Il faut changer la classe politique
C’est la sempiternelle pensée qui revient depuis le 30 août 2023. Cette pensée revient régulièrement parce que les déceptions se sont succédées après les grands espoirs de 2009 et 2016. Déceptions car cette période de transition si riche de promesses, avec sa devise où figure le mot « Félicité » (ce qui signifie littéralement bonheur calme et durable) – retiré du sentiment d’appartenir à un pays où le bien-être des populations a été longtemps relayé au second plan – n’a pas encore donné tous les fruits attendus. Certes des progrès significatifs sont réalisés en matière de voiries et structures urbaines, rendant notamment crédibles les différentes actions du CTRI. Mais les pratiques de la classe politique n’ayant pas évolué dans le même sens. La persistance de la pensée unique à la tête de l’Etat, du clientélisme, du favoritisme, du kounabélisme, des abus de pouvoir, et de la corruption gâchent les progrès accomplis depuis l’avènement des militaires au pouvoir. D’où la pensée, à chaque moment difficile, de la nécessité de renouveler la classe politique. Mais très peu de propositions sont cependant avancées sur le « comment ».
Ce qui a été tenté jusqu’à présent
Il a été dit, en particulier au début du magistère d’Ali Bongo qu’il fallait rajeunir la classe politique avec la fameuse phrase : « On ne fait pas du neuf avec du vieux » (Dixit Ali Akbar Onanga). On vit alors émerger de jeunes politiciens comme Tony Ondo Mba, Jeremie Ayong, Christian Patrichi Tanasa, Hermann Nzoundou Bignoumba, Justin Ndoudangoye, ou Noël Mboumba. Le rajeunissement ne suffit pas pour changer les mauvaises mœurs de la classe politique.
Jusqu’à récemment, dans chaque legislature, le parapluie fourni par l’appartenance au PDG ou autre parti de la mouvance présidentielle a encouragé de nombreux députés, sénateurs ou maires aux mauvaises pratiques de leurs prédécesseurs.
Il faut alors convenir que le cadre institutionnel et le contexte économique et social existant génèrent des toxines anti-démocratiques qui contaminent en permanence toute la classe politique et l’empêche d’évoluer vers la « Félicité ». Or la déliquescence morale, politique et civique ayant atteint des sommets avant le coup d’Etat, l’assainissement des pratiques politiques en est rendu à la fois plus urgent mais aussi encore plus difficile. Il faudra traiter le mal en profondeur.
Mettre fin à ces bouffonneries qui ne font plus rire parcequ’elles en arrivent à tuer la démocratie
Pour réparer les dégâts incommensurables de la présente crise il faudra, en plus d’une personne aux qualités exceptionnelles à la tête de l’Etat », instaurer tout d’abord une loi régissant les droits et les obligations des partis politiques. Assurer ensuite l’effectivité des sanctions électorales, mais aussi judiciaires, dont soit paissibles politiciens au pouvoir comme dans l’opposition et renforcer en parallèle l’efficacité du rôle de contrepouvoir de la société civile.
Pierre-Parfait Mbadikumbe
Journaliste/Rédacteur/Consultant communication
