Ogooué-Letili : Sidonie Flore Ouwé fait de l’association féminine un rempart contre la tempête

La salle de la Chambre de commerce de Libreville avait des airs de grande messe samedi. Les femmes du département de l’Ogooué-Letili étaient venues en nombre, répondant à l’appel de la sénatrice Landimi Ndjeri Grâce Hilda Épouse Abourou Obini. Mais c’est une autre figure qui a capté toute l’attention quand elle a pris la parole. Sidonie Flore Ouwé, magistrate hors catégorie et présidente de l’association Salon de la Femme, n’a pas simplement délivré une communication. Elle a tissé, avec une pédagogie désarmante, un parallèle audacieux entre la cellule familiale et la vie associative, invitant ses sœurs à comprendre que s’unir n’est pas une option, mais un impératif de survie.

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Devant une assistance suspendue à ses lèvres, celle qui manie le verbe avec la même précision que le droit a choisi la métaphore la plus universelle qui soit : celle du mariage et de la famille. « La première association qui existe, c’est la famille », a-t-elle lancé, provoquant chez son auditoire ces petits hochements de tête qui ne trompent pas sur la connexion établie. Elle a décrit, avec des mots simples, cette rencontre entre un homme et une femme qui décident de ne plus être seuls, qui échafaudent des projets, qui définissent des rôles avant d’aller officialiser leur union devant le maire. « Il y aura un leader, celui qui a eu l’initiative, et puis il y aura des managers, ceux qui vont faire en sorte que la famille ne tombe pas. » La salle a souri, reconnaissant dans ce tableau le quotidien de tant de foyers.

 

Mais Sidonie Flore Ouwé n’est pas du genre à s’arrêter aux évidences. La magistrate a poussé plus loin sa démonstration, glissant avec malice que dans cette première association qu’est la famille, chaque contribution a sa valeur. « Si vous dites que vous pouvez faire le dessert, c’est un rôle important. Si vous dites que c’est balayer le salon, c’est chacun qui apporte quelque chose. » Une façon subtile de rappeler que le travail domestique, souvent invisibilisé, constitue une pierre angulaire de l’édifice social.

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C’est alors que le bât blesse. « Pourquoi aujourd’hui les femmes doivent s’associer quand on sort du cadre matrimonial ? » La question, posée crûment, a fait mouche. La magistrate a égrené les raisons avec une franchise qui a parfois piqué, mais toujours convaincu. L’isolement d’abord, cet ennemi silencieux qui rend chaque tempête personnelle insurmontable. La précarité ensuite, qu’elle soit matérielle ou psychologique. « Vous pouvez avoir tout ce qu’il faut pour manger et dormir, et être psychologiquement complètement amorti », a-t-elle averti, touchant du doigt cette détresse moderne que les apparences masquent si bien.

 

Puis sont venues les violences. Et là, Sidonie Flore Ouwé a brisé un tabou avec l’autorité tranquille de celle qui connaît les textes et la vie. « Il y en a qui vivent les violences depuis longtemps et qui ne savent pas qu’elles sont dans la violence. » Elle a pris un exemple qui a glacé l’assemblée : une mère qui dit à sa fille « tu es bête, tu ne vas pas réussir ». « Je vis ça comme une violence », a-t-elle asséné. « Ce ne sont pas des propos normaux parce qu’ils sortent de la bouche d’une mère. » Et d’ajouter, avec une lucidité dérangeante, que les violences ne sont pas l’apanage des hommes. « Entre femmes, il nous arrive d’exercer des violences sans le savoir. » L’association devient alors ce miroir collectif qui permet de reconnaître l’inacceptable.

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L’autonomie économique a naturellement trouvé sa place dans ce plaidoyer. Mais là encore, la magistrate a évité les discours convenus. Elle a parlé des tontines, ces pratiques si ancrées dans les habitudes, pour en rappeler l’exigence morale. « Lorsque vous prenez l’argent des autres pour réaliser votre projet, si vous ne remboursez pas, vous causez un préjudice énorme. » Une piqûre de rappel salutaire sur les valeurs qui doivent sous-tendre la solidarité : respect, dignité, et cette crainte de Dieu qui, selon elle, conditionne le respect des autres.

 

Le moment le plus fort est venu quand Sidonie Flore Ouwé a entrepris de « déifier » la femme, comme elle l’a dit. Elle a énuméré, dans une litanie puissante, tous ces rôles que les femmes endossent quotidiennement sans même y penser : administrateur général de la maison, urgentiste, cuisinière, technicienne de surface, porteuse de bébé. « Chaque activité que je cite est un métier rémunéré ailleurs », a-t-elle martelé. « Si votre frère ou votre époux devait payer chacun de ces métiers, le salaire de la femme serait peut-être plus important que celui qui vient de l’extérieur. »

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La salle a applaudi, moins par politesse que par reconnaissance. Ces femmes de l’Ogooué-Letili, venues des villages et des villes, ont entendu ce jour-là bien plus qu’un exposé sur le cadre juridique des associations. Elles ont reçu une leçon de vie et de dignité. « Notre pays est malade parce que la femme est malade », a conclu Sidonie Flore Ouwé. « Le génie de ce pays est une femme. » Une phrase qui résonnera longtemps, au-delà des murs de la Chambre de commerce, dans les foyers et les villages du département.



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