La salle de réception de l’INJS a vibré ce mercredi 12 août au rythme de la Journée internationale de la jeunesse, célébrée sous le signe d’une « jeunesse plurielle ». Un thème qui n’avait rien d’anodin dans un Gabon en pleine transition politique, où l’énergie juvénile, qu’elle vienne des quartiers populeux de Libreville ou des contrées reculées de Makokou, aspire désormais à sortir du simple rôle de spectatrice des politiques publiques.

Comme l’a si justement relevé Daryl Souza, président du Conseil National de la Jeunesse (CNJ), cette diversité doit devenir une richesse : « notre jeunesse doit pouvoir se retrouver dans un espace de dialogue sans que nos différences deviennent des murs ». Un appel à l’unité qui résonne comme un défi, alors que le chômage et le sentiment d’exclusion continuent de miner une partie de la population.
Sur le terrain des annonces, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde. L’enveloppe de 13 milliards de francs CFA pour la réhabilitation des universités et grandes écoles a été brandie comme un signal forte, tout comme le rétablissement des bourses et la prise en charge des frais d’inscription. Des mesures d’urgence saluées, mais qui soulèvent immédiatement la question de leur pérennité et de leur équité territoriale. Daryl Souza a d’ailleurs plaidé pour une territorialisation accrue des programmes, notamment l’initiative « un étudiant, un ordinateur », afin que les jeunes des zones les plus reculées ne soient pas les grands oubliés de la transition numérique.

Car si les financements de la Banque du Commerce et de l’Entrepreneuriat (BCG) – qui a injecté 17,1 milliards de francs CFA – montrent la direction à suivre, l’accès au crédit reste, selon les mots mêmes du président du CNJ, « plus difficile pour beaucoup de jeunes entrepreneurs ».
Côté formation, l’Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS) se veut un pilier de cette stratégie nationale. Son directeur a fait preuve d’une lucidité rare en reconnaissant que « le déficit d’équipement devient un projet » et que le besoin de formation est une « opportunité de professionnalisation ». L’ambition est claire : ne plus se contenter de délivrer des diplômes, mais forger un capital humain capable de répondre aux besoins d’une économie en mutation. Pour l’INJS, « donner des compétences à la jeunesse, c’est investir directement dans le capital humain et dans la transformation économique, sociale et culturelle de notre pays ».

Mais le ministre de la Jeunesse et des Sports, Paul Kessany Zategwa, a voulu ajouter une dimension plus politique et éthique au débat. Son discours, sans complaisance, a pointé les dérives passées, notamment les tensions et conflits d’intérêts ayant parfois décrédibilisé le mouvement associatif. Avec une fermeté assumée, il a rappelé que le CNJ doit être un organe de compétences et non un marchepied politique : « si vous avez des ambitions politiques, il y a des partis politiques ». Une mise en garde qui prolongeait sa réflexion sur la discipline et le mérite : « aucun dispositif public ne rendra jamais le travail, la discipline, le mérite… et le sens de la responsabilité ». Le message est passé : la transformation nationale ne dépend pas que des budgets, mais d’un changement profond de mentalité.

L’innovation institutionnelle est également au cœur des promesses, avec l’annonce de la création d’une Agence Nationale pour le Développement des Jeunes et d’un Corps National de Jeunes Volontaires. L’enjeu est de taille : briser l’opacité des dispositifs actuels, souvent « difficiles à identifier ou à mobiliser » pour le jeune en quête d’opportunités. Le ministre a tenu à préciser que le volontariat ne doit pas être vu comme du temps perdu, mais comme une « école de responsabilité » permettant de servir la nation concrètement.

Une vision renforcée par le représentant de l’UNESCO, qui a élargi la perspective en rappelant que cette génération porte déjà « une part essentielle de la transformation de nos sociétés ». Face aux défis du changement climatique et de l’intelligence artificielle, l’éducation demeure l’arme la plus puissante. Pour l’organisme international, il ne s’agit pas de demander ce que l’avenir réserve aux jeunes, mais ce que les jeunes réservent à l’avenir.

Au-delà des discours, la fête avait aussi ses couleurs. La prestation artistique et esthétique de l’association des Miss du Gabon a apporté une touche d’élégance et de grâce à cette journée placée sous le signe de l’espoir. Les nombreux stands d’exposition ont également attiré la foule, offrant un véritable panorama des activités proposées à la jeunesse : l’INJS y présentait ses filières, tandis que le scoutisme, le Teqball, le rugby, le badminton, le judo et le taekwondo démontraient la vitalité du sport gabonais.


Des sculptures, tableaux et portraits réalisés par de jeunes artistes locaux venaient compléter ce tableau, prouvant que la créativité nationale est elle aussi en pleine effervescence.

Le ministre Kessany a conclu sur une métaphore puissante, celle de la torche : « lorsqu’on vous donne la torche, c’est vous qui éclairez… si vous tombez, tout le monde tombe ». Être un leader, c’est accepter de porter la lumière pour le collectif. Le Gabon de demain se construit aujourd’hui, par « nos décisions, par nos actions ».


L’espoir est permis, mais il devra être nourri par une résilience sans faille, car comme l’a rappelé le ministre, « la vie c’est des escaliers… c’est cette capacité à pouvoir obtenir des résultats dans la difficulté » qui fera la différence. Le succès de cette transition ne se mesurera pas au nombre de discours, mais à la capacité de chaque jeune à devenir un « créateur de richesse » et un gardien de l’unité nationale.
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