Au ministère du Pétrole et du Gaz, on sait parler aux chiffres. 97,84 % d’exécution de la feuille de route des 100 premiers jours, voilà une performance que l’on ressasse volontiers, comme si elle suffisait à effacer tout le reste. Mais pendant que les communiqués célèbrent cette arithmétique flatteuse, il y a des agents qui attendent. Des agents en pré-insertion, ni tout à fait intégrés, ni tout à fait oubliés, suspendus à une mise en solde qui ne vient pas. Eux aussi font partie du ministère. Eux aussi ont droit à une réponse.

La pré-insertion, ce n’est pas un détail administratif. C’est le parcours de femmes et d’hommes qui ont été recrutés, formés, puis placés dans une salle d’attente dont personne ne semble détenir la clé. Des séances d’explication ont bien eu lieu, on a clarifié certaines situations, on a promis que les dossiers avançaient. Mais dans les faits, la question reste entière : quelles perspectives concrètes pour leur mise en solde ? Car expliquer n’est pas résoudre. Et pendant que l’on explique, les intéressés vieillissent dans l’incertitude, avec des carrières en pointillé et des projets de vie en suspens.
Ce que vivent ces agents, c’est une forme de violence administrative silencieuse. Ils ont répondu aux appels, ils ont passé les concours, ils ont cru à la promesse d’un avenir dans l’administration pétrolière. Aujourd’hui, ils se demandent si leur place existe vraiment. Cette précarité n’est pas seulement matérielle, elle est morale. Elle ronge la motivation, elle installe le doute, elle pousse les meilleurs à regarder ailleurs. Dans un secteur qui réclame des compétences pointues, laisser ses propres agents dans l’attente, c’est organiser la fuite des talents avant même de les avoir utilisés.
Or le Gabon ne cesse de proclamer qu’il veut renforcer son expertise nationale, réduire sa dépendance aux compétences étrangères et faire de la souveraineté technique une priorité. Mais comment prétendre à une telle ambition quand on laisse des agents qualifiés dans un entre-deux administratif qui n’en finit pas ? Former des ressources humaines, les intégrer, puis les abandonner dans l’attente d’une mise en solde, ce n’est pas une politique de souveraineté. C’est un investissement gaspillé, une promesse trahie, une occasion manquée pour le ministère du Pétrole et du Gaz.

Le dialogue social, dans ce dossier, ne peut pas se contenter d’expliquer les décisions prises. Il doit aussi permettre de résoudre les problèmes qui persistent. Les syndicats ont posé la question, les agents ont exprimé leur lassitude, mais en face, le silence reste assourdissant. On organise des réunions, on rédige des comptes rendus, on prend des engagements, et puis rien. La machine administrative tourne à vide, pendant que ceux qui attendent leur mise en solde finissent par ne plus y croire. Un dialogue social qui ne débouche sur rien n’est plus un dialogue, c’est une méthode d’enfumage.
Alors, à l’approche d’un éventuel remaniement gouvernemental, le ministère du Pétrole et du Gaz devrait avoir honte de brandir ses 97,84 % comme un bilan. Car derrière ce pourcentage, il y a des agents en pré-insertion qui ne savent toujours pas quand leur situation sera réglée. Il y a des compétences nationales qui attendent, non pas un discours, mais une décision. Il y a une administration qui se dit performante mais qui n’arrive pas à solder ses propres dossiers. La performance, ce n’est pas seulement atteindre des objectifs affichés, c’est aussi tenir ses engagements envers ceux qui font fonctionner le service public.
Le véritable test commence maintenant. Le ministère du Pétrole et du Gaz acceptera-t-il enfin de regarder ces agents en face, de leur donner une date, un cadre, une perspective ? Ou continuera-t-il à se cacher derrière des statistiques pendant que le malaise grandit dans ses propres services ? Car derrière les 97,84 %, il y a des femmes et des hommes qui ne demandent pas la lune. Ils demandent simplement que l’État tienne sa parole. Et si le ministère du Pétrole et du Gaz n’est pas capable de le faire pour ses propres agents, comment pourrait-il convaincre les investisseurs que le Gabon est un pays de parole tenue ?
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Assistant Edu Gabon
