Alors que le département de Mongo, chef-lieu de Moulengui-Binza, province de la Nyanga devait vivre ce mardi 11 novembre 2025 un moment démocratique essentiel avec l’élection des conseillers départementaux et municipaux, un scandale s’est invité au cœur du processus. Plusieurs élus, notamment du Parti démocratique gabonais (PDG) et du Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM), auraient été privés de liberté et maintenus sans téléphone par des acteurs politiques cherchant à garantir leur contrôle sur l’issue du scrutin.
Selon les informations recueillies par MEDIAPOSTE auprès de son correspondant à Mongo, cette stratégie de confinement forcé n’est malheureusement pas une première. Lors des sénatoriales organisées récemment dans le pays, le PDG, allié conjoncturel de l’Union socialiste gabonaise (USG), avait déjà appliqué des méthodes similaires pour s’assurer de la discipline de vote de ses conseillers.
Cette fois-ci, la manœuvre semble aller encore plus loin, puisqu’elle inclurait également des conseillers du RPM, pourtant alliés officiels de l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB).
Dans un contexte où la Ve République a placé la responsabilité publique, la transparence et la régularité des élections au cœur de la nouvelle architecture institutionnelle, ces pratiques apparaissent comme de véritables atteintes aux libertés individuelles.
La séquestration de conseillers, leur privation de téléphone, et l’impossibilité de communiquer avec leurs familles instaurent un climat d’inquiétude et de suspicion généralisée dans le département.
Au-delà du choc suscité dans l’opinion locale, ces actes posent une question centrale :
peut-on parler d’élections libres, crédibles et sincères lorsque certains acteurs se voient délibérément empêchés d’exercer leur mandat de manière indépendante ?
Le Code électoral gabonais encadre strictement les conditions de tenue des élections locales. Aucune disposition ne permet, ni directement ni indirectement, la détention, l’isolement ou le contrôle coercitif des conseillers électeurs.
Cette pratique pourrait donc s’apparenter à une violation de la loi, voire à une forme de corruption forcée, comme l’estiment plusieurs habitants interrogés à Mongo.
Les familles des élus concernés, sans nouvelle de leurs proches, expriment un profond désarroi. L’idée que des pères et mères de famille puissent être retenus loin de leurs foyers pour des motifs politiques provoque incompréhension et colère.
Dans cette partie du pays où le PDG semble perdre du terrain au profit de l’UDB et du RPM, certains observateurs estiment que cette stratégie traduit une forme d’essoufflement politique du parti.
Les accusations récentes portées contre un responsable local de l’UDB semblent avoir renforcé la volonté de certains acteurs politiques de verrouiller le scrutin par tous les moyens.
Mais une question demeure au centre des débats :
à qui profite réellement ce crime politique ?
Aux partis en perte d’influence qui cherchent à conserver un pouvoir local devenu incertain ?
Ou à une coalition opportuniste prête à sacrifier les valeurs démocratiques pour sécuriser des sièges stratégiques ?
L’affaire de Mongo ne doit pas être minimisée. Elle met en lumière les fragilités persistantes du système électoral gabonais et démontre que, malgré les réformes institutionnelles, certains réflexes antidémocratiques subsistent.
Si ces faits sont avérés, ils constituent une menace directe pour la crédibilité des élections locales et, plus largement, pour la consolidation de la Ve République.
La situation appelle une réaction urgente des autorités compétentes, notamment le ministère de l’Intérieur et la Commission Électorale, afin de garantir l’intégrité du scrutin et la sécurité de tous les conseillers électeurs.
