Pétrole et sang : au ministère de l’or noir, la colère des « oubliés » fait trembler les murs

L’atmosphère était électrique, presque suffocante, à l’esplanade du ministère du pétrole et du gaz que l’on imagine volontiers comme le coffre-fort rutilant du Gabon. Pourtant, derrière les façades de ce pivot stratégique de l’économie nationale, couve une fronde sociale d’une rare violence verbale, portée par des agents qui ne supportent plus d’être les « parents pauvres » de l’or noir. Réunis en assemblée générale, les membres du SYNAHYDRO ont transformé le parvis de l’administration en un tribunal à ciel ouvert, dénonçant un système qui semble s’être arrêté de respirer en même temps que la climatisation des bureaux. « Soit on dit qu’on mène ce combat, soit on dit qu’on ne parle plus jamais », a martelé le personnel traduisant l’urgence d’une situation où le silence n’est plus une option .

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Le divorce entre le collège des délégués du personnel et la hiérarchie est désormais consommé, empoisonné par ce que les syndicalistes qualifient de mépris souverain. Alors que le SYNAHYDRO réclame un dialogue social franc, l’administration s’obstine à ignorer les nouveaux rapports de force issus des urnes. « Il est inadmissible que le gouvernement mette en place une organisation gouvernementale pour organiser des élections professionnelles et que les résultats de ces élections soient jusqu’à présent mis entre parenthèses », s’insurge un délégué, dénonçant la persistance d’interlocuteurs fantômes.

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Yannick Harneuly Allogo, président du collège des délégués du personnel, ne décolère pas après avoir été convoqué « manu militari » à une réunion dont l’ordre du jour restait flou, pour finalement se retrouver face à une décision unilatérale. « Nous ne sommes pas des mendiants, nous sommes des partenaires », a-t-il fustigé avant de quitter la salle avec fracas .

 

Le tableau peint par les agents est celui d’une déchéance matérielle et morale proprement révoltante pour un département aussi crucial. Comment accepter que dans le temple du pétrole et du gaz, l’outil de travail soit devenu une relique du siècle dernier ? « Aucun d’entre vous ne peut me dire qu’il a internet dans son bureau », a lancé un intervenant sous les acquiescements de la foule, décrivant un quotidien fait d’ordinateurs obsolètes et de bâtiments en éternel chantier .

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Cette faillite infrastructurelle se double d’un cynisme administratif qui laisse les techniciens du ministère, ceux-là mêmes qui contrôlent les opérateurs sur site, dans une détresse sociale absolue. Le contraste est saisissant, presque obscène : alors que les investisseurs internationaux sont courtisés, les fonctionnaires censés garantir les intérêts de l’État se sentent humiliés par des conditions de vie indignes .

 

Plus grave encore est le gouffre financier dans lequel s’enfoncent les petites mains du ministère. Entendre que des « pétroliers » survivent avec à peine 104 000 francs par mois relève du pur « vampirisme » administratif aux yeux des leaders syndicaux. « J’ai été en pré-insertion pendant 12 années durant », témoigne l’un d’eux, tandis qu’un autre évoque 17 ans d’attente. Cette précarité institutionnalisée est vécue comme une trahison, d’autant plus que les avantages sociaux durement acquis par le passé semblent s’évaporer. Le sentiment d’être « les moins considérés » alors qu’ils sont ceux qui « cotisent le plus dans le pot commun » alimente une rancœur qui ne demande qu’à exploser .

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La gestion des frais de formation a fini de mettre le feu aux poudres. En annonçant le paiement de ces frais selon une grille de répartition élaborée dans l’opacité des bureaux climatisés du cabinet, l’administration a commis l’erreur de trop. Pour le SYNAHYDRO, il ne s’agit pas seulement d’argent, mais de dignité et de respect des procédures. « Pourquoi les administratifs ne veulent pas recevoir les partenaires sociaux qui ont été élus ? Ce n’est pas normal », s’interroge la base, dénonçant une gestion qui privilégie les « aînés » et les « responsables » au détriment de l’intérêt général des travailleurs .

 

L’ombre du Chef de l’État et de la transition plane sur cette révolte. Les agents se réclament ouvertement de la vision de Brice Clotaire Oligui Nguema, citant à l’envi sa promesse de « restaurer la dignité des Gabonais ». Pour les membres du SYNAHYDRO, les responsables administratifs actuels naviguent à contre-courant de cette volonté présidentielle en maintenant leurs subordonnés dans une forme d’esclavage moderne.

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« Nous sommes à cet esclave-là à qui on a enlevé les chaînes mais qui continue de subir », a martelé Allogo, exhortant ses collègues à ne plus se laisser flageller par le mépris hiérarchique. « Personne ne fera le combat à notre place », a-t-il lancé, faisant de l’invocation de la plus haute autorité un bouclier pour exiger un nettoyage en profondeur des pratiques managériales .

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L’impuissance et la fatigue ont laissé place à une détermination martiale. Les discours ont pris des accents de mobilisation générale, appelant chaque agent à se comporter comme un « soldat » prêt à défendre ses droits. La base, qualifiée de « souveraine », a été appelée à trancher sur la suite des événements après des années de silence forcé. Le constat est amer : « On a commencé à tout perdre en si peu de temps », déplore un délégué, craignant que si rien n’est fait, les générations futures de Gabonais n’héritent que de ruines .

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L’ultime acte de cette tragédie sociale s’est joué avec un vote à main levée, massif et sans équivoque. Le dépôt du préavis de grève a été acté « aujourd’hui même » sur les bureaux du ministre et du secrétaire général. Le SYNAHYDRO ne veut plus se contenter de promesses de « dialogue social » qui ne se traduisent jamais dans les faits.

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Si le ministère du Pétrole est le poumon économique du pays, les agents viennent de prévenir que ce poumon pourrait bien s’arrêter de battre si leurs conditions ne changent pas radicalement. « La décision de la base sera celle qui va conduire dorénavant la destinée de notre ministère », a conclu un membre, scellant ainsi l’ouverture d’un bras de fer qui pourrait bien paralyser le secteur le plus vital du pays si le gouvernement continue de faire la sourde oreille .




Assistant Edu Gabon

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