Crise dans les pharmacies : la dette de la CNAMGS étrangle le secteur 

Alors que l’État a récemment honoré une partie de sa dette extérieure, la dette intérieure notamment celle due aux pharmacies par la CNAMGS reste impayée, mettant en péril tout un pan de l’économie nationale.

Les pharmacies du pays traversent une crise sans précédent. À l’origine de cette situation alarmante : la dette colossale de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS), estimée à plusieurs milliards de francs CFA, envers les officines privées. Une dette que l’État tarde à honorer, malgré les multiples appels à l’aide des acteurs du secteur pharmaceutique.

 

Alors que le gouvernement s’est félicité récemment d’avoir réglé une part importante de sa dette extérieure, notamment vis-à-vis des créanciers internationaux, la situation sur le plan intérieur semble reléguée au second plan. Pour les pharmaciens, cet arbitrage est difficilement compréhensible.

 

« On ne peut pas parler de relance économique en négligeant les créanciers locaux. L’État a payé l’extérieur, mais a oublié l’intérieur », confie un pharmacien de Libreville. « Aujourd’hui, nos stocks sont à sec, nos fournisseurs ne veulent plus livrer sans paiement, et certains établissements envisagent même de fermer. »

 

Au-delà des pharmacies, c’est tout le système de santé qui risque de vaciller. En effet, les patients bénéficiant de la couverture CNAMGS ne peuvent plus obtenir leurs médicaments, faute de disponibilité. De nombreuses officines ont dû suspendre ou limiter l’accès aux soins pour les assurés sociaux, faute de trésorerie.

 

« Nous ne sommes pas contre le principe de la CNAMGS, bien au contraire. Mais elle doit honorer ses engagements. Aujourd’hui, nous faisons face à des mois parfois des années de factures impayées », s’indigne un pharmacien du syndicat des pharmaciens.

 

Pour les analystes économiques, le paiement de la dette intérieure, notamment celle envers les petites et moyennes entreprises comme les pharmacies, pourrait constituer un véritable levier de relance.

 

« Injecter des liquidités dans le tissu économique local aurait un effet multiplicateur rapide : paiement des salaires, relance de la consommation, approvisionnement des stocks, etc. », souligne un économiste. « À l’inverse, maintenir cette dette étouffe les entreprises et accentue la récession. »

 

Les professionnels de santé appellent aujourd’hui à un dialogue sincère avec les autorités, afin d’établir un calendrier de paiement réaliste et transparent. Certains réclament également la mise en place d’un fonds d’urgence pour sauver les structures les plus fragilisées.

 

Le gouvernement, de son côté, reste pour l’instant silencieux sur le sujet, préférant communiquer sur ses succès en matière de gestion macroéconomique.

 

Mais pour les pharmacies et leurs patients, le temps presse. Chaque jour de retard menace un peu plus l’accès aux soins de milliers de citoyens, et fragilise un secteur déjà éprouvé par les tensions économiques post-pandémie.

 



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