Affaire Becuna : 39,6 Millions de FCFA Pour un Procureur Après l’Explosion Mortelle

Le groupe pétrolier Perenco, fondé en France, fait face à de graves accusations de corruption et de négligence ayant entraîné la mort de six travailleurs. Un nouveau rapport de l’Environmental Investigation Agency (EIA) lève le voile sur des pratiques troublantes, tandis que Perenco, par la voix de ses avocats, refuse de commenter, dénonçant un « caractère partial et orienté » des questions de l’EIA.

Le rapport d’enquête de l’EIA, intitulé « Mort à huis clos », révèle des détails alarmants concernant l’explosion survenue en mars 2024 sur la plateforme pétrolière de Becuna au large des côtes du Gabon. Cet accident, le plus meurtrier jamais signalé en Afrique pour un incident offshore, aurait été la conséquence directe de la pression exercée par Perenco pour minimiser les coûts de production, même au détriment de la sécurité des travailleurs.

 

Selon l’EIA, les travailleurs décédés auraient été contraints d’ignorer de dangereuses remontées de pétrole et de poursuivre les opérations de maintenance. Des preuves de ces remontées auraient été sciemment omises des rapports techniques sur ordre de la direction à Paris. Des lanceurs d’alerte, s’exprimant sous couvert d’anonymat, décrivent une « culture du travail toxique » au sein des filiales de Perenco, où la maximisation de la production prime sur tout le reste, avec un investissement insuffisant dans les infrastructures.

 

Le rapport de l’EIA va plus loin, alléguant une dissimulation post-accidentelle. Il est avancé que des restes humains et des preuves auraient été « débarrassés de manière inappropriée » de la plateforme. Plus grave encore, l’EIA accuse la direction de Perenco d’avoir « intimidé un témoin de la catastrophe et corrompu un procureur chargé de l’affaire au Gabon » avec un pot-de-vin présumé de 65 000 dollars américains.

 

Un contraste frappant est mis en lumière concernant l’indemnisation des victimes. Alors que les familles des travailleurs africains n’auraient reçu aucune compensation à ce jour, la famille du responsable français de l’opération, également décédé dans l’accident, aurait perçu près de 10 millions de dollars américains en dédommagement et en échange de son silence via un contrat de confidentialité.

 

Perenco, l’une des plus grandes multinationales pétrolières et gazières au monde, s’est spécialisée dans l’exploitation d’actifs en fin de vie, en minimisant les coûts de production. Ce modèle, qui a permis à François Perrodo, l’actuel président du groupe, de devenir l’une des personnes les plus riches de France, est également à l’origine de nombreuses controverses. L’EIA souligne que l’entreprise a été accusée d’atteintes répétées à l’environnement, au droit du travail et aux droits humains dans la quasi-totalité des quatorze pays où elle opère. Parmi les incidents cités, on retrouve des fuites majeures de pétrole au Gabon, de la pollution chronique en RDC, des dommages environnementaux au Pérou, et une fuite au Royaume-Uni en 2023.

 

Perenco a toujours soutenu que ses nombreuses filiales sont entièrement autonomes et indépendantes, ce qui lui permettrait d’échapper à la responsabilité juridique. Cependant, des experts consultés par l’EIA, dont David Collis, professeur à la Harvard Business School, estiment que cette affirmation est « dénuée de sens » pour une entreprise de cette envergure dans un secteur aussi capitalistique que l’industrie pétrolière et gazière. L’enquête de l’EIA suggère que « presque toutes les décisions importantes d’ordre opérationnel, stratégique, financier et en matière de ressources humaines sont prises au niveau des sociétés basées au Royaume-Uni et en France. » Un ancien directeur pays de Perenco a confirmé cette pression exercée par les sièges de Paris et de Londres.

 

L’EIA exhorte le gouvernement gabonais à mettre en place un groupe de travail pour enquêter sur l’accident de Becuna et sa possible dissimulation, et à exiger une indemnisation immédiate pour les familles des victimes. L’organisation demande également au gouvernement français d’enquêter sur l’implication de Perenco France.

 

Contacté par l’EIA pour répondre à ces allégations, l’avocat de Perenco, Clément Dupoirier du cabinet Herbert Smith Freehills Paris LLP, a répondu par écrit le 14 mai 2025, déclinant tout commentaire. La lettre, jointe en annexe au rapport de l’EIA, stipule que « compte tenu du délai imposé, du caractère partial et orienté de vos questions ainsi que de certaines hypothèses exprimées ou sous-entendues dans celles-ci, mon client ne fera aucun commentaire. » L’avocat n’a cependant pas identifié de conclusions spécifiques erronées ou partiales. Perenco a néanmoins demandé que cette lettre soit mentionnée si l’EIA publiait son rapport.

 

L’affaire Perenco promet de continuer à faire couler de l’encre, mettant en lumière les défis de la régulation des multinationales et la protection des droits des travailleurs et de l’environnement dans des secteurs à haut risque.

Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

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