Le marteau des bulldozers ne s’arrête plus. Quartier après quartier, c’est tout un pan de la misère urbaine qui est balayé sous les décombres. Ce qui, hier encore, abritait des familles entières, devient aujourd’hui un champ de ruines au nom de l’urbanisation et de la salubrité publique. Libreville, Owendo, Ntoum… aucun recoin du Grand Libreville n’échappe à la fièvre des déguerpissements. Mais derrière le discours officiel, une question dérangeante s’impose : ces destructions massives sont-elles en train d’ouvrir, bien malgré elles, la voie à un retour massif vers les villages ?
La question mérite d’être posée. Car la réalité est brutale.
Beaucoup de ces personnes déguerpies sont des Gabonais laissés pour compte par un système qui a longtemps tourné le dos à sa base : les retraités au bord de l’agonie sociale, les chômeurs endurcis par des années d’attente, les mères célibataires, les jeunes sans repères… Tous vivaient dans des conditions déjà précaires, mais au moins avec un toit, aussi insalubre soit-il. Aujourd’hui, même cela leur est arraché.
Et pourtant, dans cette tragédie urbaine se cache peut-être une lueur. Le retour au village, longtemps méprisé, devient soudain une option, voire une nécessité. Les villages, jadis désertés au profit des lumières trompeuses de la ville, pourraient redevenir des terres d’espoir. Pourquoi ? Parce qu’en ville, il ne reste plus rien à attendre, à part des ruines. Tandis qu’au village, avec un peu de courage, de volonté et un minimum d’accompagnement, il est encore possible de se nourrir, de reconstruire et de vivre dignement.
Le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, en a fait un des piliers de sa vision : relancer l’agriculture, redonner de la valeur à la terre, favoriser l’autosuffisance alimentaire et sortir le pays de sa dépendance urbaine et étrangère. Une politique agropastorale ambitieuse, certes, mais encore timide sur le terrain. Les déguerpis seront-ils les premiers à en faire les frais ou les pionniers d’un retour à la terre salvateur ?
La balle est dans le camp des autorités. Car on ne déracine pas un peuple sans lui proposer un sol où replanter ses espoirs. Il ne suffit pas de casser, il faut bâtir. Pas seulement des routes ou des immeubles, mais aussi un avenir. Et pour des milliers de Gabonais abandonnés entre les murs fissurés de l’urbanisation sauvage, cet avenir se trouve peut-être… au village.
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