Jeudi 29 janvier, malgré une averse tropicale matinale, les magistrats du parquet de Libreville ont entrepris une tournée inédite, achevée le lendemain après-midi, signe tangible d’une institution qui sort de l’ombre des prétoires. Loin de leurs bureaux et des multiples dossiers, l’équipe du Procureur de la République, Dick Fabrice BOUNGOU MIKOLO, s’est rendue dans les unités de police judiciaire, notamment des commissariats de Belle-Vue 2 et de Sogatol, puis à la Direction Générale des Recherches et à la Brigade Sud — encore appelée Camp Roux— pour porter un message de rappel et d’écoute aux officiers de police judiciaire. Une visite de terrain qui, entamée depuis la semaine dernière, en dit long sur la volonté d’un parquet désormais à l’écoute et en mouvement, refusant de se cantonner aux prétoires.

L’objectif ? Retisser le fil d’une collaboration essentielle, parfois distendue. Non pas pour un contrôle formel, mais pour un rappel à l’essence même de leur mission commune : appliquer la loi et servir les citoyens. « La police judiciaire est sous la direction du Procureur de la République », a rappelé Dick Fabrice BOUNGOU MIKOLO, citant les dispositions de l’article 20 du Code de procédure pénale. Une évidence juridique, oui, mais qui trouve son sens dans le dialogue quotidien. Le message est clair : le parquet n’est pas une tour d’ivoire, mais un partenaire opérationnel. « Le procureur de la République doit être informé immédiatement de toute situation portée à la connaissance des officiers de police judiciaire», a-t-il insisté, soulignant que cette saisine précoce est le premier maillon d’une chaîne procédurale solide.

Dans chacun des locaux visités, à la fraîcheur retrouvée après l’averse, l’équipe a présenté les objectifs de cette série de missions pédagogiques : réaffirmer le cadre légal et procédural essentiel au travail des officiers de police judiciaire (OPJ). À la Direction Générale des Recherches (DGR) et à la Brigade Sud, le procureur a insisté sur la nécessité de ce retour aux bases : « L’objectif visé ici était de venir rappeler des notions que la plupart des officiers de police judiciaire connaissent déjà. » Une démarche pour réancrer une réalité opérationnelle : aucune enquête ne devrait démarrer sans que le parquet n’en soit informé. L’initiative policière, oui. L’improvisation judiciaire, non.

Un volet important a porté sur le strict respect des droits des personnes gardées à vue. Le procureur a énuméré des garanties essentielles : le droit d’informer un proche de la mesure de garde à vue, d’être visité par un médecin, de communiquer avec un avocat. Des règles « prévus par le Code de procédures pénales » qu’il s’agit d’appliquer sans faillir. L’accent a aussi été mis sur le respect du domicile, avec une interdiction martelée : « il ne serait plus possible ou acceptable que les officiers de police judiciaire, pour se rendre dans des domiciles, puissent désormais aller sans mandat. » Le mot d’ordre est sans ambiguïté : « L’objectif ici, c’est d’amener tout le monde à respecter les textes. Ces textes existent depuis fort longtemps. Il va falloir les appliquer. »


Au cœur des échanges, une mesure cruciale : la garde à vue. Devant les OPJ, le procureur de la République a posé une exigence double : efficacité et respect absolu des droits. « La garde à vue est une mesure privative de liberté. Elle doit être prononcée en cas de nécessité et pour des raisons valables» a-t-il souligné. L’injonction est de bannir son usage pour des affaires civiles, des infractions mineures ou des règlements de comptes. Sur le délai de 48 heures, l’avertissement est personnel : l’inobservation de ce délai engage « la responsabilité personnelle de l’agent ».
La visite a aussi débouché sur des préconisations très pratiques. La rédaction du procès-verbal doit devenir un art de la précision tant sur le fond que sur la forme : « des faits précis, une police lisible, soigneusement rédigée ». Face aux difficultés soulevées par les OPJ, la réponse fut directe : en cas de doute, « se référer immédiatement au procureur ». « Le parquet, c’est l’armée dans la justice », image forte pour sceller cette unité de commandement.


Pour traduire l’alliance en actes, des annonces concrètes ont ponctué ces passages du procureur de la République : l’ouverture du parquet dès 7 heures 30 du matin pour faciliter les défèrements, la distribution prochaine d’un annuaire des parquetiers de Libreville, pour améliorer la disponibilité et l’harmonisation des pratiques via des imprimés standardisés.

Ces visites, entamées sous une averse passagère et poursuivies sous un soleil franc, pourraient bien symboliser une irrigation nécessaire du système, par l’autorité du procureur de la République sur les officiers de police judiciaire de son ressort. Elles montrent un parquet qui sort de son enceinte, tend la main, écoute les difficultés, mais pose aussi un cadre exigeant. C’est une démarche pragmatique qui, en renforçant le lien de confiance et la rigueur procédurale, vise in fine à offrir aux Gabonais une justice plus efficace, plus transparente et plus respectueuse des droits de chacun. Le dialogue, manifestement, est rouvert. Et c’est peut-être le premier pas vers une justice qui, jour après jour, gagne en crédibilité et en autorité sereine.
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