Le soleil d’octobre tapait fort sur le quartier Sherco d’Akanda ce jeudi 9, mais la chaleur venait surtout de la foule massée pour le meeting de clôture de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Dans cette effervescence typique des fins de campagne, où les espoirs se cristallisent et les alliances se nouent, c’est pourtant un moment inattendu qui a marqué les esprits : le ralliement public de Thierry Nguia, candidat indépendant éliminé au premier tour, à son ancien adversaire.


Le décor était planté pour un grand rendez-vous politique.Sergine Ondo Oyono, Alexandre Molly Koumba, Alexandre Franck Nguimbi, cadres de l’Union Nationale et Mme Tina du parti CDJ, tous avaient apporté leurs motions de soutien au candidat de l’Union Nationale pour le deuxième arrondissement. Jeanine Taty Koumba, vice-présidente du parti, était là, symbole de la mobilisation de l’appareil partisan. Mais c’est l’apparition de Thierry Nguia qui a transformé ce meeting en un moment charnière de cette élection législative.
Devant des partisans venus nombreux, certains arborant encore les couleurs de campagne du premier tour, Thierry Nguia n’a pas mâché ses mots sur le scrutin qui vient de s’achever. « Ces élections auront été marquées par un manque de crédibilité, de transparence et surtout de sincérité », a-t-il lancé, provoquant des murmures d’approbation dans l’assistance. Mais loin de s’enfermer dans l’amertume de la défaite, l’ancien candidat indépendant a choisi la voie du pragmatisme politique. Balayant du regard la foule où se mêlaient ses propres soutiens et ceux de Ntoutoume Ayi, il a ajouté avec une pointe de fierté : « Pour autant, ces Gabonaises et ces Gabonais existent. J’en vois beaucoup ici d’ailleurs, et j’en suis fier. »

Le moment était venu de l’annonce que tous attendaient. Thierry Nguia, mesurant chaque mot, s’est tourné vers Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi et a prononcé ce qui ressemblait à une passation symbolique : « Cette personne, c’est notre futur député, M. Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi. Oui, mes chers amis, mes soutiens et moi sommes persuadés que c’est bel et bien lui qui peut faire le job. » Les applaudissements ont fusé, spontanés, tandis que les deux hommes échangeaient une poignée de main qui scellait cette alliance de second tour. Pour Nguia, le choix s’imposait : Ntoutoume Ayi incarnerait les valeurs de probité et de courage politique indispensables pour représenter dignement Akanda.

Mais le candidat malheureux du premier tour n’a pas fait qu’apporter ses voix. Il a aussi tracé une feuille de route, formulant des attentes précises pour celui qu’il appelait désormais à élire. « Je forme le vœu que vous soyez le député du rassemblement de tous les Akandais, quelle que soit leur sensibilité politique », a-t-il déclaré, inscrivant d’emblée cette candidature dans une logique de dépassement des clivages partisans. Plus original encore, Thierry Nguia a exhorté Ntoutoume Ayi à s’intéresser aux problématiques de santé mentale et de gériatrie, ces « parents pauvres de notre système de santé » trop souvent relégués au second plan des priorités législatives.
Quand Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a pris la parole à son tour, c’est une tout autre partition qu’il a jouée. Moins dans la stratégie électorale que dans l’émotion et la vision. Le candidat de l’Union Nationale a d’abord tenu à revenir sur le 30 août 2023, cette date gravée dans la mémoire collective gabonaise. « Nous ne remercierons jamais assez nos militaires pour le 30 août 2023. Ils ont libéré notre pays et nous leur devons beaucoup », a-t-il affirmé, saluant ces « compatriotes [ayant] pris la décision historique d’éviter à notre pays ce drame qui paraissait inévitable ». Un hommage appuyé à l’armée qui a provoqué des clameurs dans l’assistance.

Mais Ntoutoume Ayi n’est pas resté dans le registre de la célébration politique. Il a choisi de parler des invisibles, de ceux que la société oublie. Les personnes handicapées, celles souffrant de troubles mentaux, tous ces « compatriotes » auxquels il faut « rendre leur dignité et leur accorder les soins et l’attention dont ils ont besoin ». Un écho troublant aux préoccupations formulées plus tôt par Thierry Nguia, comme si cette convergence de vues justifiait a posteriori leur alliance. Face à la population d’Akanda, le candidat a assumé un discours de rupture : « Le silence devient une trahison » et « se lever pour parler au nom de la vérité devient un devoir sacré. »
La péroraison de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a transformé ce meeting en un moment quasi messianique. Présentant le second tour du 11 octobre comme un tournant civilisationnel, il a lancé : « Ce n’est pas un choix entre deux candidats, c’est un choix entre deux mondes : celui du mensonge et de la résignation, et celui de la vérité, de la dignité et du courage. » Dans cette rhétorique binaire où s’affrontent le bien et le mal, l’obscurité et la lumière, Ntoutoume Ayi s’est posé en humble serviteur d’une cause qui le dépasse. « Je ne viens pas pour marcher devant vous, mais à vos côtés », a-t-il promis, avant de conclure sur une note lyrique : « Le Gabon ne mourra pas d’avoir été trahi ; il renaîtra parce que son peuple refuse de mourir en silence. »

Quand le meeting s’est achevé sous les acclamations et les appels vibrants à faire de Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi « le député du deuxième siège d’Akanda », une certitude planait sur le quartier Sherco : ce jeudi 9 octobre avait bien été le théâtre d’une rencontre entre des ambitions personnelles et un projet collectif, entre des calculs électoraux et des aspirations sincères. Rendez-vous le 11 octobre pour savoir si cette alchimie suffira à convaincre les électeurs.
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