transformer le gaz localement et à imposer des standards de qualité. Le défi, désormais, est de faire tenir toutes ces briques ensemble dans la durée : convertir les signatures en recettes stables, les barils en emplois qualifiés, et les dépôts neufs en disponibilité régulière du gaz pour les ménages comme pour les entreprises. Le chemin est encore long, mais pour la première fois depuis longtemps, la feuille de route n’est plus un poster décoratif : c’est un carnet de bord que l’on remplit ligne après ligne. Les douze prochains mois diront si cette mécanique si minutieusement réassemblée tient la distance. En attendant, Clotaire Kondja peut souffler une seconde : la pompe, au moins, ne tousse plus.

Alors, révolution ou simple ajustement ? À mi-mandat du cycle entamé en mai 2025, le ministère du Pétrole et du Gaz ressemble davantage à un chef d’orchestre qui accorde ses instruments qu’à un pyrotechnique bousculant la partition. Les grands défis – baisse des recettes, dépendance aux subventions, torchage persistant – n’ont pas disparu. Mais la musique a changé. Elle porte désormais les accents d’une souveraineté mesurée, d’une confiance recolletée auprès des investisseurs et d’une conversion progressive au gaz. Les prochains mouvements diront si cette année de recomposition était une simple ouverture ou déjà le début d’un long crescendo.



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3 thoughts on “Pétrole au Gabon : l’ambitieux pari de Clotaire Kondja pour une souveraineté gazière”

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