Il fallait voir l’émotion contenue dans la salle du complexe hôtelier La Sablière ce samedi, lorsque le ministre de la Santé, Elsa Nkana Joséphine Ayo Epse Bivigou, a remis le document final entre les mains de la Première Dame. Un geste sobre, presque solennel, qui clôturait trois jours d’une introspection nationale douloureuse mais nécessaire. Car au Gabon, la vérité des chiffres est devenue une urgence nationale : trop de femmes meurent encore en donnant la vie. Face à ce constat implacable, l’atelier d’élaboration du Plan d’Accélération pour la Réduction des Décès Maternels n’a pas été un colloque de plus. Il a été un électrochoc, et peut-être le début d’une promesse tenue.

Sous le haut patronage de Zita Oligui Nguema, dont la Fondation Ma Bannière s’est imposée comme un fer de lance du combat pour la santé maternelle, gynécologues, anesthésistes, sages-femmes et experts en santé publique ont ausculté sans fard les failles du système. Et le diagnostic posé par le ministre est sans appel. « L’aggravation du taux de mortalité maternelle exige de nous un changement de paradigme immédiat », a martelé Elsa Nkana Joséphine Ayo Epse Bivigou, dans une allocution où la gravité le disputait à la détermination.
« Il n’y a plus de place pour l’attentisme, encore moins pour le déni. » Dans la bouche de la première responsable de la santé du pays, ces mots ont résonné comme une injonction à l’action, portée par l’ambition mondiale du « zéro décès maternel évitable d’ici 2030 », cheval de bataille de l’UNFPA et de l’OMS, partenaires de la première heure de cette initiative.

Loin des vœux pieux, le plan adopté se veut une feuille de route chirurgicale, articulée autour de trois piliers majeurs qui touchent à la fois à la politique, à la société et à la technique médicale. D’abord, un engagement politique hissé au rang d’« Urgence Nationale de Santé Publique », avec la promesse d’un financement pérenne et la création d’un observatoire pour traquer les moindres défaillances.
Ensuite, un volet dédié à la protection des plus vulnérables, ces adolescentes et jeunes femmes trop souvent laissées pour compte, pour lesquelles le plan promet un accès gratuit aux soins de reproduction et un accompagnement psychosocial renforcé. Enfin, un effort inédit sur le renforcement des capacités du système de santé : recrutement massif, mentorat, télémédecine et modernisation des plateaux techniques, autant de chantiers colossaux mais vitaux.

L’implication affichée de la Première Dame change la donne. Elle confère à ce document stratégique une portée politique et symbolique que les plans précédents n’avaient peut-être pas. En réaffirmant sa présence constante, Zita Oligui Nguema incarne ce lien entre la volonté du sommet de l’État et l’urgence du terrain. La vision présidentielle, portée par le Plan National de croissance et de développement 2026-2030, trouve ici sa traduction la plus humaine. Car au-delà des treize actions concrètes et mesurables que compte ce plan, c’est un nouveau contrat social qui s’esquisse. « Donner la vie sans perdre la sienne est un droit », a rappelé le ministre dans une formule qui claque comme un manifeste.
À Libreville, ces derniers jours, le Gabon a choisi de ne plus seulement déplorer ses mortes ; il a décidé de les venger par la vie sauvée. Et dans une maternité apaisée, c’est toute une nation qui se reconstruit.
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