À bientôt 85 ans, Jean-François Ntoutoume Émane tourne ce 19 juillet une ultime page d’une carrière politique hors du commun au Gabon. Un départ mesuré, élégant, presque solennel, qui dépasse la simple retraite pour annoncer une refondation subtile du paysage politique national.
Surnommé à juste titre « Jacky mille diplômes », son parcours prestigieux mêle droit, économie et sociologie, ainsi qu’une expérience rare au FMI à Washington, avant de s’ancrer solidement dans l’histoire politique gabonaise. D’abord frôlant le chômage du fait d’une « surqualification » devenue handicap, puis accueilli par Omar Bongo Ondimba, il deviendra un pilier du Parti démocratique gabonais (PDG) pendant plus de trois décennies. Ministre d’État, conseiller personnel du président, Premier ministre, maire de Libreville, censeur à la Banque centrale… autant de casquettes portées avec constance.
Mais c’est bien son départ du PDG en 2015, et la création du Rassemblement des patriotes républicains (RPR), qui marquent un premier acte de rupture et de rébellion, une tentative de « renaissance » politique. En créant son propre parti, Ntoutoume Émane prétendait offrir une alternative, une bouffée d’air dans un système embrassant un président directeur général. Pourtant, cette aventure fut aussi une fin de non-recevoir pour ce « vieux briscard » qui, en annonçant sa retraite, dissout le RPR dans l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) du président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Ce geste, plus qu’un simple adieu, symbolise un passage de témoin minutieux, une main tendue vers un pouvoir qu’il reconnaît désormais comme porteur de progrès, en particulier dans les infrastructures. « Ce qu’il a fait en deux ou trois ans, le pouvoir précédent n’a pas fait le centième », affirme-t-il sans détour, taclant sévèrement ses prédécesseurs tout en envoyant un message de rassemblement.
Mais loin d’abandonner le combat, Ntoutoume Émane devient gardien des mémoires et conseiller discret, privilégiant la plume, le voyage, et le travail associatif auprès des Ekang-Fang, communauté qui lui est chère. Il revendique une sagesse nouvelle : ne plus participer à la course aux palmarès politiciens, ni aux stratégies parfois malsaines, mais accompagner les jeunes pousses avec bienveillance et lucidité.
Dans un Gabon marqué par la rivalité entre générations, où s’affrontent les « jeunes loups » et les « dinosaures » de la politique, cet adieu sied comme un acte de légitime transmission. Une leçon de savoir-vivre politique qui valorise la hauteur de vue et l’expérience au-delà de l’agitation ambiante.
Jean-François Ntoutoume Émane ne quitte pas la scène en silence, il ferme un chapitre pour mieux ouvrir celui d’un accompagnement éclaireur. Avec sa retraite, c’est une ère qui s’achève et une nouvelle ère qui sourd. Le vieux sage bâtisseur se retire, laissant derrière lui un héritage intellectuel et politique dont les répercussions se feront sentir dans les années à venir.
