« Les églises là vont me sentir ». Cette déclaration d’Edgar Moukoumbi, prononcée le 15 octobre 2026 lors de sa passation de charges au ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, chargé des Cultes, n’a pas manqué de susciter des réactions. Derrière cette phrase, peut-être lancée sur le ton de la plaisanterie, se pose une question de fond : jusqu’où une autorité publique peut-elle intervenir dans la vie religieuse sans donner le sentiment de stigmatiser une catégorie de croyants ?
Nommé à ce poste le 11 octobre dernier après son passage aux Travaux publics, Edgar Moukoumbi hérite d’un département ministériel sensible, où la sécurité, l’ordre public et la liberté de culte doivent trouver un équilibre. La lutte contre les nuisances sonores constitue certes une préoccupation légitime. Mais le choix des mots, surtout lorsqu’ils viennent d’une autorité, n’est jamais anodin.
Qui peut décider qu’une église est vraie ou fausse ?
La question mérite d’être posée. Dans une société où la liberté de religion est un principe fondamental, il appartient aux pouvoirs publics de veiller au respect des lois, sans pour autant se substituer à Dieu dans l’appréciation de la foi des uns et des autres.
L’essentiel devrait être de s’assurer que les associations religieuses respectent le cadre légal qui leur est applicable, ainsi que les règles relatives à la tranquillité publique. Le reste relève de la conscience individuelle et de la foi, dont l’appréciation ne saurait dépendre d’une autorité administrative.
Bien entendu, cette liberté ne saurait justifier toutes les dérives. Lorsqu’une communauté religieuse trouble le voisinage, enfreint la loi ou porte atteinte aux droits d’autrui, elle doit répondre de ses actes. Mais encore faut-il que les règles soient appliquées avec la même rigueur à tous, sans distinction de confession ou de courant religieux.
Une vigilance à géométrie variable ?
C’est précisément sur ce terrain que le débat prend une autre dimension. Des dérives sont parfois dénoncées dans certains milieux traditionnels. D’autres préoccupations concernent le fonctionnement de certaines structures religieuses musulmanes, notamment les situations d’exploitation ou de maltraitance d’enfants qui nécessitent une réponse ferme des autorités lorsqu’elles sont établies.
Pourtant, dans le débat public, les églises de réveil semblent régulièrement occuper une place particulière dès qu’il est question de nuisances, de pratiques contestées ou de dérives religieuses. Cette différence de traitement, réelle ou ressentie, nourrit un sentiment de stigmatisation chez certains fidèles.
La question n’est donc pas de soustraire les églises de réveil à la loi. Elle est de savoir si les contrôles, les sanctions et les prises de parole publiques obéissent aux mêmes principes pour toutes les communautés religieuses.
L’autorité, entre fermeté et discernement
À peine installé à la tête du ministère de l’Intérieur, Edgar Moukoumbi a tout intérêt à inscrire son action dans une démarche d’équité, de dialogue et de respect des libertés. La lutte contre les nuisances sonores ne doit pas se transformer en croisade contre une catégorie d’églises, pas plus que la défense de la liberté de culte ne doit servir de prétexte aux abus.
Une autorité se mesure aussi à sa capacité à rassurer, à rassembler et à faire respecter la loi sans donner le sentiment de désigner des boucs émissaires.
Au-delà du caractère viral de la formule « les églises là vont me sentir », le véritable enjeu est là : faire respecter l’ordre public sans fragiliser la liberté de culte. Car, dans une République attachée à l’égalité devant la loi, aucune communauté religieuse ne devrait être au-dessus des règles, ni être désignée d’avance comme la principale source des problèmes.
