Manganèse : Patrick Mbina salue un pari industriel à 116,7 milliards FCFA

Le mémorandum d’entente signé entre le Gabon et le groupe chinois South Manganese Investment Limited ouvre de nouvelles perspectives pour la transformation locale du manganèse de M’Bembélé, dans la zone de Ndjolé. Pour Patrick Mbina Nzigou, président de l’ONG Gabon Développement, cette initiative peut contribuer à renforcer la souveraineté économique du pays, à condition que les engagements annoncés se traduisent en réalisations concrètes.

 

Le Gabon poursuit sa volonté de transformer localement ses ressources naturelles. Le 6 novembre 2026, à l’occasion de la visite d’État du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en Chine, un mémorandum d’entente d’un montant de 116,7 milliards de FCFA a été signé entre le gouvernement gabonais et le groupe chinois South Manganese Investment Limited. Ce partenariat porte sur la transformation du manganèse extrait du gisement de M’Bembélé, situé dans la zone de Ndjolé, dans la province du Moyen-Ogooué.

 

L’accord prévoit une première capacité de transformation de 180 000 tonnes par an, avec une montée en puissance pouvant atteindre 1,08 million de tonnes annuelles à partir de 2030. Le projet comprend notamment l’enrichissement du minerai ainsi que la mise en place des infrastructures énergétiques et logistiques nécessaires au fonctionnement des installations industrielles.

 

Pour Patrick Mbina Nzigou, doctorant en administration des affaires à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et président de l’ONG Gabon Développement, cette initiative s’inscrit dans une orientation économique devenue incontournable pour le Gabon : ne plus se limiter à exporter ses ressources minières à l’état brut, mais en tirer davantage de valeur sur son propre territoire.

 

Un tournant pour l’économie minière gabonaise

 

Le secteur du manganèse occupe une place importante dans l’économie nationale. Pourtant, une grande partie de la production gabonaise continue d’être exportée sans transformation préalable. Cette situation prive le pays d’une partie de la valeur ajoutée que pourrait générer une industrie métallurgique locale.

 

La décision gouvernementale d’interdire l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029 traduit précisément cette volonté de changement. Elle oblige les opérateurs et les pouvoirs publics à accélérer la mise en place des capacités industrielles nécessaires.

 

Dans cette perspective, le partenariat avec South Manganese représente une possibilité de diversification des investissements et des partenaires industriels. Il pourrait également contribuer à réduire la dépendance de l’économie gabonaise à l’exportation des matières premières non transformées.

 

L’enjeu dépasse donc la seule exploitation minière. Il s’agit de construire progressivement une véritable chaîne de valeur nationale, allant de l’extraction à la transformation, puis à la commercialisation de produits à plus forte valeur ajoutée.

 

Des retombées économiques et sociales attendues

 

Au-delà du montant annoncé, le projet pourrait avoir des conséquences positives sur l’activité économique de Ndjolé et de ses environs. La construction des installations industrielles devrait notamment solliciter plusieurs secteurs, dont le bâtiment et les travaux publics, le transport, la maintenance et les services.

 

Sur le plan de l’emploi, les perspectives concernent aussi bien les postes directement liés à l’exploitation de l’unité industrielle que les activités induites. La formation de techniciens et d’ingénieurs gabonais dans les métiers de la métallurgie, de la maintenance industrielle et de la gestion des équipements constitue également un enjeu majeur.

 

Les petites et moyennes entreprises locales pourraient, elles aussi, bénéficier de cette dynamique à travers des prestations de transport, de restauration, de fourniture de matériel et de services divers.

 

Toutefois, le nombre d’emplois à créer et la part réservée aux entreprises gabonaises ne sont pas encore précisément établis dans les éléments présentés. Pour Patrick Mbina Nzigou, ces retombées doivent faire l’objet d’engagements clairement définis afin que les populations et les acteurs économiques locaux profitent réellement de cet investissement.

 

L’énergie et les infrastructures, conditions indispensables

 

Si les perspectives sont encourageantes, la réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs. Le premier concerne la disponibilité d’une énergie électrique suffisante, fiable et compétitive. La transformation industrielle du manganèse nécessite en effet d’importantes quantités d’électricité. Sans garanties dans ce domaine, les coûts de production pourraient rapidement compromettre la rentabilité de l’investissement.

 

La question des infrastructures de transport constitue un autre défi. L’acheminement du minerai vers l’unité de transformation et l’évacuation des produits finis nécessiteront une organisation logistique efficace, notamment en matière de routes, de chemin de fer et d’accès aux installations portuaires.

 

À ces contraintes s’ajoutent les exigences environnementales et sociales. La gestion des déchets industriels, la consommation d’eau, les émissions et la sécurité des travailleurs devront faire l’objet d’une attention particulière.

 

Un mémorandum qui doit maintenant devenir réalité

 

Un autre point mérite d’être souligné : le document signé le 6 novembre est un mémorandum d’entente, c’est-à-dire un engagement de principe. Il ne constitue pas encore, à lui seul, un contrat d’investissement définitif garantissant la réalisation de toutes les infrastructures et capacités annoncées.

 

C’est pourquoi Patrick Mbina Nzigou insiste sur la nécessité de passer rapidement à un accord ferme, assorti d’un calendrier précis, d’objectifs mesurables et de mécanismes de contrôle.

 

Le volet fiscal devra également être examiné avec attention. Les éventuelles exonérations et facilités accordées à l’investisseur devront être évaluées au regard des recettes que l’État peut légitimement attendre d’un tel projet. La transparence des engagements financiers, la maîtrise des prix de transfert et la contribution effective de l’entreprise au budget national constituent autant de points de vigilance.

 

Un pari industriel qui engage l’avenir

 

Avec ce partenariat, le Gabon entend accélérer sa mutation économique et mieux valoriser ses ressources minières. La capacité annoncée de 1,08 million de tonnes à l’horizon 2030 représente un apport appréciable, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à répondre à l’ensemble des besoins de transformation de la production nationale.

 

Pour Patrick Mbina Nzigou, l’intérêt de cette initiative réside donc autant dans l’investissement annoncé que dans les changements structurels qu’elle peut favoriser : création d’emplois qualifiés, développement des entreprises locales, transfert de compétences et amélioration des recettes publiques.

 

Le véritable succès de ce partenariat ne se mesurera finalement pas au montant inscrit dans le mémorandum, mais à ce qu’il apportera concrètement à l’économie nationale et aux populations de la zone de Ndjolé. Entre ambition industrielle et exigences de souveraineté économique, le Gabon dispose d’une nouvelle opportunité. Reste désormais à la transformer en résultats tangibles.





Assistant Edu Gabon

Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

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