Dans une capitale gabonaise traversée par d’intenses quêtes d’épanouissement et de renouveau, le paysage ecclésial s’apprête à vivre une secousse majeure avec le lancement du grand rassemblement « Libreville sous la puissance de Dieu ». Lors de la conférence de presse inaugurale tenue au siège des ministères Christ Révélé aux Nations, les figures majeures du mouvement évangélique ont levé le voile sur les enjeux de cet événement d’envergure.

Les premiers propos liminaires ont été prononcés par l’hôte de cette plateforme, l’évêque général Mike Steve Joktan, qui a immédiatement posé les jalons d’une vision axée sur le partage stratégique des compétences spirituelles au service de la collectivité. Évoquant la nature profonde de la mission pastorale, le leader spirituel a souligné que « Dieu prend des hommes et que de ces hommes, il fait des dons », expliquant que les grâces divines destinées aux multitudes sont d’abord confiées à des récipiendaires pour être popularisées et distribuées. Refusant de réduire la présence d’orateurs internationaux à une simple démarche d’amitié, il a rappelé que « nous sommes au final la somme de ce que Dieu nous a donné (…) mais aussi de ces choses que nous avons acquises au fur et à mesure alors que nous marchons le chemin de la vie ». Affirmant le principe biblique de l’association selon lequel une dynamique explosive survient « lorsque plusieurs onctions choisissent de se mettre ensemble », Joktan a martelé sa conviction intime que « de la même façon que les individus ont besoin d’être délivrés (…) la nation dans son entière a besoin d’être délivrée ».

Prenant la parole à sa suite, l’évêque Alphonse Nguimba a dressé un diagnostic sans complaisance des dynamiques religieuses qui traversent le pays depuis quatre décennies. Constatant que la succession des vagues de réveil depuis les années 1980 a fini par installer chez de nombreux croyants une impression tenace de « déjà vu, du déjà entendu et du déjà expérimenté », il a appelé à un dépassement salutaire des cloisonnements. Dans un plaidoyer vibrant pour l’authenticité de la communion fraternelle, Nguimba a affirmé que « l’unité ne doit pas être juste une chanson, une incantation », mais qu’« elle doit se vivre à travers le soutien mutual » entre dirigeants partageant une même vision de réveil. Déplorant l’impuissance de nombreuses communautés face à la détresse de fidèles qui meurent à petit feu malgré la répétition des prières, il a fustigé l’orgueil spirituel et invoqué l’exemple biblique de l’apôtre Pierre appelant ses compagnons à l’aide pour réussir la pêche miraculeuse : « nous nous privons de plusieurs grâces parfois à cause de notre orgueil », ajoutant qu’« il faut savoir discerner qui transporte quoi et quand l’activer au bon moment ».
Cette synergie des compétences spirituelles trouve un fondement théologique rigoureux dans l’exégèse développée par le bishop Ouattara Mohamed Idriss, venu de Côte d’Ivoire. Clarifiant la typologie des forces spirituelles à l’œuvre dans les Écritures, l’orateur ivoirien a établi une distinction capitale entre l’autorité déléguée confiée à l’Église (exousia) et la puissance intrinsèque attribuée de façon différenciée aux serviteurs (dunamis). S’appuyant sur l’épisode où Pierre s’adresse au paralytique du Temple en déclarant « Ce que j’ai, je te le donne, pas ce que nous avons », il a illustré la complémentarité des ministères, rappelant que Pierre disposait d’une grâce d’action immédiate là où Jean recevait les révélations de la fin des temps. Détaillant une hiérarchie articulée en « 7 degrés de puissance » — parmi lesquels figurent le pneuma ou encore la gloire du trône (kratos) —, Ouattara Mohamed Idriss a affirmé haut et fort que « les écritures ne sont pas juste des écrits, juste de la philosophie, mais plutôt qu’elles sont empreintes de la puissance de Dieu ». Il a ainsi promis au peuple gabonais qu’au terme de ces journées d’enseignement, « le royaume des ténèbres sera arrêté dans sa manifestation » afin d’asseoir la souveraineté divine sur le territoire.

L’analyse de cet impact territorial et socio-économique a été enrichie par l’intervention de Monseigneur François Rabenkogo, s’exprimant en sa double qualité de vicaire général national des ministères Christ Révélé aux Nations et de premier conseiller du Conseil national des Églises pentecôtistes évangéliques de réveil du Gabon. Dénonçant l’affadissement du discours ecclésial contemporain, le prélat s’est indigné du fait que l’on ait « rendu l’Évangile philosophique (…) intellectuel, moraliste au point qu’une prédication est appelée un sermon ». Pour Rabenkogo, la clé des blocages nationaux réside dans la méconnaissance de la « science des autels », rappelant que trop peu de communautés ont conscience qu’une Église constitue avant tout un autel spirituel qu’il convient de savoir ériger et non seulement détruire. Établissant une corrélation directe entre les turbulences matérielles du pays, telle la récente crise du carburant, et la résistance des forces invisibles face à l’essor national, il a rappelé l’acte du prophète Élie rebâtissant l’autel d’Israël pour faire tomber la pluie et amorcer une nouvelle saison économique.

Cette volonté de transformation intégrale de la société s’incarne enfin dans la dimension pédagogique et financière du programme, illustrée par l’organisation d’une masterclass consacrée à la création de richesses. Répondant aux interrogations de la presse sur le coût d’accès fixé à 50 000 francs CFA, Mike Jocktane a rappelé sans détour la maxime biblique selon laquelle « l’argent répond à tout », réfutant toute fatalité face à la pauvreté. « Devenir riche financièrement, ce n’est pas une fatalité (…) ça s’apprend, ça s’enseigne », a-t-il affirmé, soulignant que si Dieu accorde la capacité d’acquérir des biens, cette bénédiction exige l’assimilation de principes rigoureux. Clôturant la rencontre par un appel solennel aux professionnels des médias, l’évêque général a conclu en citant l’Évangile : « On ne prend pas la lumière pour la mettre sous un boisseau ». En demandant aux journalistes de se faire les relais positifs de cette dynamique, les organisateurs entendent faire luire une clarté nouvelle sur l’avenir de la nation gabonaise.
