PAR : Jean-Christian KOMBILA
Des « Grands Duels » en politique ont fortement marqué l’Histoire du monde de l’Antiquité à nos jours. À tout le moins, il y a eu ceux d’Alexandre Le Grand et Darius « Le Petit » qui décida du sort de l’empire Perse achémenide, bouleversant fatalement l’épicentre géostratégique de l’Eurasie, le duel au sommet entre Scipion et Hannibal qui scella « la Première mort de Carthage », la bataille d’Octave contre Antoine et Cléopâtre étalée sur quatorze ans… Voire les pugilats de Grégoire VII face à Henri IV avec cette insupportable humiliation vécue à Canossa, de Philippe Auguste et Jean Sans – Terre, puis de Staline et Trotski ou le combat mortel des » Camarades » ! Pour emprunter un jargon bien en phase avec l’écosystème politico-médiatique local et l’actualité brûlante en question.
À l’échelle nationale aussi, en effet, des batailles politiques épiques ont connu une dramaturgie spectaculaire. L’une des plus emblématiques a opposé à jamais Ali Bongo à André Mba Obame, les « frères siamois » et dont l’issue à la fois cruelle et révoltante se résume en une Leçon de Vie sans fin pour les noviciats du pouvoir réputés prompts à en découdre. « Qui perd, Gagne » au final.
Tellement ils ont été portés par une conception manichéenne et contre- productive du Pouvoir suprême, une fois établi au gouvernail !
À maints égards, sous nos regards abasourdis, un autre duel, aux relents balkanistes dangereux, s’est révélé sur la place publique, derrière la crise politique à l’Hôtel de Ville. Laquelle finira, hélas, par emporter le maire de Libreville, Pierre – Mathieu Obame Ethoughe, élu démocratiquement sous le manteau éclatant des Bâtisseurs.
Ce face-à-face édifiant met aux prises deux Anciens Premiers ministre d’Ali Bongo en « désaccord idéologique » mué en rivalités personnelles tentaculaires, MM. Paul Biyoghé Mba et Julien Nkoghe Bekale.
Natifs de l’Estuaire, ils sont considérés, légitimement, comme des Voix autorisées pour « gérer ensemble » pareille crise comme au bon vieux temps précédant l’avènement de la V è République.
Mission :
Sauver avant tout l’Homme, en préservant l’unité visiblement fragilisée dans les rangs de l’UdB, au-delà celle de la communauté géopolitique et anthropologique locale aux yeux de la Nation.
Dans cette perspective, heureuse a priori, très vite l’affrontement pour le leadership politique provincial, sous fond de postures tribalo-claniques, a pris le dessus sur l’identification objective des personnalités aptes à incarner l’alternative crédible au jeune édyle « émancipé et incontrôlable », condamné à la démission pour son manque de solidarité généreuse aux affaires. Pis, ici, les vieilles pratiques politiciennes ont la peau dure. Et qui s’y frotte, s’y pique dangereusement.
Là, comme si les jeux étaient faits d’avance, selon diverses sources, c’est la proposition gracieuse d’une candidature faite à son tour par M. Nkoghé-Bekalé qui a causé le désarroi in situ, au point d’avoir été jugée « inacceptable » par M. Biyoghe Mba. Lui, dont la vieille rengaine tirée de vieilles archives est néanmoins noble :
« La politique, l’exercice des responsabilités publiques n’ont de sens, d’utilité et de Noblesse que lorsqu’ils sont au service de l’homme, de notre jeunesse, de nos femmes, de nos aînés, de tous nos compatriotes ». Qu’en est-il factuellement ?
A cette aune essentielle, « ce n’est pas tant le profil de l’homme qui posait problème, c’est manifestement son initiative qui ne passe pas » affirme un notable du G1 bien couroussé.
Cette confidence aimable s’est accompagnée d’indiscrétions à foison pointant accidentellement la participation significative de ce hiérarque du PDG à un conclave portant sur « les affaires intérieures de l’UdB ».
De fait, le crime de lèse majesté est sans fondement, étant donné que la plus haute hiérarchie Udbiste a jugé nécessaire de solliciter le gotha politique de l’Estuaire, sans exclusive, à cette réunion voulue « transpartisane ». Mais en définitive verrouillée par des tenants de l’ordre ancien, ces néo-caciques autoproclamés de l’UdB, soucieux de privilèges et gardiens intraitables de leurs propres intérêts.
En tout cas, c’est de bonne guerre ! Sachant que le prochain édyle sortira une fois de plus de l’écurie présidentielle. Rien d’étonnant, donc, l’UdB ayant la majorité confortable au Conseil municipal.
Ce qui étonne, en revanche, c’est « le ton violent des échanges, la colère véhémente des anciens Pdgistes » qui accusent leur « frère énnemi » désormais de tous les péchés d’Israël. « C’est un ingrat qui oublie celui qui l’a fait roi » vitupère un militant frondeur de l’UdB.
C’est de notoriété, en effet, Julien Nkoghé Bekale fut « un poulain » digne de Paul Biyoghé Mba. Et lui-même le reconnaît volontiers avec humilité.
Aujourd’hui, lorsque l’on observe sa prodigieuse carrière politique et sa trajectoire politique quasi-identique à celle de l’autre… Ancien Ministre et parlementaire, Ancien Premier ministre, Chef du gouvernement et Ancien président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Julien Nkoghé Bekale a bien appris de son ex-mentor. Est-ce pour autant gênant ?
Soucieux de tracer son propre sillon, pour devenir un Homme d’Etat, il a su se démarquer pour affirmer une personnalité authentique. Sans doute a-t-il été patiemment nourri par des exemples mémorables :
Nicolas Sarkozy en France, coupant le cordon ombilical d’avec « son Père » Jacques Chirac en vue d’accéder, comme lui, à l’Elysée plus tard. Macky Sall, aussi, revendiquant le droit d’inventaire au Sénégal, et prenant son envol loin de Me Abdoulaye Wade, le patriarche. Comparaison n’est pas toujours raison ?
En tout cas, ses partisans continuent de réfuter avec force la critique acerbe d’ingratitude. Eux font valoir, a contrario, sa « loyauté naturelle à l’Histoire commune construite tant bien que mal sur le terra, son ancrage résolu au PDG, en surfant sur des idées novatrices et sur les postures ou querelles individuelles. Voilà ce qui compte et nous distingue ». Implicitement, ce message est une invite à l’introspection, à la quête de la sagesse, au questionnement courageux des trajectoires politiques dans une société politique en perte navrante de repères.
Autant que de personnalités politiques de fortes statures et d’envergure républicaine ! Reconnues à l’échelon du pays pour être utiles à « L’Homme-Nation ».
À savoir, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma, dans sa Noble Mission de réinventer l’Unité de la Nation, de reconstruction de l’Etat, de Restauration des Institutions, ainsi que de l’économie nationale pour hâter le développement global. En outre, le « combat mortel » des anciens Pdgistes est au fond un signal fort dont devrait se saisir le président de la République, en personne, en sa double qualité d’Arbitre et de clef de voûte des institutions de l’Etat.
Objectif : circonscrire l’impact de ces rivalités nuisibles et siffler la fin des luttes provinciaes puériles. Le tout, en évitant habilement les pièges de la cour, bondée de profito-situationnistes, sans convictions politiques, choisissanttoujoursle camp du vainqueur ! La crise à l’Hôtel de Ville de la capitale est un de ces pièges ! La guerre à petite échelle entre d’anciens Premiers ministres en est un autre. Tout comme l’affaire judiciaire d’un autre Ancien Premier ministre d’ABO, Alain Claude Bilie-By-Nzé en délicatesse avec le parquet de la République.
Au-delà, il y a lieu de reconsidérer les jugements hâtifs des « Anciens Camarades » et renforcer davantage le processus d’inclusivité, en attendant le verdict, tôt ou tard, du Tribunal implacable l’Histoire. On y verrait toujours un marqueur fondamental d’un État Impartial.
Ce faisant, disons-le, in fine, en ces temps de déficit mémoriel pathétique, le plaidoyer de M. Nkoghé Bekale en faveur d’ « une Gouvernance exemplaire et de confiance, reposant sur un leadership décomplexé » résonne d’un écho bien plus fort et saisissant.
Reste à savoir si les archaïsmes sociologiques et anthropologiques accablants et ambiants symbolisés par cette tension politique à la mairie de Libreville n’auront pas raison de tout optimisme républicain ? En tout cas, ces Anciens Premiers ministre du régime déchu ont le mérite anodin de repositionner le politique comme un enjeu majeur du septennat présidentiel.
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