ÉDITORIAL : Fonction publique, saturation pour qui ? Le cri d’alarme de Junior Mavoungou contre le système à deux vitesses
Le refrain est connu, asséné avec une régularité presque lassante : « la fonction publique est saturée », « il n’y a plus de recrutement ». Cette antienne, ressassée par les autorités depuis des années, est devenue le mantra justifiant la fermeture des portes de l’emploi public à une majorité de la jeunesse,
Pourtant, un simple coup d’œil aux actualités montre une tout autre réalité. Presque chaque trimestre, de nouvelles recrues intègrent discrètement les forces de l’ordre, les administrations ou d’autres corps de métiers de l’État. Ces arrivées, souvent passées sous silence ou annoncées à minima, soulèvent une question fondamentale, que je pose brutalement : la fonction publique est-elle réellement saturée, ou ne l’est-elle que pour les enfants des pauvres, ceux sans nom, sans réseau, sans piston ?
L’embauche discrète : le symptôme d’une inéquité
L’hypothèse d’une saturation généralisée s’effondre face à l’évidence de ces embauches discrètes. Car il semble bien que le recrutement se porte à merveille… mais uniquement pour une certaine catégorie de postulants.
Si la fonction publique était véritablement à l’arrêt, comment expliquer que certaines personnes parviennent à s’y insérer sans que la majorité n’ait connaissance d’un concours, d’un appel à candidature public, ou même d’une simple offre d’emploi ?
Ce mécanisme opaque met en lumière un système de recrutement à deux vitesses où l’accès aux postes n’est pas régi par le mérite, mais par l’appartenance et le clientélisme.
Où est la transparence quand des postes d’État sont pourvus en catimini ? Où est l’équité quand le citoyen lambda doit se heurter à un mur de silence et de prétendue saturation, tandis que les fils et filles de l’élite franchissent allègrement la porte de derrière ?
Pour un État juste : le retour du concours national ouvert
Le discours de saturation ne peut être cohérent et acceptable que si l’État se dote de pratiques irréprochables. Si vraiment nous voulons un État juste et méritocratique, la solution est unique et sans appel : chaque poste disponible devrait faire l’objet d’un concours national ouvert, équitable, accessible à tous.
Ce n’est qu’à cette condition que la fonction publique retrouvera sa vocation d’ascenseur social et cessera d’être perçue comme un domaine réservé. La justice sociale commence par l’égalité des chances face à l’emploi public, financé par les deniers de tous les contribuables.
Il est temps que nous changions de paradigme. Un pays se construit avec justice, transparence et vision collective. Pas en entretenant des privilèges au détriment du mérite. Conclut-il.
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