À l’occasion de sa rentrée syndicale, le Syndicat Autonome des Enseignants du Gabon (SAEG) a frappé fort. Face à ce qu’il qualifie de mascarade électorale et de tentative d’étouffement administratif, son président, Jules Bibang Obounou, a livré un discours d’une rare fermeté, le 17 octobre 2026 à Libreville. Entre dénonciation d’un scrutin vicié, refus catégorique de la tutelle ministérielle et constat alarmant de la précarisation du corps enseignant, le ton est à la résistance.

Le mandat de la rentrée s’annonce sous le signe du bras de fer. Au cœur des grievances du SAEG, le processus électoral des 28 avril et 13 mai 2026, dont la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, Jacqueline Ilogue, a été la principale artisane. Pour le syndicat, la coupe est pleine. Jules Bibang Obounou n’a pas mâché ses mots, décrivant une véritable « parodie d’élections professionnelles » où les règles changeaient au gré des intérêts. Il fustige notamment l’effacement des bulletins du SAEG dans les bureaux de vote et l’irrégularité flagrante d’une liste concurrente menée par un « usurpateur » exclu des rangs du syndicat, Christian Ndong Allou. « Le comble de cette ignominie a été […] le fait que l’équipe de Madame ILOGUE nous attribue un score, aux élections dont nous n’avons finalement pas pris part […]. Quelle belle ironie ! », s’est-il exclamé.

Face à cette situation, le SAEG a déposé un recours devant les juridictions compétentes. Le message envoyé aux candidats déclarés « vainqueurs provisoires » est limpide : rien n’est joué. « Tant que le Tribunal administratif ou le Conseil d’État ne s’est pas prononcé, le secteur de l’Éducation est plongé dans une impasse juridique absolue et un gel de la légitimité », a averti le leader syndical, rappelant que toute signature ministérielle avec ces syndicats provisoires serait frappée de nullité. Il brandit ainsi la menace d’une « épée de Damoclès » suspendue au-dessus de l’administration.

Mais le conflit ne s’arrête pas aux urnes. Le SAEG s’est également dressé avec véhémence contre le communiqué du 19 août 2026 de l’ancienne ministre du Travail, exigeant des organisations syndicales la fourniture de certificats de résidence, de listes d’adhérents et de contrats de bail sous 15 jours. Une exigence balayée d’un revers de main par le syndicat qui dénonce une « tutelle policière ». « Au Gabon, le syndicalisme n’est pas sous tutelle administrative. C’est une hérésie ! », a martelé M. Obounou, s’appuyant sur la Constitution gabonaise et la Convention 87 de l’OIT pour qualifier ces injonctions d’excès de pouvoir et de violation flagrante de la liberté syndicale.


Derrière ces batailles juridiques et administratives se cache une réalité sociale que le SAEG refuse de voir occultée par ce qu’il nomme des « effets d’annonce ». Le président a peint le tableau d’une profession au bord de l’asphyxie. « Aujourd’hui, l’enseignant gabonais subit le traitement lamentable et le plus inhumain de sa carrière », a-t-il déploré, pointant du doigt le gel des salaires, les arriérés non payés et l’inertie chronique de l’administration. Les annonces gouvernementales, telles que l’attribution de parcelles, sont perçues comme une diversion face à la « clochardisation avancée » des enseignants et aux établissements scolaires fonctionnant avec des chefs en intérim éternel depuis 2019. « Notre syndicat exige le droit, rien que le droit », a-t-il scandé.

Dans un appel à la mobilisation collective, Jules Bibang Obounou a tenu à rappeler les fondamentaux du syndicalisme, égratignant au passage les dérives personnalistes. « Un leader syndical n’est ni le chef, ni le père de personne », a-t-il souligné, plaidant pour une prise de décision collégiale où la force du collectif prime sur les égos individuels. Un discours de fermeté qui pose les jalons d’une année syndicale placée sous le signe de la reconquête des droits et de la dignité pour les enseignants gabonais.
