Dans les couloirs feutrés de l’Assemblée, beaucoup murmurent. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, lui, a eu le courage de le dire tout haut. Et Frédéric MBA BIBANG, acteur de la société civile et coordonnateur général du COP-RESOC, transforme ce murmure en déflagration argumentée. « Ce n’est pas un débat politique, c’est un débat mathématique et moral », écrit-il. Une phrase qui claque comme un rappel à l’ordre. Parce qu’au Gabon, les retraites dorées ne sont plus seulement une anomalie : elles sont devenues une injustice comptable, une ponction silencieuse sur l’avenir de tout un peuple.
Les chiffres, nus, brutaux, suffisent à faire vaciller la raison. « 1,9 milliard : ce que les élus cotisent. 9 milliards : ce que l’État leur verse. 7,5 milliards de déficit : ce que TOI, contribuable gabonais, tu payes chaque année pour combler le trou. » Trois nombres. Un scandale. Une mécanique implacable qui vide les caisses publiques au profit d’une poignée de privilégiés. Frédéric MBA BIBANG ne prend pas de gants : « 7,5 milliards par an, ce sont 5 écoles, 2 dispensaires modernes, des kilomètres de route. Jetés par la fenêtre pour entretenir une poignée de privilégiés. » La formule est rude, mais elle dit l’essentiel. Chaque franc arraché au budget commun est un rêve d’école qui s’éloigne, une route qui ne sera pas bitumée, un malade qui attendra encore.
Le vrai problème, insiste-t-il, c’est qu’il existe « deux Gabon ». D’un côté, le Gabon d’en bas, celui de la CNSS et du CPPF, où l’on cotise trente ans, où la solidarité tient debout tant bien que mal, avec dix actifs pour un retraité. Un système dur, mais juste et viable. De l’autre, le Gabon d’en haut, celui des régimes spéciaux, où quelques années de mandat suffisent à ouvrir un droit à vie. « Tu fais 5 ans comme député ou ministre. Tu as une retraite à VIE. Et pire, il y a plus de retraités que de cotisants ! C’est une pyramide de Ponzi légalisée. Le système est en faillite structurelle. » L’image est violente. Elle est surtout exacte. Comment, sinon, expliquer à un instituteur qui cotise depuis vingt-cinq ans pour une pension de 200 000 FCFA qu’un ministre ayant exercé douze mois peut toucher deux millions à vie sans avoir jamais assez cotisé ? La question, posée ainsi, n’appelle aucune réponse acceptable. Elle n’appelle qu’une réforme.
Frédéric MBA BIBANG ne se contente pas de dénoncer. Il propose. Et sa proposition mérite d’être entendue : « Il ne faut pas supprimer par vengeance dans l’émotion. Il faut BASCULER VERS LA CAPITALISATION. » Derrière ce mot technique, une idée simple, presque de bon sens. Aujourd’hui, « tu es élu, l’État te paye à vie ». Demain, « tu es élu, tu cotises sur un compte qui t’appartient. Comme une épargne. À la fin de ton mandat, tu pars avec ton épargne. L’État ne te doit plus rien. » Voilà la bascule. Voilà comment on arrête l’hémorragie des 7,5 milliards. Voilà comment on responsabilise l’élu, qui prépare sa propre retraite comme tout citoyen. Voilà comment, enfin, on restaure l’équité et la confiance du peuple envers la politique.
Car le temps presse. La 5e République ne peut pas se construire sur les privilèges injustes de la 3e. « Si on veut la rigueur budgétaire, on doit commencer par le haut. » La phrase est un programme. Elle est aussi un test de courage politique. Ce débat ne doit pas rester dans les studios de Gabon 1ère ou dans les colonnes des réseaux sociaux. Il doit descendre dans l’hémicycle, forcer les consciences, bousculer les habitudes. « Ce débat doit aller jusqu’à une loi », martèle Frédéric MBA BIBANG. Une loi, oui. Parce que les murmures ne nourrissent pas un pays. Les privilèges, eux, le saignent. Et pendant que le peuple paye, les retraites dorées continuent de briller. Trop longtemps. Trop cher. Trop injuste.
