La Coalition des organisations de la société civile gabonaise a adressé, le 27 octobre 2026, une demande d’interpellation au Président de l’Assemblée nationale. En cause : l’attribution présumée d’une parcelle sur le site de Plein Orety, déclaré d’utilité publique, à l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti au pouvoir, pour y construire un immeuble de douze étages. Onze organisations signent ce courrier qui entend obtenir des réponses précises, documents à l’appui, sur les conditions juridiques et administratives de cette opération.
« C’est avec une profonde consternation que la Coalition des organisations de la société civile gabonaise vient respectueusement attirer votre haute attention sur les informations relayées ces derniers jours par les médias et les réseaux sociaux. » D’emblée, le ton est donné. Le collectif, qui réunit notamment le Copil citoyen, la Ligue nationale des droits humains, le Redhac, SOS Prisonniers Gabon ou encore l’Institut Concorde, ne cache pas son trouble face à la perspective de voir un parti politique s’installer sur un site d’où des populations gabonaises ont été déguerpies en 2025, dans le cadre de la déclaration d’utilité publique de la zone.
L’affaire a pris de l’ampleur le samedi 24 octobre 2026, lorsque le Secrétariat général de l’UDB a publié une communication indiquant, en substance, que le terrain aurait été acquis auprès des autorités compétentes. Une explication qui, de l’avis des signataires, n’a pas suffi à lever les doutes. « Cette explication ne semble pas avoir dissipé les interrogations d’une partie de l’opinion publique, notamment celles relatives au fondement juridique de cette attribution, à la nature du terrain et aux procédures administratives ayant conduit à sa mise à disposition », écrivent-ils.
Fort de l’article 81 de la Constitution, qui consacre le contrôle de l’action du Gouvernement par le Parlement, le collectif sollicite l’interpellation du Vice-Président du Gouvernement et du ministre chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre. Il entend notamment savoir sur quel fondement juridique la parcelle a été attribuée, quelle est sa superficie exacte et sa valeur foncière estimée, quelle autorité administrative a pris la décision et à quelle date, ou encore si le terrain relève toujours du périmètre déclaré d’utilité publique ou s’il a fait l’objet d’un déclassement régulier. « Il ne s’agit pas, pour notre Coalition, de préjuger de l’existence d’une irrégularité, mais d’exiger que les procédures suivies soient documentées, vérifiables et conformes aux lois et règlements en vigueur », précise le texte.
La question du conflit d’intérêts est posée sans détour. Le Secrétaire général de l’UDB exerce également des fonctions gouvernementales dans le secteur de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, rappelle la Coalition, qui réclame des clarifications sur « la séparation des responsabilités partisanes et gouvernementales » et sur les garanties mises en place pour prévenir toute situation de conflit d’intérêts, réel ou apparent. Au titre de l’accès aux documents administratifs, elle demande la publication des éventuels actes de déclassement ou de changement d’affectation, des arrêtés ou décrets ayant autorisé l’attribution, ainsi que de la liste des personnes physiques et morales ayant obtenu des parcelles sur le même site, avec les superficies attribuées et la nature des droits accordés.
Mais c’est peut-être la dimension humaine qui pèse le plus lourd dans ce courrier. « Comment expliquer aux populations qui ont été déguerpies de cette zone, parfois dans des conditions dénoncées comme brutales, qu’un parti politique puisse aujourd’hui y entreprendre la construction de son siège, alors que les conséquences humaines et sociales de ces opérations demeurent une source de préoccupation ? » interroge le collectif, pour qui « la question ne saurait être éludée au motif que le bénéficiaire serait un parti politique, fût-il celui auquel appartient le Président de la République ». Et de marteler : « Dans un État de droit, les règles relatives à la gestion du foncier public doivent s’appliquer avec impartialité, indépendamment de l’identité ou de l’influence politique du bénéficiaire. »
Au chapitre des demandes, la Coalition réclame sept mesures, parmi lesquelles l’interpellation des membres du Gouvernement concernés, la suspension provisoire des travaux jusqu’à clarification de la situation foncière, la publication des actes administratifs communicables, la clarification des procédures et critères d’attribution des parcelles sur le site, l’examen des risques de conflit d’intérêts et la prise en compte de la situation des populations déguerpies. « La présente démarche ne vise ni à entraver arbitrairement un projet immobilier ni à remettre en cause, sans éléments vérifiés, la légalité d’une décision administrative. Elle vise à garantir que toute attribution de terrain sur un site déclaré d’utilité publique repose sur une base légale claire, une procédure transparente et une justification conforme à l’intérêt général », conclut le texte, qui rappelle que « la gestion du patrimoine foncier de l’État ne saurait être assimilée à une opération privée ordinaire ».
Les signataires se disent disponibles pour toute audition ou rencontre permettant de contribuer à la manifestation de la vérité. Reste à savoir quelle suite le Président de l’Assemblée nationale réservera à cette requête, dans un contexte où la transparence sur la gestion du foncier public demeure l’une des attentes les plus fortes des citoyens.
