Gabon : la main tendue, nouveau visage d’une précarité qui s’installe

« Grand frère, tu peux m’aider ? » « Président, je suis vraiment en difficulté… » Ces phrases, Joachim Mbatchi Pambou les reçoit désormais avec une fréquence qui devrait alerter. Dans une tribune libre, le président du Forum pour la Défense de la République (FDR) décrit une réalité qui n’épargne plus grand monde : à Libreville comme dans les villes de l’intérieur, tendre la main n’est plus l’expression d’un besoin exceptionnel. « Cela devient, pour certains, une stratégie de survie », écrit-il.

Pour manger, se déplacer, payer un loyer, acheter des médicaments, scolariser un enfant ou simplement faire face à une dépense devenue impossible à absorber, de nombreux Gabonais cherchent secours auprès de leur entourage. Derrière cette banalisation, une réalité plus préoccupante : une précarité qui s’installe et touche des catégories de plus en plus larges. « Ce phénomène mérite mieux qu’un jugement moral sur ceux qui demandent. Il mérite une véritable réflexion sur notre société, notre économie et, surtout, sur la capacité de la République à protéger la dignité économique de ses citoyens », plaide l’auteur.

Le phénomène n’est pas nouveau. Sous l’ancien régime, cette précarité était déjà visible, parfois criante. Mais le sentiment qui domine aujourd’hui est celui d’une situation qui s’intensifie. Pour le FDR, la multiplication des demandes d’aide individuelle ne saurait être réduite à une succession de situations personnelles. « Elle révèle les fragilités d’un modèle social et économique qui doit être interrogé avec lucidité. »

Et c’est là que le sujet devient politique. La Vᵉ République n’est pas seulement une nouvelle architecture institutionnelle, rappelle Joachim Mbatchi Pambou. Elle porte une espérance : celle d’un État plus efficace, d’une meilleure redistribution des richesses, d’une économie davantage tournée vers les nationaux et, surtout, d’une amélioration concrète des conditions de vie. Or, dans les quartiers et les conversations ordinaires, une question demeure : « Quand cette amélioration sera-t-elle réellement ressentie dans le panier de la ménagère et dans le portefeuille du citoyen ? »

À Libreville, le prix du transport, du loyer, de l’alimentation, des fournitures scolaires ou des soins peut rapidement déséquilibrer un budget familial. À l’intérieur du pays, l’éloignement des services essentiels et la faiblesse des opportunités rendent parfois la situation plus difficile encore. Dans ce contexte, la solidarité familiale joue un rôle considérable. « Cette solidarité est une richesse de notre société. Mais elle ne peut pas devenir le substitut permanent d’une véritable politique sociale et économique. »

L’auteur pose alors une question cruciale : que se passe-t-il lorsque celui qui aide est lui-même en difficulté ? Lorsque le fonctionnaire doit soutenir plusieurs familles avec un salaire qui suffit à peine à ses propres charges ? Lorsque le retraité devient le principal recours de ses enfants et petits-enfants ? Lorsque le jeune diplômé, après des années d’études, dépend encore de ses parents pour payer son transport ? « Nous touchons là à une question fondamentale : quelle place accordons-nous réellement à la dignité économique du citoyen gabonais ? »

La précarité ne se résume plus à l’image traditionnelle de la personne sans ressources. Elle touche le jeune diplômé sans emploi, le parent dont le revenu ne couvre plus l’essentiel, le petit entrepreneur qui survit difficilement, le journaliste aux revenus irréguliers, le retraité sans revenu complémentaire, ou encore le responsable associatif ou politique qui, lui aussi, a ses limites. « La catégorie des personnes économiquement faibles aujourd’hui est beaucoup plus large qu’on ne veut parfois l’admettre. »

Le débat doit donc dépasser les seules aides ponctuelles. Oui, il faut secourir celui qui a faim. Oui, il faut aider celui qui ne peut pas se soigner. Oui, il faut accompagner la famille qui traverse une période difficile. Mais l’objectif d’une politique publique ambitieuse doit être de faire en sorte que ces situations deviennent progressivement l’exception et non la règle. « Un Gabonais ne devrait pas avoir à multiplier les demandes de secours pour vivre dignement dans son propre pays. »

Le Gabon dispose de ressources considérables. La véritable question est celle de leur transformation en opportunités, en emplois, en revenus, en services publics de qualité et en protection sociale. « Le changement de régime politique ne peut prendre tout son sens que s’il se traduit aussi par un changement dans la vie quotidienne. » La Vᵉ République sera jugée, dans les quartiers comme dans les provinces, non seulement à travers ses institutions, mais à travers une question très simple : « Les Gabonais vivent-ils mieux ? »

En tant que soutien du Président de la République, Joachim Mbatchi Pambou assume une posture de vigilance et de franchise. « Le soutien politique n’interdit ni la vigilance, ni la franchise, encore moins de proposer chaque fois que possible toute idée visant l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. » Il appelle à une revisitation du contrat social et économique, afin qu’il réponde davantage aux réalités vécues par les Gabonaises et les Gabonais, particulièrement les plus vulnérables. Il plaide aussi pour la mise en place, dans les meilleurs délais, de mécanismes de solidarité gouvernementale plus structurés et plus efficaces.

« Cette exigence, le FDR l’assume pleinement : la solidarité nationale doit être organisée, ciblée et durable. » Elle doit répondre à l’urgence, mais surtout permettre à ceux qui en bénéficient de retrouver progressivement leur autonomie. « Il ne s’agit pas d’installer les Gabonais dans l’assistance. Bien au contraire. La solidarité doit être le filet qui empêche de tomber, jamais le système qui condamne à rester au sol. »

Pour l’auteur, la réussite d’un projet de transformation nationale ne se mesurera pas uniquement à la grandeur des infrastructures ou aux indicateurs macroéconomiques. Elle se mesurera aussi à une réalité plus simple : « Combien de Gabonais peuvent désormais vivre dignement sans être obligés de tendre la main pour survivre ? » C’est à cette aune que, selon lui, les progrès accomplis devront être collectivement appréciés. « Soutenir le Président de la République, c’est aussi l’aider à réussir. Et aider à réussir, c’est savoir dire ce que le peuple vit, proposer ce qui peut améliorer son quotidien et agir avant que l’urgence sociale ne devienne une crise nationale. »

Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum pour la Défense de la République (FDR), candidat à l’élection présidentielle d’août 2023.





Assistant Edu Gabon

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