Violences basées sur le genre au Gabon : un fléau qui exige une action urgente

Ce mercredi 19 février 2025 au Siège de Gabon Égalité, sis à Libreville, l’ONG Aurore a présenté son rapport intitulé « Violences Basées sur le Genre au Gabon : État des lieux et perspectives » au siège de Gabon Égalité de Chance. Un document choc, révélant des chiffres alarmants et des réalités souvent tues, mais aussi un plaidoyer poignant pour la protection des femmes gabonaises. Ida Flore Maroundou, présidente de l’ONG et survivante de violences basées sur le genre, a porté la voix de milliers de femmes victimes, appelant à une mobilisation collective et à des réformes urgentes.  

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Un constat accablant  

Le rapport d’Aurore dresse un tableau sombre de la situation au Gabon. Selon les données recueillies, plus de deux tiers des femmes de plus de 15 ans ont subi au moins une forme de violence au cours de leur vie. En 2024, près de 900 cas de violences faites aux femmes ont été déclarés, dont plus de 500 traités par les tribunaux. Parmi eux, plus de 50 % concernent des violences physiques, suivies de près par les violences sexuelles.

 

Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. « Les viols sur mineurs ne sont pas catégorisés comme des violences faites aux femmes dans les juridictions gabonaises. Ils sont classés dans l’économie des mineurs, ce qui fausse les statistiques », explique Ida Flore Maroundou. De même, les féminicides, non codifiés dans la loi gabonaise, sont souvent enregistrés comme de simples homicides, rendant leur recensement difficile.

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Des obstacles systémiques  

L’une des révélations les plus troublantes du rapport concerne les désistements des victimes. Sur les 900 cas déclarés, plus de 200 ont été classés sans suite, soit 22 %. « Les victimes subissent des pressions familiales, sociales, et parfois même institutionnelles. Certaines abandonnent par découragement, se sentant abandonnées par un système qui ne les protège pas », déplore Maroundou.

 

Pire encore, les auteurs de violences jouissent souvent d’une impunité inquiétante. Le rapport cite le cas d’un homme à Port-Gentil, déjà condamné pour violences conjugales, qui a récidivé en tuant sa compagne. Malgré un mandat d’arrêt émis contre lui, il est resté en liberté pendant des mois. « Comment pouvons-nous protéger les femmes si les auteurs ne sont pas tenus responsables ? », interroge la présidente de l’ONG.

 

Une culture de l’impunité et des stéréotypes tenaces  

Les causes de ces violences sont multiples et profondément enracinées. Les inégalités de genre, les stéréotypes sexistes et une culture patriarcale persistante maintiennent les femmes dans une position de vulnérabilité. « Même les femmes magistrates ou entrepreneures subissent des discriminations simplement parce qu’elles sont des femmes », souligne Maroundou.

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La culture de l’impunité aggrave la situation. Les auteurs de violences, rarement poursuivis, se sentent encouragés à récidiver. « Nous avons besoin de réformes législatives fortes, mais aussi d’un changement de mentalité. La sensibilisation est cruciale », insiste-t-elle.

 

Des recommandations pour un avenir plus sûr  

Le rapport propose 19 recommandations pour lutter contre les violences basées sur le genre. Parmi elles, la codification des féminicides dans la loi, une meilleure formation des forces de l’ordre et des magistrats, et un soutien accru aux centres d’accueil pour les victimes. « Le centre de Dengayon, par exemple, manque de fonds pour fonctionner correctement. Comment pouvons-nous aider les femmes si les structures existantes sont délaissées ? », s’indigne Maroundou.

 

L’ONG Aurore milite également pour une sensibilisation accrue du public et des professionnels. « Les campagnes de sensibilisation ont diminué ces derniers mois. Pourtant, c’est par l’éducation et la prise de conscience que nous pourrons changer les choses », affirme-t-elle.

 

Des vies brisées, un appel à l’action  

Le rapport rappelle tragiquement les noms de femmes dont les vies ont été volées par la violence. Judith, poignardée par son fiancé ; Mireille Mindouli, enceinte, tuée par son compagnon ; Astrid, décédée sous les coups de son conjoint. Autant de noms, autant de vies brisées qui appellent à une action immédiate.

 

« Nous crions à l’aide, mais personne ne nous entend. Les femmes gabonaises sont en danger, et nous avons besoin de réponses politiques concrètes », lance Maroundou, la voix empreinte d’émotion.

 

Un combat collectif  

Les violences basées sur le genre ne sont pas seulement une affaire de femmes. Elles concernent toute la société. Comme le souligne Ida Flore Maroundou, « aujourd’hui, c’est la voisine, demain, ce pourrait être votre sœur, votre fille ou votre mère. Nous devons tous nous sentir concernés. »  

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Le rapport de l’ONG Aurore est un cri d’alarme, mais aussi un appel à l’espoir. Il rappelle que, malgré les obstacles, des solutions existent. À condition que les autorités, la société civile et la population se mobilisent ensemble pour faire de la protection des femmes une priorité nationale.

 

Car, comme le dit si bien Maroundou, « la vie des femmes au Gabon doit être sacrée. Et c’est notre devoir à tous de veiller à ce que cela devienne une réalité. »  

 

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