Élevage bovin à Ndendé : des milliards engagés, des résultats fragiles sur le terrain un an après

images 34 Présenté comme l’un des piliers de la stratégie nationale de souveraineté alimentaire, le projet d’élevage bovin de Ndendé, dans la province de la Ngounié, peine à produire les résultats escomptés un an après sa mise. Derrière les ambitions affichées et les investissements annoncés, la réalité du terrain met en lumière une série de dysfonctionnements structurels, techniques et organisationnels qui interrogent profondément la gouvernance du projet.

 

Le projet de Ndendé s’inscrit dans une volonté affichée de réduire la dépendance du Gabon aux importations de viande, évaluées à plusieurs milliards de francs CFA par an. À cet effet, des sites anciennement abandonnés ont été identifiés et réaffectés à l’élevage bovin. Mais ces espaces, laissés sans entretien durant de longues années, souffraient d’un déficit criant en infrastructures de base.

Sur le terrain, les routes d’accès étaient fortement dégradées, voire inexistantes. Les équipements indispensables à l’élevage — enclos, abreuvoirs, mangeoires, clôtures et abris — n’étaient pas finalisés au moment de l’arrivée des animaux. Résultat : des bovins livrés dans des sites insuffisamment sécurisés, avec des cas de divagation signalés sur plusieurs kilomètres, les animaux étant contraints de chercher des points d’eau naturels.

Cette situation révèle un paradoxe récurrent : des financements conséquents engagés alors même que les conditions minimales d’exploitation n’étaient pas réunies.

Importation du cheptel : pertes, stress et flou sur la gestation

Environ 1 000 bovins femelles ont été importés dans le cadre du projet. Toutefois, près d’une cinquantaine de bêtes auraient été perdues durant le transport, selon des sources proches du dossier. Acheminés sur des axes routiers en mauvais état, les animaux ont subi un stress important, arrivant parfois affaiblis ou blessés.

Par ailleurs, des incohérences ont été relevées concernant l’état physiologique du cheptel. Présentées comme gestantes à leur arrivée, toutes les bêtes ne l’étaient pourtant pas. Cette situation a nourri des incompréhensions sur les choix techniques opérés et sur la fiabilité des informations communiquées en amont.

Reproduction : 1 000 femelles sans dispositif opérationnel

Le projet prévoyait le recours à l’insémination artificielle comme levier stratégique de reproduction. Une option techniquement pertinente, à condition de disposer, dès le départ, des semences adéquates, du matériel spécialisé, d’un personnel vétérinaire qualifié et d’un calendrier biologique rigoureusement respecté.

Or, sur le terrain, ces prérequis n’étaient pas réunis. Les semences nécessaires n’étaient pas disponibles aux échéances prévues, tandis que le matériel annoncé n’est jamais arrivé à temps. Les premières fenêtres de reproduction ont ainsi été manquées, entraînant un retard biologique majeur, difficile à rattraper dans un secteur où chaque cycle compte.

À ce jour, certaines bêtes sont prêtes à être inséminées, mais les intrants indispensables font toujours défaut, compromettant davantage la rentabilité du projet.

Santé animale : une prophylaxie tardive

Autre faiblesse majeure : l’absence, au démarrage du projet, d’un programme de prophylaxie clair et opérationnel. Dans un élevage bovin moderne, la prévention sanitaire constitue un pilier fondamental.

À Ndendé, le suivi vétérinaire s’est mis en place tardivement, plusieurs mois après l’arrivée des animaux, réduisant considérablement les capacités d’anticipation des pathologies et de sécurisation du cheptel.

Ressources humaines : une formation insuffisante

Plusieurs dizaines de jeunes ont été mobilisées pour accompagner le projet. Cependant, leur formation est restée largement généraliste. L’élevage de races importées requiert pourtant des compétences spécifiques en alimentation, reproduction, biosécurité et gestion des pâturages.

Sur le terrain, certains agents se sont retrouvés confrontés à la gestion quotidienne de bovins sans formation pratique préalable, fragilisant l’encadrement technique et augmentant les risques opérationnels.

Logements du personnel : 70 millions, des réalisations incomplètes

IMG 20260125 095955 936Sur le plan logistique, environ 70 millions de francs CFA ont été débloqués pour la réhabilitation de dix logements destinés au personnel. IMG 20260125 100357 543 IMG 20260125 100405 444À ce jour, seuls six logements auraient effectivement été réhabilités, laissant apparaître un écart notable entre les fonds engagés et les réalisations concrètes. Les logements étaient censés être livré il y a 7 mois.

Semences agricoles : une perte évitable

À ces dysfonctionnements s’ajoute une perte sèche difficilement justifiable : quatre tonnes de semences agricoles, réceptionnées en juin, ont expiré dès le mois d’août faute d’avoir été mises en terre. Or, selon le calendrier cultural local, ces semences ne pouvaient être semées qu’à partir d’octobre, période correspondant au retour effectif des pluies.

Cette situation traduit un défaut manifeste de planification et de coordination entre les approvisionnements et les réalités agro-climatiques locales.

Une gouvernance à repenser

L’accumulation de ces difficultés pose une question centrale : celle de la gouvernance du projet. Le cas de Ndendé illustre un décalage préoccupant entre les décisions prises au sommet et les contraintes du terrain. Dans un secteur aussi technique que l’élevage bovin, l’absence d’anticipation, de coordination et de suivi rigoureux transforme rapidement une ambition nationale en projet à haut risque.

Plutôt que de se limiter à la recherche de responsabilités individuelles, l’expérience de Ndendé appelle une remise à plat collective : clarification des rôles, planification réaliste, renforcement des compétences locales et transparence dans l’utilisation des fonds publics.

Car au-delà des chiffres et des annonces, l’enjeu est stratégique. L’échec ou la réussite du projet de Ndendé pèsera lourdement sur la crédibilité des futurs projets agro-pastoraux du Gabon.

 

 

 



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Franck Charly Mandoukou

Directeur de la publication, Journaliste libre et indépendant. Gabon infos,Toute l'information du Gabon. Les dernières actus, la politique, l'économie, la société, la culture, la justice, les faits divers...

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