Libreville : Vente ambulante de nourriture, une interdiction sans effet ?

Depuis plusieurs semaines, la mairie de Libreville, à travers son délégué spécial, a annoncé l’interdiction de la vente de nourriture à la sauvette ou sous forme ambulante. Une décision prise officiellement pour des raisons sanitaires, sécuritaires et d’aménagement urbain. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre : les étals de fortune pullulent toujours dans les rues de la capitale, tenus en majorité par des commerçants expatriés, sans que l’autorité publique ne semble véritablement réagir.

Dans les quartiers populaires comme dans les grands axes de Libreville, la vente ambulante de plats préparés reste omniprésente. Au coin des rues, près des marchés ou devant certains carrefours, les vendeurs continuent d’opérer en toute quiétude, défiant ainsi une interdiction pourtant claire. Cette situation interroge : l’État a-t-il réellement les moyens, ou même la volonté, de faire appliquer ses propres mesures ?

 

L’écart entre les textes et leur application alimente un sentiment de défiance vis-à-vis des autorités locales. Si l’interdiction existe, son absence de suivi la rend inefficace. Faute de contrôles réguliers et de sanctions visibles, les commerçants poursuivent leurs activités, confortés par une forme d’impunité. Ce vide réglementaire crée une « anarchie douce », où chacun fixe ses propres règles, au détriment de la crédibilité des institutions.

 

Cependant, il serait réducteur de pointer uniquement la responsabilité des vendeurs. Pour beaucoup, cette activité représente un moyen de subsistance face au chômage et au coût de la vie. L’absence d’alternatives encadrées explique en partie la résistance des commerçants à abandonner la rue. Dès lors, peut-on interdire sans proposer de solution de remplacement ?

 

Pour restaurer l’autorité de l’État dans l’espace public, la seule répression ne suffit pas. Des campagnes de contrôle régulières et visibles devraient s’accompagner d’une démarche pédagogique, sensibilisant les vendeurs aux risques sanitaires et aux obligations légales. À cela pourrait s’ajouter la mise en place de zones dédiées à la restauration de rue, encadrées par des normes précises, ou encore la délivrance de permis temporaires.

 

Au-delà du cas de la vente ambulante, c’est la crédibilité de la décision publique qui est en jeu. Une loi qui n’est pas appliquée perd tout son sens et affaiblit la confiance des citoyens dans leurs institutions. Tant que les mesures resteront sans effet, elles seront perçues comme de simples déclarations d’intention.

 

La question n’est donc pas seulement de savoir quand les missions de contrôle seront mises en œuvre, mais pourquoi elles tardent tant. Car à Libreville, l’enjeu dépasse la restauration de l’ordre dans les rues : il s’agit de réaffirmer l’autorité de l’État et de rappeler que les règles sont faites pour être respectées.

 

 

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