Jeudi 26 mars 2026, à Libreville, la salle d’audience du ministère de l’agriculture a soudainement changé de nature. Sous les projecteurs des médias nationaux, ce n’est plus seulement une salle de conférence de presse habituelle, mais une scène où se joue, à mots choisis, une bascule stratégique pour le Gabon. Réunis autour d’une même tribune, Pacôme Kossy, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, et Gninga Chaning Zenaba, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce et des PMI-PME, officialisent le lancement d’un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) destiné à sélectionner 150 fermes avicoles sur l’ensemble du territoire. Au-delà de l’annonce technique, c’est une véritable philosophie de réorganisation de l’État et de reconfiguration des liens entre production, marché et souveraineté qui s’exprime ici, dans une langue où l’économie se mêle à l’anthropologie des pratiques.

Tout commence par un constat, martelé par Pacôme Kossy, qui agit d’emblée en archéologue des déséquilibres nationaux : « Notre pays est encore importateur net de denrées alimentaires. Cela a un impact à la fois sur la balance commerciale, mais aussi un impact stratégique. Chaque année, ce sont des milliards de dollars en devises qui sortent du pays. Ce sont des emplois que nous ne créons pas chez nous. » La phrase a valeur de diagnostic anthropologique : le Gabon, pays riche en ressources, souffre d’une économie de rente où la consommation, notamment de poulet, s’est construite en extériorité totale. La volaille importée – près de 70 milliards de francs CFA par an, selon les estimations citées – est devenue un produit phare de l’alimentation quotidienne, au point d’ancrer dans les pratiques sociales une dépendance silencieuse aux chaînes logistiques mondiales. Ce que le ministre appelle pudiquement « l’exposition aux chocs » est en réalité une vulnérabilité existentielle, où chaque crise internationale (géopolitique, hausse des prix) se répercute brutalement sur les ménages gabonais.

Face à ce constat, l’exécutif a choisi ce que Pacôme Kossy nomme, avec une formule qui tient autant du manifeste politique que du concept économique, une « perturbation positive ». L’expression, délicate, résume un pari : bousculer les inefficacités installées pour « mieux reconstruire ». Cette perturbation, c’est d’abord la décision présidentielle de mai 2025 d’arrêter, à l’horizon de fin d’année, les importations de poulet de chair. Un geste de souveraineté qui, pour ne pas se transformer en rupture brutale, exige une architecture nouvelle. C’est là que le Plan opérationnel d’urgence pour la Filière Avicole (PUFA), approuvé en Conseil des ministres le 26 février, prend tout son sens. Le PUFA, précise le ministre, n’est pas un simple plan sectoriel : « C’est un plan opérationnel d’urgence pour la filière avicole, mais pour le Gabon. La plupart, sinon tous, les patrons ministériels sont impliqués. »
Ce qui frappe dans l’approche, c’est l’abandon d’une vision linéaire de l’action publique. Le PUFA se conçoit comme une chaîne de valeur, c’est-à-dire une connexion systémique entre producteurs et consommateurs, intégrant des maillons souvent négligés : transport, énergie, eau, commercialisation, logistique, nouvelles technologies. L’ambition anthropologique est ici manifeste : il ne s’agit plus seulement d’augmenter la production, mais de recréer un tissu économique cohérent, où chaque étape – de l’aliment pour volaille à la mise en rayon – est pensée en synergie. Les 150 fermes avicoles ciblées par l’AMI, prélevées parmi 373 recensées sur le territoire, deviendraient ainsi les mailles d’un filet de sécurité alimentaire et économique.

Mais la sélection de ces fermes, dont la date limite de candidature est fixée au 1er avril, n’est que le premier mouvement. L’accompagnement, détaillé par Pacôme Kossy, repose sur quatre piliers qui révèlent une conception renouvelée du rôle de l’État : expansion et structuration des exploitations, appui en intrants (poussins d’un jour, aliments), encadrement technique (formation, suivi terrain), et enfin, une aide à la structuration en tant que PME. Ce dernier point, confié au ministère du Commerce et de l’Entrepreneuriat, est crucial. « Une ferme agricole, c’est d’abord une PME », insiste le ministre, comme pour ancrer le secteur primaire dans une logique de performance entrepreneuriale. L’anthropologie du développement rejoint ici la politique industrielle : l’objectif est de faire émerger un secteur privé fort, considéré comme le véritable moteur de la filière. « L’expérience dans notre pays, mais même chez nous, montre que pour qu’une filière avicole décolle, il faut absolument qu’un secteur privé forme, qui innove, qui crée la motivation, qui crée l’entraînement. »

Ce glissement sémantique – du producteur agricole à l’entrepreneur – est d’autant plus significatif qu’il est repris et amplifié par Gninga Chaning Zenaba. Pour elle, la décision de suspendre les importations est d’abord « une réelle opportunité » offerte aux entrepreneurs nationaux. Mais son ministère ne se contente pas d’un rôle de facilitateur passif. Il s’agit de « mettre en place un environnement favorable au développement des PME, faciliter l’accès au financement à travers des mécanismes adaptés, structurer les circuits de commercialisation et de distribution ». La ministre évoque des discussions avec la BGFI (BCEG) et la recherche d’autres partenaires financiers, reconnaissant qu’on ne peut « s’appuyer que sur une banque commerciale ». Mais c’est sur la question de la structuration que son regard devient celui d’une ethnographe de terrain, lorsqu’elle évoque des rencontres avec des producteurs à Makokou : « Nous avons des entrepreneurs qui sont talentueux, qui ont réellement l’envie de pouvoir s’ouvrir à ce secteur d’activité. Mais nous avons remarqué également qu’il faut un accompagnement structuré, mieux, au-delà du financement. »
La phrase résume l’intuition anthropologique qui traverse toute cette conférence de presse : on ne crée pas une filière en injectant seulement des capitaux ; on la construit en façonnant des compétences, en formalisant des pratiques parfois empiriques, en reliant des acteurs épars. L’enjeu devient alors celui de la mise en réseau des 150 fermes avec les grandes chaînes de distribution, telles que SANgel ou Prix Import. Il s’agit d’assurer que les produits locaux trouvent des débouchés stables dans un marché « concurrentiel et compétitif », tout en veillant au respect « des bonnes pratiques commerciales ». Derrière le vocabulaire économique se dessine une architecture sociale : celle d’un État qui ne se substitue pas aux acteurs privés, mais qui tisse, à travers un maillage interministériel, les conditions d’une économie domestique plus résiliente.

« Nous sommes au chemin de bataille », conclut Gninga Chaning Zenaba, dans une formule qui dit à la fois l’urgence et l’engagement collectif. La « bataille » est économique – il s’agit de réduire une facture d’importation jugée colossale – mais elle est aussi symbolique. Car au fond, ce qui se joue ici est une transformation de l’imaginaire national : passer du statut de pays importateur, assigné à une place dans la division internationale du travail, à celui de pays producteur, capable de nourrir sa population avec ses propres ressources et sa propre main-d’œuvre. Les 150 fermes sélectionnées ne seront pas seulement des unités de production ; elles deviendront, dans la perspective affichée, les avant-postes d’une économie diversifiée et d’une souveraineté alimentaire patiemment reconquise.
L’initiative, pour ambitieuse qu’elle soit, porte en elle ses propres défis. La « perturbation positive » évoquée par Pacôme Kossy suppose que les ruptures soient assumées et que les transitions soient accompagnées avec une précision horlogère. L’État gabonais, en mobilisant une approche par la chaîne de valeur et en plaçant la structuration des PME au cœur de son dispositif, fait le pari d’une ingénierie sociale autant que d’une politique agricole. Reste à savoir si les 150 fermes, en émergeant comme des pôles de compétence, parviendront à entraîner l’ensemble du secteur dans une dynamique vertueuse. Mais en cette fin de mois de mars, dans la salle de conférence de presse de Libreville, l’analyse économique s’est doublée d’un récit de réappropriation : celui d’un pays qui, à travers ses ministres, regarde enfin ses assiettes et ses marchés comme les lieues d’une autonomie retrouvée.
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