Longtemps reléguée au rang de spectatrice dans l’arène politique gabonaise, la société civile vient de franchir un cap historique. La Constitution promulguée le 19 décembre 2024 lui ouvre désormais une porte qu’aucun texte fondamental ne lui avait jamais entrouverte : celle d’une reconnaissance constitutionnelle pleine et entière. Un basculement que Frédéric MBA BIBANG, coordonnateur général du COP-RESOC, décrypte avec la précision de celui qui a suivi chaque méandre de la Transition.
« Pour la première fois, la société civile est inscrite comme composante de la démocratie gabonaise », souligne-t-il d’emblée, saluant « une avancée fruit du travail des acteurs de la Transition ». L’article 7 de la nouvelle loi fondamentale ne se contente pas en effet de mentionner les organisations citoyennes : il les élève au rang de « composante de l’expression de la démocratie pluraliste et participative », leur confiant une mission de contribution « au développement démocratique, économique, social, culturel, environnemental et culturel ».
Mais derrière la consécration, le coordinateur du COP-RESOC invite à une lecture plus fine de l’architecture constitutionnelle. L’article 6, rappelle-t-il, « consacre le rôle des partis politiques dans la démocratie représentative ». L’article 7, lui, « vient compléter cet édifice en consacrant la société civile dans la démocratie participative ». Deux textes, deux piliers, une même République. « Deux piliers complémentaires pour une même République », insiste-t-il, comme pour mieux conjurer le spectre d’une concurrence entre acteurs politiques et forces citoyennes.
Reste l’essentiel : passer des mots aux actes. Car une Constitution, aussi généreuse soit-elle, ne suffit pas à transformer un écosystème associatif encore corseté par des textes d’un autre âge. Frédéric MBA BIBANG pointe sans détour la loi 35/62 de 1962 régissant la vie associative, dont certaines dispositions – à commencer par le récépissé provisoire – « méritent d’être réexaminées à la lumière de l’esprit de la 5ème République ». Une invitation à « harmoniser notre cadre juridique », formule pudique pour désigner un chantier législatif de grande ampleur.
Dans cette dynamique, le recensement des organisations de la société civile initié par le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation prend une tout autre résonance. Loin d’y voir une simple opération administrative, le coordonnateur général du COP-RESOC y décèle « une opportunité » : celle de « passer d’une logique d’autorisation à une logique de reconnaissance, conformément à l’esprit de l’Article 7 ». Comprendre : troquer la tutelle soupçonneuse pour la confiance instituée, la permission pour la légitimité.
À ceux qui pourraient lire dans cette nouvelle donne une simple concession rhétorique, Frédéric MBA BIBANG oppose une disponibilité sans condition apparente : « Nous restons disponibles pour contribuer de manière constructive à ce chantier, dans l’intérêt de la démocratie participative voulue par le Président de la République. » La formule est habile – constructive, jamais revendicative – mais le message est clair : la société civile entend désormais peser, non plus en marge, mais au cœur du jeu démocratique.
Il aura fallu attendre 2024 pour qu’un texte fondamental gabonais daigne nommer ce que des milliers d’associations, de collectifs et de citoyens engagés incarnent depuis des décennies sur le terrain. La reconnaissance est acquise. L’ambition, elle, reste à écrire.

Pourquoi la constitution tout entière dans ce cadre civil n’est-elle pas abordée ?
En effet, la constitution étant la loi fondamentale du pays , je souhaite avoir, et je penses aussi que beaucoup de gabonais également. Mais dans l’ensemble le point abordé est bien.