Élections Législatives et locales prochaines : Les femmes passent à l’offensive politique

L’Hôtel Boulevard d’Acae de Libreville a été le théâtre, ce vendredi 30 mai, d’une rencontre qui pourrait bien redéfinir l’engagement politique des femmes au Gabon. Organisée par Challenge Démocratie au Feminin en partenariat avec le PNUD, cette conférence-débat consacrée à la participation politique féminine a rassemblé militantes, élues et leaders associatives autour d’un objectif commun : préparer les prochaines échéances électorales avec une ambition renouvelée.

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Une mobilisation stratégique à l’approche des scrutins

 

Sous la houlette experte de l’honorable Pepecy Ogoulinguende, présidente de Challenge Démocratie au Féminin, cette journée a mis en lumière les enjeux cruciaux qui attendent les femmes candidates. Chimelle Otounga a donné le ton dès l’ouverture : « Cette rencontre vise à renforcer les leaderships féminins politiques et la préparation des femmes engagées, en leur permettant de s’investir dans la vie publique pour une meilleure représentativité lors des prochaines élections. »

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L’initiative dépasse largement le cadre partisan. Elle s’adresse autant aux militantes des formations politiques qu’aux actrices de la société civile, dans une démarche inclusive qui reflète la diversité du tissu associatif féminin gabonais.

 

Le PNUD en première ligne du changement

 

Le représentant du Programme des Nations Unies pour le Développement a marqué l’assistance par la force de son message d’ouverture. Saluant cette « mobilisation exceptionnelle de femmes leaders d’organisations féminines venues partager, construire et proposer ensemble », il a défini cette rencontre comme bien plus qu’un simple événement institutionnel.

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« Il s’agit d’un espace stratégique construit par les femmes, pour les femmes, qui entendent jouer pleinement leur rôle dans les choix politiques et démocratiques du pays », a-t-il déclaré avec émotion. Dans un contexte de transformation politique que traverse le Gabon, son message résonne comme un appel à l’action : « Les femmes ne peuvent plus être seulement des électrices. Elles sont candidates, elles sont élues, elles sont décideuses. »

 

Malgré les progrès législatifs notables – loi sur la parité, réformes électorales – le représentant onusien a pointé la persistance d’obstacles majeurs : « L’accès réel des femmes à la vie politique reste limité, freiné par des barrières multiples – sociales, économiques, culturelles et structurelles. »

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Son engagement ne s’arrête pas au constat. « Le PNUD restera à vos côtés comme facilitateur et allié, pour que l’inclusion des femmes devienne une réalité politique tangible », a-t-il promis, encourageant les participantes à « oser des recommandations concrètes et bâtir un plan d’action réaliste ».

 

Des témoignages qui font écho aux réalités du terrain

 

Le témoignage de Pepecy Ogoulinguende a particulièrement résonné dans l’assistance. Cette femme, qui a créé sa plateforme le 15 septembre 2022 « pour accroître la participation politique des femmes et leur présence dans les institutions », illustre parfaitement la trajectoire qu’elle défend.

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« Je ne pouvais pas imaginer qu’en 2023, je me retrouverais au Parlement », a-t-elle confié avec une sincérité touchante. « Grâce aux enseignements reçus dans le cadre de cette plateforme, j’essaie d’apporter ma pierre à l’édification nationale dans le cadre des réformes. »

 

Son ambition ne se limite pas à son parcours personnel. Elle a annoncé la création prochaine d’une « grande plateforme nationale appelée Cause Commune » destinée à « amplifier la voix des femmes dans les plaidoyers ». Un projet fédérateur qui témoigne d’une vision stratégique à long terme.

 

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Évoquant les résistances rencontrées lors du dialogue national inclusif, elle n’a pas mâché ses mots : « Les hommes ont traité les femmes de sorcières parce que nous avons voulu corriger les discriminations. » Une franchise qui traduit la détermination d’une génération de femmes politiques décidées à bousculer les codes établis.

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Sidonie Flore Owouè, présidente de l’ONG Salon de Femmes, a livré un témoignage saisissant sur la persistance des stéréotypes. Racontant comment, lors d’une réunion où elle était la seule femme, on lui avait demandé d’aller chercher des verres, elle a dénoncé ces « comportements qui heurtent notre intelligence ». Elle a rappelé l’arsenal juridique existant, notamment la loi 9-2016 fixant les quotas d’accès pour les femmes et l’article 15 de la Constitution qui stipule que « l’État favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux ».

 

Un panel de leaders politiques féminins partage son expérience

 

La conférence a été enrichie par la participation remarquée de femmes politiques et d’élues chevronnées. Les honorables Albertine Maganga Moussavou, Angélique Ngoma, et personnalités politiques Marie-Rose Melighe Me Ngwa, Honorine Nzet Bitegue et Haresse Kengue ont animé un panel consacré aux « parcours et positionnements des femmes en politique ».

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Leurs témoignages sur les campagnes électorales, les stratégies de mobilisation et l’ascension au sein des formations politiques ont offert un éclairage concret aux participantes. Leur message unanime : « Osez être courageuses dans votre quête d’accession aux postes de responsabilité, quitte à vous présenter comme indépendantes. »

 

L’honorable Angélique Ngoma, secrétaire générale du PDG, a dressé un tableau plus nuancé. Malgré plus de vingt ans d’appels à l’engagement politique féminin, « le taux de représentation des femmes ne fait que baisser ». Elle pointe un environnement politique peu attractif : « La vie que nous traversons n’est pas assez exemplaire pour inciter une jeune fille à embrasser une carrière politique. »

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Néanmoins, son message reste porteur d’espoir : « Le plus important, c’est la détermination et l’engagement. Il faut des moyens, mais le premier moyen est humain. »

 

Les partis politiques face au défi de l’inclusion

 

Les représentantes des formations politiques ont témoigné des évolutions en cours dans leurs structures. Audrey Raissa Nziengui, coordinatrice communale d’Akanda du RPM, a souligné que « la femme du RPM a aujourd’hui toute sa place sur le plan politique » et « veut que désormais tout ne se fasse pas sans elle ».

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Elle a rappelé l’objectif des 30% de représentation féminine dans les instances décisionnelles, tout en reconnaissant que « les débuts sont souvent difficiles ». Le RPM, « représenté dans les neuf provinces du Gabon », compte désormais des femmes à des postes clés, de la présidence aux secrétariats nationaux.

 

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Valérie Teck Mpiga a insisté sur les fondamentaux : « La parité commence par la formation. Pour réussir en politique, il faut d’abord l’engagement, le terrain, la crédibilité, puis les moyens comme les hommes. »

 

Des voix diverses pour un message unifié

 

Loriane Oye Menzeing, fondatrice de l’ONG « Je Déclare », a apporté la perspective du secteur associatif. « On peut constater que ce sont les mêmes plaintes, les mêmes constats », a-t-elle observé. « Mais il est important de bâtir de nouvelles choses sur la base de ce que nous avons déjà réussi à mettre en place. »

 

Son appel aux hommes politiques a été direct : « Faites une pause et mettez la femme devant vous, tout simplement. La politique n’est pas genrée, mais à un moment, il faut savoir reculer et laisser la place. »

 

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Aïcha Tsoumbou, leader associatif indiquant un « sentiment de satisfaction » face aux « avancées » du leadership féminin a insisté sur la nécessité d’« encourager déjà les femmes engagées, celles qui voulant s’engager et de « motiver celles-là qui n’ont pas la possibilité et qui ne savent même pas encore la définition du mot politique ». Elle a appelé à un dialogue intergénérationnel entre les jeunes et anciennes. Pour elle, l’avenir de la République devra reposer sur « la construction des deux générations » afin de léguer « un héritage solide et pérenne » aux futures générations.

 

Des recommandations concrètes pour l’avenir

 

Lynda Mengue Nguema, rapporteur de la rencontre, a synthétisé les attentes en une série de recommandations percutantes. Elle a appelé les autorités à garantir « l’égal accès des femmes dans les organes directeurs de décision, notamment ceux dédiés à la gestion et au contrôle des élections ».

Parmi les mesures phares : le respect strict des quotas de 30% de femmes dans les organes dirigeants des partis politiques, « à peine de rejet du dossier ». Elle a également proposé la création d’un « observatoire indépendant de la démocratie » et l’instauration de sanctions progressives pouvant aller jusqu’à la suspension ou la radiation.

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Sur le volet financier, elle a plaidé pour « la création d’une structure de gestion mixte » associant le ministère des Finances et la société civile pour assurer un suivi transparent des fonds publics. Les malversations seraient sanctionnées par « le retrait du financement public, une inéligibilité et des poursuites judiciaires ».

 

 Un accompagnement concret vers les urnes

 

Au-delà des discours, la conférence a débouché sur la mise en place d’ateliers pratiques de renforcement des capacités. Ces sessions visent à améliorer l’offre politique des femmes candidates aux prochains scrutins, avec notamment « la mise en place d’un organe de suivi et d’appui » et l’organisation de « formations sur les codes électoraux et les lois sur les partis politiques ».

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Cette approche pragmatique traduit la volonté des organisatrices de transformer les bonnes intentions en résultats concrets. L’objectif affiché pour le 27 septembre prochain est clair : obtenir « un nombre beaucoup plus important de femmes » dans les instances élues.

 

Alors que le Gabon traverse une période de transformations politiques majeures, cette mobilisation féminine pourrait bien constituer l’un des facteurs déterminants des prochaines échéances électorales. Entre ambitions légitimes et réalités du terrain, entre solidarité féminine et concurrence politique, les femmes gabonaises semblent déterminées à écrire une nouvelle page de l’histoire démocratique de leur pays.

 

L’enjeu dépasse largement les questions de genre : il s’agit de la représentativité même des institutions dans une société où les femmes constituent la majorité de la population. Le rendez-vous est pris avec les urnes pour mesurer l’ampleur de cette révolution silencieuse en marche.

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