Ce mercredi 15 avril, sous les voûtes recueillies de l’église du Séminaire Saint-Jean de Libreville, le temps s’est comme suspendu. Il ne s’agissait pas seulement de marquer le quarantième jour de la montée vers le Père de Jean-Baptiste Ogala, ancien directeur général de l’École Nationale d’Art et Manufacture (ENAM). Il s’agissait, pour une foule dense où se mêlaient les étoffes sombres du deuil et les visages émus de la mémoire, de sceller un pacte : celui que les grandes âmes, celles qui ont su élever leurs semblables avec rigueur et tendresse, ne sont jamais vraiment parties.

À la demande de son épouse, la vénérable Alice Elisabeth Mamengi Ititsa, sénatrice de la Transition, cette cérémonie d’action de grâce a transcendé le simple rituel ecclésiastique pour devenir le théâtre vibrant d’une solidarité familiale exemplaire. Il y avait là, dans une harmonie que l’illustre défunt n’aurait pas reniée, la famille de la veuve, les parents de sang, les collègues, les amis et ces connaissances dont le chagrin discret disait long sur l’empreinte laissée par « Nono ».


Car si l’on a beaucoup prié pour le repos de son âme, c’est bien le souvenir d’un homme vivant, debout et exigeant qui a traversé les travées. Jean-Clément Doukaga, actuel directeur général de l’ENAM, est venu dire ce qu’il devait à ce maître d’humanité qui lui mit « le pied à l’étrier de l’administration ». Sa voix, chargée d’une gratitude intacte, a peint le portrait d’un professionnel d’un autre temps. « Il ne transigeait pas sur la droiture et sur le travail. C’était un acharné, mais vraiment très acharné. Et sur les textes, il était vraiment assez à cheval dessus », a-t-il confié, avant de livrer une anecdote plus intime qui en dit long sur l’étoffe privée de l’homme.

Loin des bureaux feutrés de l’ENAM, Jean-Clément Doukaga se souvient d’une escale à Mouila, en 2013. Étudiant en vacances, accompagné de sa fiancée, il croise par hasard Jean-Baptiste Ogala et son épouse. Apprenant que le jeune couple compte passer la nuit dans l’inconfort d’un transit routier avant de reprendre la route pour Nyali, le haut fonctionnaire oppose un veto catégorique : « Vous ne partez pas, vous dormez ici. » C’est en rejoignant la chambre offerte que le jeune homme réalise, bouleversé, que ses aînés leur ont cédé leur propre lit conjugal. « Ils étaient tous deux fonctionnaires, des aînés, mais la considération qu’ils avaient de l’humain pour nous laisser leur chambre, je n’oublierai jamais. Un homme de cette trempe ne disparaît pas », a conclu M. Doukaga, offrant à l’assemblée bien plus qu’un témoignage : une leçon d’élégance morale.


Cette leçon de vie, la famille biologique du défunt l’a reçue dans le cœur. Une des parentes, désignant affectueusement l’absent par son surnom « Nono », a posé des mots empreints d’une sagesse ancestrale sur cette cérémonie où le visible et l’invisible semblaient dialoguer. « Il a déjà fait des signes », a-t-elle glissé, appelant à la paix et à la reconnaissance des torts pour bâtir des relations « saines en terre ». Loin des clichés de la tristesse ostentatoire, elle a rappelé la pudeur des peines multiples : « Aujourd’hui, Tante Alice a perdu son époux. Ma petite mère a perdu son frère. Monique a perdu son oncle. Notre petit-fils a perdu son grand-père. Le chagrin est multi-manifeste.


Chacun fait son deuil à sa manière. » Des mots d’une lucidité tendre qui ont su rendre hommage à la franchise de celui qui, lorsqu’il avait quelque chose à dire, le disait sans détour. « Un chat ne fait pas un chien. Nous avons le même sang », a-t-elle lancé, avant de saluer la veuve, cette « Tante Alice » dont la carapace de femme forte cache, selon elle, « la personne la plus sensible ».

Le frère cadet de la sénatrice, Chris Kinga, a quant à lui résumé le sentiment général au sortir de cette messe où les éventuels « clivages » ont été balayés par l’unité du souvenir. « Nono reste toujours marqué dans nos cœurs. Jusqu’à la preuve du contraire, il ne sortira jamais de là », a-t-il assuré, se réjouissant que cet événement ait permis de montrer à la veuve qu’elle n’est pas seule.
En observant la foule nombreuse et recueillie partager le repas de communion après les prières, il a formulé un vœu qui sonne comme une promesse : que cette solidarité perdure au-delà des quarante jours, car si Jean-Baptiste Ogala les a physiquement quittés, dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, il n’a fait que changer de côté. Non pas un adieu, mais un au revoir silencieux, gravé dans la rigueur du travail bien fait et la chaleur d’une chambre offerte à des étudiants de passage.
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