Le Bulldozer de la « Transition » : Quand l’État de droit s’effondre avec les murs

Devant la presse, Monsieur Aba’a Minko prend la parole dans ce qu’il qualifie lui-même d’« un moment sinistre » de son existence. Le ton est grave, les mots pesés, mais la colère affleure à chaque phrase. Cet homme, figure controversée de l’opposition gabonaise, vient de voir ses biens immobiliers réduits en décombres par ce qu’il dénonce comme « une opération commando de démolition » menée avec une brutalité qui rappelle les heures les plus sombres du régime Bongo. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes censés être en « transition démocratique ».

 

Les faits sont aussi brutaux que sidérants. Durant l’absence d’Aba’a Minko de Libreville, un commando composé « d’un magistrat, d’un huissier de justice et d’une unité armée de la Gendarmerie Nationale » a procédé à la destruction systématique de ses investissements immobiliers, « sans avoir au préalable avertis les occupants ». Des locataires jetés à la rue, des journalistes brutalisés pour avoir voulu filmer la scène, des biens pulvérisés en quelques heures. La raison invoquée ? « L’ordre du Président de la République », selon les témoignages recueillis par l’intéressé. Voilà comment on traite un citoyen gabonais en 2025, sous le règne du général Oligui Nguema.

 

« Pourquoi une telle violence et une telle méchanceté ? Que me reproche les autorités de la 5ème République ? » interroge Aba’a Minko, avant de dérouler son parcours militant. L’homme n’a jamais été un tendre avec le pouvoir en place. En 2011, il entame une grève de la faim pour dénoncer les accords de coopération France-Gabon. En 2014, il poursuit en justice les sociétés extractives pour « améliorer nos revenus tirés de l’exploitation de notre sol et sous-sol ». En 2016, il ose défier Ali Bongo à la présidentielle. En 2017, il va plus loin encore en initiant « une démarche visant à déstabiliser le régime d’Ali Bongo » parce que « l’injustice sociale atteignait des records non acceptables ».

 

Des actions qui, à l’époque, lui valaient la répression du clan Bongo. Mais aujourd’hui ? « Le coup de la libération porté par le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema m’a donné raison », affirme-t-il avec une pointe d’amertume. Visiblement, cette raison-là ne lui vaut aucune reconnaissance, bien au contraire. La « libération » promise s’est transformée en persécution pour celui qui a combattu le régime déchu.

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Le procédé est aussi archaïque que révélateur. Le Procureur de la République, Guy Romaric Ontsouyi, a signé le 27 novembre 2025 « un soit transmis sollicitant la force militaire pour m’expulser du lieu de mes investissements en se basant sur l’arrêt de la cour d’appel daté de 2003, 22 ans après sa délivrance ». Vingt-deux ans. Un arrêt sorti des tiroirs poussiéreux de la justice gabonaise au moment précis où il fallait faire taire un gêneur. Mais il y a pire : « En lieu et place des expulsions, nous constatons pour le regretter, que c’est la destruction de mes investissements et ceux des locataires que le commando va exécuter en commettant là, un crime contre le citoyen.»

 

Un crime contre le citoyen. Les mots sont forts, mais comment qualifier autrement cette opération où « le commando représentait la Force et la Puissance de l’autorité de l’État pour faire régner sur moi, mes biens et tout occupant de mes investissements les menaces et la terreur détruisant tout à leur passage » ? Comment accepter qu’en pleine « transition », un magistrat, un huissier et des gendarmes se transforment en escouade de démolition, piétinant au passage tous les droits fondamentaux des citoyens ?

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Aba’a Minko ne compte pas se laisser faire. Il annonce qu’il va « utiliser les voies de droit » en saisissant l’Inspection Générale des Services Judiciaires contre le Procureur, la Chambre Nationale des Huissiers contre l’huissier complice, et l’Inspection Générale des Services Militaires contre le commandant de gendarmerie. Toutes les victimes se constitueront partie civile. Mais dans un pays où un procureur peut ordonner une telle violence au nom du Président, où des gendarmes deviennent les bras armés d’une vengeance d’État, quelle confiance peut-on avoir dans ces institutions censées garantir la justice ?

 

L’appel d’Aba’a Minko est solennel : « Nous sollicitons l’implication du premier magistrat de notre pays pour que les auteurs des actes ne garantissant pas la Paix soient châtiés publiquement afin de servir d’exemple. » Mais le silence du pouvoir est déjà assourdissant. Et ce silence, prévient-il, « confirmera le Non État de DROIT ».

 

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Pas d’une simple affaire immobilière réglée à coups de bulldozers. Mais d’un test grandeur nature pour cette transition gabonaise qui prétendait « tourner la page des pratiques anciennes ». Manifestement, cette page n’est pas tournée. Elle est simplement réécrite avec les mêmes méthodes, les mêmes abus, la même violence d’État. Seuls les noms ont changé. Les pratiques, elles, demeurent. Et pendant que les murs d’Aba’a Minko s’effondrent, c’est tout l’édifice de la crédibilité du régime Oligui qui se fissure.



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