Mouila, berceau d’une mémoire en action : les Rencontres Kongo réinventent l’unité africaine et la puissance du passé

Ce vendredi 8 août, la ville de Mouila s’est muée en carrefour vivant de l’histoire et de la culture africaine lors de la journée scientifique inaugurale des Rencontres Kongo. Sous l’égide de l’Institut Yanga Nzinga, cette deuxième édition s’est imposée comme un puissant appel à la réconciliation avec nos racines, à la renaissance d’une identité collective et au partage d’un héritage culturel résonnant bien au-delà des frontières.

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Alfred Mabika Mouyama, ancien ministre et président de l’Institut, a posé les fondations d’un discours à la fois dense et vibrant, mêlant mémoire et horizon. Puisant dans les figures emblématiques de Yanga, ce héros noir qui, exilé au Mexique, devint symbole de liberté et de résistance, et Nzinga, souveraine angolaise au leadership affirmé, Mabika a rappelé que ce ne sont pas tant les noms qui importent que « les valeurs que ces deux figures incarnent : la lutte, la défense du ‘moi’, la lutte contre la haine ». En refusant de réduire l’histoire à l’étiquette d’“esclave”, il a célébré la résistance organisée de Yanga face aux colonisateurs espagnols et invitant à inscrire ces modèles dans une dynamique collective, il a souligné : « Ce que nous faisons ici, ce n’est pas de la rigolade… c’est pour réfléchir. »

L’ambition dépasse les cimes étatiques. Mabika appelle à un projet « Yanga-Zinga » transnational, rassemblant Gabonais, Congolais, Angolais et bien au-delà, dans un esprit « gagnant-gagnant » où l’héritage commun est transmis, mais aussi adapté aux enjeux contemporains. « J’ai toujours pensé à l’Angola, j’ai toujours pensé au Mexique, j’ai toujours pensé aux États-Unis », témoigne-t-il, insistant sur la nécessaire solidarité entre les forces politiques, intellectuelles et traditionnelles pour « faire revivre » ce socle commun et bâtir un avenir soudé.

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Cette tonalité d’unité culturelle et d’engagement spirituel s’est ressentie dès l’ouverture avec le discours chaleureux du délégué de Mouila, Cyriaque Mbadinga, qui a salué la présence d’une large délégation venant des quatre coins du monde et d’Afrique, pour qui ce rassemblement constituait « un acte de foi envers notre histoire » et un « symbole puissant d’unité culturelle et spirituelle ». Il a invoqué avec force la protection et l’inspiration des ancêtres, souhaitant que ces rencontres initient un « moment fort de mémoire, de transmission et d’engagement pour notre avenir commun. »

 

Le fil rouge de la résilience et du réveil a traversé toutes les interventions. L’éditeur burkinabè Thierry Millogo a relié cette quête à la réalité contemporaine de son pays, en proie au terrorisme et à la barbarie, rappelant que « nos enfants sont tués, nos soldats sont tués, notre économie est perturbée, mais tôt ou tard un beau soleil va se lever. » Pour lui, la jeunesse africaine est en marche vers un retour aux racines, illustré par une journée fériée consacrée aux traditions au Burkina Faso. Avec la vigueur d’une conviction ancrée, il a lancé un appel vibrant : « L’Africain doit se réveiller. » Ces rencontres doivent déboucher sur « une feuille de route qui va amener les Africains à s’assumer » et renouer avec leur source profonde.

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Dans ce même esprit de fraternité et de communion, Dr Luonne Abram Rouse, venu des États-Unis, s’est adressé aux « membres de la famille Kongo » avec émotion et gravité, soulignant leur unité d’esprit au-delà de toutes distinctions. Descendant d’Africains déportés, il a brossé le tableau d’une mémoire vivante et d’une fraternité résolue : « We are one in the spirit. »

La jeunesse gabonaise de la diaspora a également pris la parole. Raphaël Mbadinga, politologue installé aux États-Unis, a affirmé son engagement pour la « remise en orbite de la puissance du peuple kongo », dépassant les contraintes ethniques pour embrasser une nation Kongo élargie, véritable ciment du bassin du Congo. Il a salué la politique d’ouverture du président Brice Clotaire Oligui Nguema, appelant également à une dynamique inclusive intégrant la RDC, l’Angola et le Cameroun.

 

Historiens et universitaires ont renforcé cette voix collective. Dr Jean-Aimé Moukétou a salué la vision d’Alfred Mabika qui place la mémoire et la culture au cœur du développement durable, soulignant qu’« il ne peut y avoir de développement pérenne sans un profond sentiment d’identité commune. » L’émotion a culminé à l’aéroport de Mouila, lors de l’accueil de Magali De La Rosa, descendante directe d’un roi kongo déporté il y a cinq siècles, ramenée sur la terre de ses ancêtres avec faste et cérémonial, symbole vivant de ce pont entre passé et présent. Ce « retour » – porteur d’une mémoire qui traverse les âges – est venu illustrer l’essence même des rencontres : une renaissance collective.

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La parole de NZOLAN Avelino, porte-flambeau de l’Institut Yanga Nzinga, a renforcé cette dynamique, soulignant l’urgence de restaurer « l’équilibre international Kongo » et de bâtir une nouvelle conscience nourrie par la dignité, la solidarité et les sagesses ancestrales. Il a présenté une stratégie concrète autour de la mobilisation de ressources, de partenariats culturels et universitaires, et de développement économique centrés sur les richesses du Kongo, insistant sur la responsabilité collective pour reprendre la main sur cette histoire trop longtemps fragmentée.

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Enfin, la voix vibrante de Magali De La Rosa, vice-présidente de la communauté afro-descendante de Yanga au Mexique, a profondément touché l’assemblée. Elle a raconté comment son village d’El Mirador honore encore aujourd’hui la lutte incessante de Yanga, ce « guerrier et esprit libérateur » qui fonda en 1609 le premier village libre d’Amérique. Cette mémoire vivante, reconnue par l’UNESCO, symbolise la fierté et la détermination des afro-descendants à briser les chaînes de la discrimination et de l’oubli. Elle a déclaré, émue : « J’aime être ici, en ma maison, ouvrant les bras et l’âme pour recevoir l’héritage de nos ancêtres. »

À son tour, Fernando Nicolás Gordillo Torres, maire de Yanga, a souligné que ce village symbolique, témoin d’une lutte historique, se joint désormais à l’effort de l’Institut Yanga Nzinga pour bâtir une alliance qui transcende les mandats politiques, soulignant la nécessité de dépasser individualismes et divisions pour « trouver le chemin de l’unité et de l’identité. »

Ces Rencontres Kongo à Mouila ouvrent ainsi un nouvel espace, non seulement de réflexion et d’échange, mais d’engagement collectif. Elles inscrivent la mémoire dans une « action », une dynamique d’espoir fondée sur la puissance d’une histoire que les peuples noirs ne sont plus condamnés à subir, mais à réinventer ensemble. Dans un monde fracturé, ces retrouvailles incarnent la promesse d’une Afrique retrouvée, fière et résolue à faire vibrer à nouveau la voix profonde et lumineuse de ses ancêtres.