Dans l’amphithéâtre vibrant de l’EM-Gabon, le professeur Guy Rossatanga-Rignault a plaidé ce mardi 15 juillet pour la force du droit là où la géographie coloniale a longtemps dressé des murs. Véritable croisée des mémoires et de la justice, sa conférence sur le règlement judiciaire des différends internationaux a révélé bien plus que des querelles de frontières : une lutte pour la dignité, la vérité et l’avenir des peuples d’Afrique centrale.

Face à l’auditoire, l’universitaire a exposé les ressorts précis du contentieux Cameroun-Nigeria autour de Bakassi, cette presqu’île longtemps disputée. Il a déployé le fil d’une procédure commencée en 1994 devant la Cour internationale de justice (CIJ) : un théâtre où le droit prend le devant de la scène, mais où l’histoire ne quitte jamais les coulisses. Au cœur de la bataille, le principe d’uti possidetis, base du maintien des frontières héritées de la colonisation. Rossatanga-Rignault rappelle sans détour que ce principe, souvent perçu comme africain, est né en Amérique du Sud, preuve que la décolonisation, dans sa complexité, façonne les destins bien au-delà du continent. La victoire du Cameroun devant la CIJ en 2002 a, malgré tout, obligé le Nigeria à un douloureux consentement par l’accord de Greentree, scellant le contentieux par-delà les préjugés et la défiance.

Mais les cicatrices sont plus profondes encore sur le dossier du Gabon et de la Guinée équatoriale. Rossatanga-Rignault, acteur et témoin privilégié, a déroulé devant l’auditoire le fil rompu d’une cohabitation contrariée par les aléas de l’histoire coloniale. La présentation magistrale fut ponctuée de clins d’œil à la Convention de Bata de 1974, document fondateur pour Libreville, nié par Malabo, et insaisissable pour la Cour internationale de justice. Le juriste, grave et passionné, a souligné l’intermittence des dialogues – médiations africaines avortées à Kinshasa et Brazzaville, tentatives onusiennes stériles sous l’égide du Canada et de la Suisse – avant que la CIJ ne s’empare, en 2021, de ce litige vieux de cinquante ans.

Ce qui émerge, après l’arrêt de la CIJ du 19 mai 2025, c’est une justice à la fois exemplairement précise et étrangement incomplète. L’île Mbanié, symbole des frustrations, n’est plus affaire d’émotion mais de texte : la Cour reconnaît la Convention franco-espagnole de 1900 comme unique référence pour la frontière terrestre, confiant la souveraineté sur des territoires à rebours des réalités contemporaines. Pour la mer, le vide juridique persiste, la négociation reste l’unique espoir de dénouement. Sur les îles, la prééminence coloniale de l’Espagne emporte la décision, confirmant que l’héritage du passé règne encore sur les enjeux du présent.
Dans un ultime sursaut de lucidité, Rossatanga-Rignault a lancé un appel à l’intelligence collective et à l’unité patriotique : « Nous savons que nos frères de Guinée savent que nous savons qu’ils savent que cette Convention de Bata a bien été signée », insistant sur la nécessité d’aimer le Gabon plus que les querelles intestines. Si le droit a tranché, la mémoire demeure, exigeant des deux nations une diplomatie renouvelée, consciente que la justice internationale, pour être efficace, doit s’ancrer dans l’humanité profonde des peuples qu’elle prétend servir.

Share your link and rake in rewards—join our affiliate team! https://shorturl.fm/A1hPj