Médias au Gabon : Entre restauration des subventions et questions d’indépendance

Dans un contexte pré-électoral de plus en plus effervescent, la Coalition des Médias de la Presse Privée Indépendante vient d’officialiser ce 3 avril son soutien à la candidature du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour l’élection présidentielle prévue en 2025. Une annonce qui soulève diverses interrogations sur la frontière, parfois ténue, entre amélioration des conditions de travail des médias et véritable indépendance éditoriale.

 

Une subvention restaurée, un secteur qui respire

 

La déclaration de soutien met en avant un geste fort du régime de transition : la restauration de la subvention à la presse privée à hauteur de 500 millions de francs CFA, son niveau historique sous Omar Bongo Ondimba. Une mesure saluée unanimement par les professionnels du secteur qui ont traversé, selon leurs propres termes, « quatorze années d’asphyxie financière » sous l’ère Ali Bongo.

 

« Cette décision représente bien plus qu’une simple question financière », confie sous couvert d’anonymat un journaliste de la presse écrite gabonaise. « C’est la reconnaissance du rôle essentiel que jouent les médias indépendants dans une démocratie en reconstruction. »

 

Entre 2009 et 2023, la subvention avait progressivement fondu, passant de 500 à 200 millions, puis à un plancher historique de 125 millions de francs CFA, menaçant directement la survie de nombreux titres dans un marché publicitaire déjà restreint.

 

Au-delà du symbole, les enjeux d’une presse véritablement libre

 

Si la restauration de cette aide constitue indéniablement une bouffée d’oxygène pour le secteur, l’officialisation d’un soutien politique collectif interroge sur la nature même de l’indépendance revendiquée par ces mêmes médias.

 

Pour un analyste politique à l’Université Omar Bongo, « cette annonce illustre parfaitement l’ambiguïté historique des relations entre pouvoir et médias au Gabon. La question n’est pas tant celle du soutien financier, nécessaire à la survie du secteur, mais celle de la contrepartie implicite ou explicite attendue. »

 

La déclaration elle-même fait état de l’engagement des membres de la Coalition « à soutenir, par leurs plumes et leurs voix » l’action du président de la Transition, suscitant des interrogations sur la compatibilité entre ce positionnement et l’exercice d’un journalisme critique et indépendant.

 

Un bilan de transition en demi-teinte

 

Au-delà de la question médiatique, la déclaration dresse un bilan flatteur des 19 mois de transition, évoquant notamment la revalorisation des salaires des fonctionnaires, la lutte contre la corruption, la relance des chantiers d’infrastructure et les efforts dans les secteurs de l’éducation et de l’énergie.

 

Des avancées réelles mais qui contrastent avec les difficultés persistantes que connaissent de nombreux Gabonais au quotidien, entre coupures d’électricité encore fréquentes dans certains quartiers de Libreville et hausse continue du coût de la vie.

 

« Le président Oligui Nguema a effectivement remis en marche plusieurs secteurs clés, mais les défis structurels hérités de 56 ans de gouvernance Bongo ne peuvent être résolus en moins de deux ans », note un économiste de la Banque africaine de développement.

 

Vers 2025, l’équation démocratique

 

À un an de l’échéance électorale promise, cette déclaration de soutien s’inscrit dans un paysage politique en pleine recomposition. Si le président de la Transition bénéficie toujours d’une popularité certaine pour avoir mis fin au régime Bongo, la consolidation d’un véritable processus démocratique reste un défi majeur.

 

La ministre de la Communication et des Médias, Laurence Ndong, saluée dans la déclaration pour son « dialogue constructif », devra démontrer que le soutien aux médias privés s’inscrit dans une volonté plus large de garantir le pluralisme d’expression et non dans une logique de clientélisme pré-électoral.

 

L’avenir dira si cette restauration de la subvention marque véritablement le début d’une ère nouvelle pour les médias gabonais ou si elle représente, comme par le passé, un instrument de contrôle plus subtil mais tout aussi efficace. Pour l’heure, c’est bien la question de l’indépendance – celle des médias comme celle des institutions chargées d’organiser le prochain scrutin – qui reste au cœur des préoccupations dans un Gabon toujours en transition.

 

 

Jimmy Mandoukou, journaliste, maître en anthropologie



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