À l’heure où le Gabon cherche à affirmer sa souveraineté culturelle et son développement durable, le patrimoine ne saurait demeurer un simple souvenir folklorique. Les deuxièmes Journées scientifiques de l’Institut de Recherche en Sciences Humaines (IRSH), organe du CENAREST, ont mis en lumière l’immense richesse des savoirs locaux, des objets traditionnels, des langues ainsi que des connaissances sur notre faune et notre flore. Toutefois, pour que ces travaux ne restent pas confinés dans des cercles restreints, un soutien massif des pouvoirs publics s’impose. Il est désormais crucial que le Gouvernement accompagne fortement l’IRSH dans la vulgarisation et l’assimilation de ces trésors par l’ensemble des citoyens, condition indispensable à l’émergence d’une véritable culture de la nation gabonaise.

Au cœur de cette ambition, l’IRSH, mu par la vision de son Directeur, Pr Alphonse Ndinga Nziengui, accomplit un travail d’inventaire scientifique essentiel couvrant l’ensemble du territoire national. Qu’il s’agisse de l’atlas linguistique et culturel décliné en neuf tomes, de l’inventaire interactif du patrimoine matériel, ou de l’étude hydro-géomorphologique des sites culturels et des espèces végétales et animales, les chercheurs accumulent une banque de données unique. Comme le souligne le Dr Sandra Mawora Magari, chercheuse à l’IRSH et auteure du plan de communication sur la valorisation du patrimoine : « Il est parfois difficile d’établir une conversation fluide entre les chercheurs et le grand public, car les mots utilisés par les scientifiques ne sont pas immédiatement accessibles ». Pour combler ce fossé, l’institut doit pouvoir traduire cette science en savoirs vivants pour chaque Gabonais.

La vulgarisation scientifique constitue en effet le pont fondamental entre la recherche académique et la société. L’assimilation des pratiques communautaires, des savoir-faire artisanaux et de la diversité environnementale exige une médiation pédagogique moderne et dynamique. Il s’agit de mobiliser des outils audiovisuels, des capsules vidéo, des écrans numériques et des supports imprimés afin d’éveiller la curiosité des jeunes et des familles. De plus, la diffusion des connaissances sur la faune et la flore locales permettra de reconnecter les populations à leur milieu naturel. Selon le Dr Sandra Mawora Magari, « l’objectif majeur est d’employer des méthodes d’éducation de masse pour traduire des concepts académiques complexes en messages captivants pour tous ».

Cette entreprise d’appropriation culturelle exige une présence territoriale équitable qui dépasse largement le cadre de la capitale. L’histoire, les coutumes et les objets patrimoniaux appartiennent à toutes les provinces, et l’arrière-pays ne doit pas se sentir oublié. Comme l’affirme le Dr Sandra Mawora Magari : « Notre stratégie ne vise pas à se limiter uniquement à Libreville, mais à aller en profondeur dans nos régions en nous rapprochant des collectivités locales, des mairies et des gouvernorats ». La création d’espaces de médiation régionaux, l’animation des musées provinciaux et l’organisation d’apéros scientifiques permettront d’inclure activement chaque communauté. Cette décentralisation du savoir est indispensable pour transmettre la mémoire collective à l’échelle nationale.

Face à l’ampleur de cette mission patriotique, la nécessité d’un accompagnement gouvernemental vigoureux devient une priorité absolue. Les chercheurs et techniciens de l’IRSH ne peuvent assumer seuls cette renaissance culturelle sans des moyens institutionnels et financiers adaptés. Rappelant le mot d’esprit de l’écrivain Robert Orben — « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance » —, les acteurs du projet insistent sur le fait que la formation et la sensibilisation représentent un investissement vital. Le Gouvernement doit allouer les ressources budgétaires nécessaires pour financer les enquêtes de terrain, moderniser les équipements audiovisuels et former la nouvelle génération de spécialistes du patrimoine.
Les retombées d’un tel engagement étatique dépassent la seule sphère académique pour nourrir la cohésion sociale et le progrès durable. En s’appropriant l’histoire de leurs écosystèmes, les usages traditionnels des plantes et les valeurs morales de l’art oratoire, les citoyens développent un sentiment d’appartenance renforcé. Cette compréhension approfondie de notre faune, de notre flore et de nos objets séculaires stimule également l’économie créative, le tourisme culturel et la résilience écologique. En valorisant ces compétences locales, l’État dote le pays d’un modèle de développement harmonieux, solidement enraciné dans ses identités tout en restant tourné vers l’avenir.

L’accompagnement indéfectible du Gouvernement envers le CENAREST et l’IRSH est la pierre angulaire de notre souveraineté culturelle. Permettre la vulgarisation et l’assimilation généralisée des connaissances, des pratiques et de la biodiversité locales, c’est offrir au Gabon la possibilité d’édifier une culture nationale forte, consciente et rassemblée.

Nos savoirs traditionnels et notre patrimoine naturel forment le trésor le plus précieux de la République. Il appartient aujourd’hui aux autorités publiques d’accorder à la recherche scientifique les moyens d’action nécessaires pour que chaque Gabonais devienne l’héritier fier et l’acteur engagé du rayonnement de sa nation.
