Le quartier Awendjé de Libreville a été le théâtre ce samedi 12 octobre de l’assemblée générale de la plateforme syndicale Dynamique Unitaire. Cette première assemblée générale a marqué la rentrée syndicale de la plateforme, qui réunit en son sein les groupes et conventions les plus importants du Gabon. En présence de ses cadres et de nombreux membres, plusieurs sujets cruciaux ont été abordés, notamment le paiement des rappels de salaire, le statut de la main-d’œuvre non permanente, et le projet constitutionnel à venir.

Roger Ondo Abessolo, président de Dynamique Unitaire, a souligné l’importance de ces questions et a exprimé les préoccupations de la base syndicale. Il a déclaré que « le président de la République a promis de payer les rappels aux fonctionnaires d’ici 2025. Or nous avons des bruits de couloirs qui parleraient même d’une liste de 5000 agents publics qui pourraient être payés… Mais cette information n’est pas officielle. » La base syndicale n’est pas prête à accepter un paiement échelonné.

Ondo Abessolo a insisté sur la nécessité de mobiliser les moyens pour procéder au paiement des rappels pour tout le monde afin d’éviter des tensions sociales. « La base n’est pas prête à accepter le paiement des rappels de façon échelonnée… Nous pensons que les listes dans chaque secteur doivent être publiées… S’il y a des réclamations à faire, les uns les autres vont faire ces réclamations et il reviendra à l’administration de sortir une liste définitive. »
Le statut de la main-d’œuvre non permanente et la dette due aux déflatés des sociétés privées et parapubliques ont également été discutés. Ondo Abessolo a critiqué les pratiques syndicales actuelles, affirmant que « le rôle du syndicat n’est pas de venir dire aux travailleurs vous allez devoir constituer les dossiers pour avoir vos rappels… Le rôle d’un syndicat, ce n’est pas de venir dire, les rappels seront payés à telle ou telle date avant que le gouvernement ne le dise. »

Ondo Abessolo a rappelé l’histoire de Dynamique Unitaire, née en 2015 après un grand dialogue social, et les luttes menées par la plateforme pour défendre les droits des travailleurs. « Dynamique unitaire ce n’est pas un homme. Dynamique unitaire ce sont toutes ces femmes, tous ces hommes qui font dynamique unitaire… On m’a traité à ce moment d’être manipulé par une main noire. On m’a traité d’opposant au régime. On m’a traité même de faire de la politique plutôt que de faire du syndicalisme. »
Il a exprimé sa déception face à l’absence de changement réel, tant sur le plan politique que syndical. « Nous avons l’impression, moi qui suis de l’extérieur, j’ai l’impression que rien n’a effectivement changé. Parce que sur le plan politique, le CTRI fait avec les pédégistes qui nous ont maté. Sur le plan syndical, il semble faire avec les syndicats jaunes qui ont maintenu nos situations comme elles sont aujourd’hui. »

Ondo Abessolo a appelé à la transparence et à la justice. « Le pouvoir d’Ali est décidé d’en finir avec nous. Mais Dieu a dit « ton jour arrive »… Dynamique unitaire est l’émanation de Dieu pour les travailleurs gabonais. » Il a rappelé les sacrifices et les combats menés par la plateforme pour obtenir des améliorations pour les travailleurs. « C’est comme ça que nous faisons notre première sortie pour revendiquer ce nouveau système de rémunération… Rappelez-vous au palais de la rénovation, c’est comme ça qu’on appelle à la présidence. »
Marcel Libama, leader de Dynamique unitaire et sénateur de la transition, quant à lui, a exprimé ses préoccupations concernant la proximité entre le Comité de Transition pour la Réconciliation et l’Innovation (CTRI) et le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Il a souligné que, tout comme les membres du PDG se réunissent pour discuter des affaires de leur parti, il est normal que les responsables syndicaux et associatifs rendent compte à leur base et prennent des instructions.

« Les membres du parti démocratique gabonais sont tous du côté de l’omnisport en train de parler des choses de leur parti. Il est tout à fait normal aussi que nous qui faisons partie de la composante de la société civile au sein de l’assemblée nationale, lorsqu’il y a des questions très importantes qui concernent la vie de la nation, nous avons l’objet de venir vers notre base pour faire deux choses. Leur rendre compte du travail qui se fait au niveau de l’Assemblée nationale, d’une part, et d’autre part, de prendre les instructions. Parce qu’il faut comprendre que les patrons, les souverains, c’est le peuple. Ce ne sont pas les députés. Nous agissons par délégation, » a déclaré Marcel Libama.
Libama a critiqué l’attitude de ceux qui considèrent les Gabonais comme incapables de réfléchir et de se révolter face aux problèmes du pays. « Pour ces gens-là, le Gabonais est idiot. Il est ma boule. Il ne réfléchit pas. Il n’est pas intelligent. C’est-à-dire que les problèmes que nous avons, tous ces déflatés, c’est-à-dire que qui n’ont pas été payés, qui ne sont pas rentrés dans leur joie, » a-t-il affirmé.

Il a rappelé que le souverain est le peuple, et non le président de la République, qui agit par délégation. « Le souverain, ce n’est pas le président de la République. Le souverain, c’est le peuple. Il faut faire la différence. Maintenant, le président agit par délégation. Le président, c’est notre ouvrier. C’est notre travailleur. Donc, le président est venu pour nous aider à restaurer les institutions, » a-t-il expliqué.
Libama a également dénoncé la proximité du CTRI avec le PDG, affirmant que ceux qui ont fait du mal au pays ne peuvent pas être considérés comme des anges par une opération du Saint-Esprit. « Ceux qui ont fait du mal à ce pays-là n’ont pas vu dire aujourd’hui qu’en raison de la transition, par une opération du Saint-Esprit, ils sont devenus des anges. Cela ne passe pas. C’est pourquoi nous attirons l’attention du chef de l’État, » a-t-il déclaré.

Il a appelé le chef de l’État à se retirer de la scène et à mettre en place des personnes crédibles pour mener la campagne du « Oui » au référendum. « Le coup d’état ça fait maintenant un an. Il a eu le temps de le récompenser, de le remercier. Il faut maintenant qu’il se retire de la scène. Et qu’il mette maintenant des gens crédibles. Parce que les gens qui portent la campagne du oui ou la responsabilité à le faire, il y a un problème au niveau des porteurs. Parce que je vous ai parlé de la qualité et de la crédibilité des hommes, » a-t-il insisté.
Libama a souligné que le PDG semble intact et fonctionne bien pendant la transition, ce qui indique qu’il est toujours dans le même système et régime. « Allez-y voir un peu la cérémonie que le PDG est en train de organiser. Est-ce qu’on peut, après un coup d’état, leur une partie de chute, avoir une cérémonie aussi grandiose? Ça veut dire que le PDG est intact. Et si le PDG fonctionne bien pendant la transition, ça veut dire qu’ils sont dans leur système. Ils sont souvent dans le même milieu, » a-t-il affirmé.

Il a exhorté le président à changer rapidement de visage et d’usages, car ceux qui ont tué et pillé le pays ne devraient pas être des interlocuteurs légitimes. « Il est très important. C’est-à-dire que le président ne peut pas s’accoquiner avec les gens qui ont fait du mal à notre pays. Le PDG est dans son élément. Et ça, il faudrait que le président rapidement change de visage et des usages. Parce que ceux qui ont tué ce pays, ceux qui ont pillé ce pays, ceux qui ont amené ce pays à l’abîme-là, pour nous, ils n’ont pas à nous parler, » a-t-il conclu.
Ces propos mettent en lumière les défis et les luttes de la plateforme syndicale Dynamique Unitaire, ainsi que les attentes et les préoccupations des travailleurs gabonais.
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