Gabon : le RPM accuse des « manipulateurs » de sacrifier l’école sur l’autel politique

Pendant que les salles de classe gabonaises accumulent la poussière et que des dizaines de milliers d’élèves tuent le temps dans les rues de Libreville, le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) a choisi lundi de briser le consensus mou qui entoure la grève des enseignants. Dans une sortie médiatique aussi percutante que calculée, le parti d’Alexandre Barro Chambrier a pointé du doigt non pas seulement l’immobilisme gouvernemental, mais surtout ce qu’il considère comme une dérive dangereuse : l’instrumentalisation politique d’une colère enseignante pourtant légitime.

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La charge est frontale. Par la voix de son président par intérim Jean-Robert Goulongana, le RPM dénonce sans détour la décision de reconduction de la grève prise le 31 janvier dernier lors de l’assemblée générale des enseignants. Pour la formation politique, cette obstination relève moins de la défense corporatiste que d’une manœuvre orchestrée dans l’ombre, où des acteurs anonymes auraient détourné un mouvement social authentique pour en faire un bélier contre les autorités de transition. « Cette reconduction porte gravement atteinte à l’intérêt supérieur de l’école gabonaise », martèle le communiqué, suggérant que derrière les revendications salariales se cachent des calculs politiciens inavouables.

 

L’analyse du RPM repose sur une lecture politique du conflit qui tranche avec le traitement habituel des mouvements sociaux au Gabon. Là où d’autres formations opposantes ou syndicales pointent exclusivement la responsabilité de l’État, le parti de Barro Chambrier introduit une troisième dimension : celle des « manipulateurs » qui, selon lui, attisent délibérément le feu pour déstabiliser le régime du général Brice Oligui Nguema. Cette grille de lecture transforme le débat : il ne s’agit plus simplement d’un bras de fer salarial entre des enseignants mécontents et un gouvernement impécunieux, mais d’un affrontement où se jouerait la stabilité même de la transition politique gabonaise.

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Pourtant, le RPM ne verse pas dans la complaisance gouvernementale. S’il salue « l’implication personnelle du président Oligui Nguema » dans la recherche de solutions, le parti exige en retour une transparence totale sur les réalités budgétaires de l’État. « Le contexte actuel exige que les choix politiques doivent avant tout servir l’intérêt général », insistent les responsables du mouvement, réclamant un « langage de vérité » sur les capacités financières réelles du pays. Cette exigence de franchise budgétaire constitue peut-être la contribution la plus intéressante du RPM au débat : comment l’État peut-il négocier crédiblement s’il continue de nourrir des espoirs qu’il ne pourra jamais satisfaire ?

 

La position du parti illustre l’équilibrisme délicat des formations politiques gabonaises face au régime de transition. Ni dans l’opposition frontale, ni dans le soutien inconditionnel, le RPM tente de se positionner comme une force de proposition responsable, capable de critiquer sans déstabiliser, d’exiger sans paralyser. Cette posture a ses vertus – elle évite la facilité de la démagogie – mais elle comporte aussi ses risques : celui de satisfaire ni les partisans du pouvoir, qui y verront une critique déguisée, ni ses opposants, qui dénonceront une tiédeur coupable.

 

Car la situation sur le terrain reste dramatiquement simple : depuis plusieurs semaines, l’école gabonaise est à l’arrêt. Des milliers d’enseignants contractuels attendent des régularisations promises mais jamais concrétisées, des vacations impayées qui s’accumulent comme une dette morale de l’État envers ceux qui forment sa jeunesse. Face à cette réalité, les subtilités d’analyse politique du RPM risquent de paraître décalées aux familles qui voient leurs enfants désœuvrés, leur année scolaire compromise, leur avenir hypothéqué.

 

Le parti en est conscient, qui multiplie les appels à un « dialogue franc et exigeant » privilégiant « la concertation et le sens de l’État ». Mais ces formules, aussi nobles soient-elles, buteront sur l’arithmétique implacable des finances publiques gabonaises. Comment dialoguer quand les caisses sont vides ? Comment concerter quand les promesses passées n’ont jamais été tenues ? Comment invoquer le « sens de l’État » auprès d’enseignants qui, précisément, reprochent à cet État de les avoir oubliés ?

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La véritable question que pose, en creux, le communiqué du RPM dépasse le cadre de cette grève : elle interroge la capacité du Gabon à sortir du cercle vicieux des promesses impossibles et des attentes déçues. En réclamant un « langage de vérité », le parti touche peut-être au cœur du problème gabonais – cette difficulté chronique à dire ce qui est plutôt que ce qui devrait être, à gérer la rareté plutôt qu’à distribuer l’abondance imaginaire.

 

Pour l’heure, tandis que les états-majors politiques s’affrontent par communiqués interposés, les écoles restent vides. Et chaque jour qui passe creuse un peu plus le fossé entre les enfants du Gabon et le savoir qui devrait les émanciper. C’est peut-être cela, finalement, le plus grave des sacrifices politiques.



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