La décision du ministère de l’Intérieur d’invalider la candidature de Jean Rémy Yama à l’élection présidentielle suscite une vive controverse. En cause : une exigence administrative qui ne repose sur aucun fondement légal, ce qui soulève des interrogations sur la régularité et l’impartialité du processus électoral.
Selon le Code électoral gabonais, l’article 179 établit la liste des pièces à fournir pour toute candidature. Ce texte est clair et ne mentionne nulle part l’obligation de fournir l’acte de naissance du père ou de la mère du candidat. Pourtant, c’est sur cette absence de document que le ministère de l’Intérieur a rejeté la candidature de Jean Rémy Yama.
Or, en droit, une administration ne peut exiger ce que la loi ne prévoit pas. En imposant cette condition supplémentaire, le ministère a outrepassé ses prérogatives et violé le principe de légalité administrative, qui interdit toute décision basée sur une règle inexistante.
L’argument du ministère repose sur l’article 170, qui stipule qu’un candidat à la présidence doit être né d’un père ou d’une mère gabonais(e), lui-même ou elle-même né(e) d’un parent gabonais. Toutefois, cet article ne précise pas les pièces justificatives requises pour prouver cette ascendance.
Or, c’est bien l’article 179 qui fixe les documents exigibles, et il ne fait aucune référence à l’acte de naissance des parents du candidat. La responsabilité de vérifier la nationalité des ascendants revient donc à l’administration, et non au candidat. En exigeant un document qui ne figure pas dans la liste officielle, le ministère a procédé à une interprétation abusive de la loi.
Le rejet de la candidature de Jean Rémy Yama, figure bien connue du paysage politique et syndical gabonais, alimente les soupçons d’une manipulation politique visant à écarter un adversaire jugé gênant.
Ce n’est pas la première fois que des décisions administratives contestables sont utilisées comme moyen de sélection politique. En ajoutant des exigences inexistantes, le ministère de l’Intérieur crée artificiellement des obstacles à certaines candidatures et compromet l’équité du processus électoral.
Face à cette décision qu’il juge illégale, Jean Rémy Yama a annoncé qu’il saisirait la Cour constitutionnelle. Cette procédure, prévue par la loi, permettra aux magistrats de trancher sur la légalité du rejet de sa candidature.
Si la Cour suit une lecture stricte du Code électoral, elle devrait annuler cette décision et rétablir la candidature de Jean Rémy Yama. Dans le cas contraire, cela créerait un dangereux précédent où l’administration pourrait, à l’avenir, modifier les règles du jeu électoral selon son bon vouloir.
Cette affaire met en lumière une question plus large : le respect des règles électorales et l’impartialité des institutions sont-ils garantis au Gabon ? À l’approche de l’élection présidentielle, cette situation ébranle la confiance des citoyens dans la transparence du scrutin.
Si la loi doit être appliquée de manière stricte et égale pour tous, alors les institutions doivent s’abstenir d’en faire une lecture arbitraire et opportuniste. Le Gabon ne peut se permettre un processus électoral biaisé, sous peine d’alimenter davantage la défiance populaire.
Affaire à suivre.
