Transition politique : la presse gabonaise laissée pour compte

Arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État du 30 août 2023, le président de la transition avait suscité un immense espoir au sein de la population gabonaise. Son discours inaugural, marqué par des engagements en faveur de la restauration des institutions et de la dignité des citoyens, avait ravivé les attentes dans divers secteurs, notamment celui de la presse. Mais, un an plus tard, ces promesses semblent s’être évaporées, laissant place à une désillusion grandissante parmi les professionnels des médias.

L’une des premières promesses faites par le président de la transition concernait l’attribution de moyens roulants aux organes de presse, en reconnaissance de leur rôle crucial dans la consolidation de la démocratie. Or, cette promesse est restée lettre morte. Seuls les artistes, qui n’ont pourtant pas été au cœur de la lutte pour la justice et la transparence, ont bénéficié de ces équipements.

Une presse marginalisée lors des grandes échéances

Malgré l’absence de soutien tangible, les médias privés ont continué de jouer leur rôle, notamment lors du Dialogue National Inclusif (DNI). Pendant les trente jours qu’a duré cet événement, les journalistes ont couvert les débats et retransmis les échanges, souvent dans des conditions difficiles. Cependant, leurs efforts ont été récompensés par une rémunération dérisoire, qualifiée par certains d’« aumône ».

La situation s’est aggravée lors de la préparation du référendum national. Le ministère de la Communication avait demandé aux médias privés de soumettre des demandes d’accréditation pour la couverture de cet événement. Selon des sources internes, des fonds destinés à financer cette couverture auraient été débloqués, mais jamais transférés aux bénéficiaires. Une nouvelle déception pour des professionnels déjà échaudés par un manque de considération manifeste.

Le coup de grâce pour la presse gabonaise est venu du refus des autorités de payer la subvention annuelle de 127 millions de francs CFA. Cette somme, bien qu’insuffisante pour répondre aux besoins croissants du secteur, était néanmoins versée régulièrement sous le régime précédent. Le président de la transition avait promis d’augmenter cette enveloppe à 500 millions, une promesse qui n’a jamais été concrétisée.

Aujourd’hui, de nombreux professionnels des médias se sentent abandonnés. Pour certains, l’absence de soutien financier et logistique reflète une volonté délibérée de marginaliser la presse, un pilier essentiel de la démocratie.

Face à cette situation, la presse gabonaise continue de jouer son rôle de vigie, malgré des moyens limités. Mais pour combien de temps encore ? Les promesses non tenues risquent de fragiliser davantage un secteur déjà en difficulté et de compromettre sa capacité à informer efficacement les citoyens.

Si la transition veut véritablement restaurer la dignité des Gabonais et renforcer les institutions, elle ne peut ignorer la presse, moteur incontournable de la transparence et de la redevabilité.

 

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