Gabon : quand la bonne conscience écologique bute sur la réalité des frigos vides

Le 25 septembre 2025 restera comme l’une de ces dates où le Gabon a voulu changer le monde en un claquement de doigts administratif. Ce jour-là, conformément à la loi d’août 2024, les emballages plastiques à usage unique sont devenus persona non grata dans le pays. Une interdiction sèche, totale, immédiate. Sur le papier, c’est un coup d’éclat environnemental qui honore les ambitions d’un pays soucieux de léguer un air plus respirable à ses enfants. Dans les faits, c’est une mesure qui tombe comme un cheveu sur la soupe d’une ménagère qui n’a pas les moyens de faire autrement.

 

Christian Abiaghe, président de SOS Consommateurs Gabon, ne mâche pas ses mots. Pour lui, cette interdiction brutale relève de « l’iniquité ». Un mot fort, presque juridique, qui dit toute l’injustice ressentie par des milliers de Gabonais pris entre leur conscience écologique et la dure réalité de leur porte-monnaie. Car voilà le paradoxe : comment demander à des populations de renoncer au plastique quand celui-ci structure leur quotidien alimentaire depuis des décennies ?

 

Le Gabon vit au rythme de ce que les experts appellent pudiquement « l’économie du détail ». Traduction plus crue : la majorité des ménages, surtout en milieu urbain, n’ont pas les moyens d’acheter en gros. Ils achètent ce qu’ils peuvent, quand ils peuvent, souvent au jour le jour. Les congélateurs domestiques ont popularisé le surgelé, mais pas l’abondance. On achète pour deux ou trois jours, rarement pour la semaine. Et pour conserver ces denrées dans des conditions minimales d’hygiène, le sachet plastique s’est imposé comme la solution universelle, bon marché et accessible. Près de 80% des foyers urbains fonctionnent ainsi. Ce n’est pas un choix de confort, c’est une adaptation à la précarité.

images 14

Le commerce s’est naturellement moulé dans cette réalité. Les petits vendeurs de quartier, les marchés, les échoppes qui vendent « par petites quantités » ont tous adopté le plastique comme monnaie d’emballage. On y glisse le poisson du déjeuner, les légumes du soir, le riz pour demain. C’est pratique, étanche, léger. Et surtout, cela ne coûte rien au client. Interdire tout cela du jour au lendemain sans proposer d’alternative viable revient à tirer le tapis sous les pieds d’un système économique fragile mais fonctionnel.

 

La décision ministérielle, aussi louable soit-elle dans ses intentions, souffre d’un péché originel : l’absence de concertation. On ne change pas les habitudes d’une société par décret, encore moins quand ces habitudes sont dictées par la nécessité plutôt que par le caprice. Les consommateurs se retrouvent démunis, les commerçants dans la confusion, et personne ne sait vraiment vers quoi se tourner. Les sacs en tissu ? Trop chers pour beaucoup. Les emballages biodégradables ? Introuvables ou hors de prix. Le papier ? Inadapté pour le poisson frais ou la viande. Le vide législatif laisse place à un vide pratique.

 

SOS Consommateurs Gabon ne demande pas l’annulation de la loi, mais son humanisation. L’association plaide pour un retrait progressif, organisé, concerté. Une stratégie qui prendrait le temps d’identifier les alternatives réalistes, d’accompagner les acteurs économiques dans leur transition, de sensibiliser les populations sans les culpabiliser. Cela suppose de réunir autour d’une même table les administrations publiques, les professionnels du commerce, les organisations de consommateurs, les producteurs d’emballages alternatifs. Bref, tous ceux qui vivent cette réalité au quotidien et non depuis un bureau climatisé de Libreville.

 

L’expérience internationale montre que les transitions écologiques réussies sont celles qui donnent du temps au temps. Le Rwanda, souvent cité en exemple pour sa guerre contre le plastique, a mis plusieurs années à déployer sa stratégie, en commençant par les grandes villes avant d’étendre progressivement la mesure. Le Kenya a accompagné son interdiction de 2017 par des campagnes massives de sensibilisation et un soutien aux industries alternatives. Ces pays ont compris qu’on ne change pas les mentalités à coups de sanctions, mais par la pédagogie et l’accompagnement.

 

Le Gabon aurait tout à gagner à s’inspirer de ces expériences. Un chronogramme clair permettrait aux commerçants d’écouler leurs stocks, aux industriels de se réorienter, aux consommateurs de s’adapter. Des actions prioritaires ciblées pourraient être définies : commencer par interdire les sacs les plus volumineux, puis progressivement descendre vers les formats plus petits. Favoriser les circuits de distribution qui proposent déjà des alternatives. Subventionner la production locale d’emballages biodégradables pour les rendre accessibles. Sanctionner, oui, mais seulement après avoir donné les moyens de se conformer.

 

Car au fond, personne ne conteste la nécessité de lutter contre la pollution plastique. Les images de décharges à ciel ouvert, d’océans étouffés par les déchets, de tortues piégées dans des filets synthétiques ont fait le tour du monde. Le Gabon, comme tous les pays africains, paie un lourd tribut à cette pollution qu’il n’a pourtant pas créée. Mais la responsabilité environnementale ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des plus fragiles. On ne peut pas demander aux pauvres de sauver la planète pendant que les riches continuent de surconsommer.

 

L’appel de SOS Consommateurs Gabon est finalement un appel au pragmatisme. Il rappelle que les grandes transformations sociales réussissent quand elles embarquent tout le monde, quand elles tiennent compte des contraintes réelles des gens ordinaires. L’environnement mérite mieux qu’une loi vertueuse mais inapplicable. Les Gabonais méritent mieux qu’un dilemme impossible entre leur survie quotidienne et leur conscience écologique. Entre l’urgence climatique et l’urgence sociale, il doit y avoir un chemin de dialogue. C’est ce chemin que Christian Abiaghe et son organisation invitent le gouvernement à emprunter, avant qu’il ne soit trop tard et que la mesure ne sombre dans l’oubli, comme tant d’autres bonnes intentions mal exécutées.



Ne révise plus seul ! Accède à une 𝐦𝐮𝐥𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐝'𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐲𝐧𝐭𝐡𝐞𝐬𝐞 𝐞𝐧 𝐏𝐡𝐲𝐬𝐢𝐪𝐮𝐞-𝐂𝐡𝐢𝐦𝐢𝐞, 100% conformes au programme du Gabon. Bloqué sur un calcul ? 𝐇𝐲𝐬𝐨𝐩𝐞, ton Grand Frère IA, 𝐭𝐞 𝐠𝐮𝐢𝐝𝐞 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 vers la solution de chaque question.
𝐡𝐭𝐭𝐩𝐬://𝐚𝐬𝐬𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐭𝐞𝐝𝐮.𝐨𝐧𝐥𝐢𝐧𝐞