Devant une assemblée d’enseignants et de partenaires sociaux réunis en conférence de presse dans la capitale, Raphaël Mbombe, président et porte-parole du Conseil des Acteurs de l’Éducation Nationale (CAN), a livré un plaidoyer vibrant à l’orée de la toute première élection professionnelle du monde syndical gabonais. Une allocution solennelle où la vision d’une école réconciliée avec la nation s’est mêlée à une interpellation directe, presque frontale, du chef de l’État au sujet de centaines de dossiers de reclassement en souffrance.

« Distinguées invitées, communautés éducatives, le monde syndical gabonais, après de nombreuses tentatives au fil des années, s’apprête enfin à organiser sa première élection professionnelle », a lancé d’emblée le responsable syndical. Dans une salle où flottait le poids de décennies d’attente, Mbombe a rappelé que ce scrutin ne vise rien de moins qu’à mesurer la représentativité réelle des organisations devant les pouvoirs publics et les instances politiques, des syndicats de base jusqu’au niveau confédéral. L’objectif : mettre fin à la prolifération anarchique de structures dépourvues de cadres normatifs, et redonner crédibilité et légitimité aux acteurs du dialogue social.
Placés selon lui devant la responsabilité historique de choisir le syndicat qui fera de l’école gabonaise une priorité véritable, les enseignants ont été exhortés à dépasser les réflexes claniques qui minent trop souvent les scrutins corporatistes. « Il ne s’agit pas de voter pour un proche, pour un ressortissant de sa province ou pour son appartenance ethnique. Le système éducatif n’est ni familial, ni provincial, ni communautaire, il est national », a martelé Raphaël Mbombe, sous les applaudissements. Un appel vibrant à hisser le vote au niveau d’un choix de société, où le syndicalisme ne serait pas un contre-pouvoir systématique mais un « contrepoids social », défendant à la fois le travailleur et la valeur du travail.


C’est dans ce plaidoyer pour une représentativité « efficace, intègre et constructive » que le discours a basculé vers une séquence plus politique et non dénuée de gravité. Fixant son auditoire, Mbombe a posé une question demeurée, selon lui, sans réponse : comment expliquer que près de 400 dossiers de reclassement d’enseignants, signés en octobre et novembre 2025 et dont les arrêtés sont déjà établis, dorment encore dans les services compétents du ministère de l’Éducation nationale ? Une inertie administrative que le leader du CAN juge d’autant plus incompréhensible que la ministre d’État en charge du secteur a, dit-il, exprimé la volonté de voir ces dossiers aboutir.

Le ton s’est fait alors plus personnel, comme une missive adressée directement au sommet de l’État. « Une telle situation semble aller à l’encontre des orientations que vous avez affichées, Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, Chef du gouvernement », a-t-il déclaré, ajoutant avec une prudence calculée : « Nous y reviendrons en temps opportun. » Une manière de poser un jalon, sans pour autant transformer la tribune en réquisitoire, fidèle à la ligne d’un syndicalisme qu’il veut résolument constructif.

En dépit des « zones d’ombre » qu’il reconnaît dans la préparation de ce scrutin inédit, Raphaël Mbombe choisit, pour l’heure, la confiance dans les institutions chargées de l’organiser. Il a conclu son intervention par un appel à l’amélioration tangible du quotidien des maîtres et des élèves, égrenant les piliers de l’école rêvée : enseignants épanouis et écoutés, carrières mieux accompagnées, infrastructures adaptées et effectifs maîtrisés. Avant de lancer, comme un slogan d’espoir : « Voter pour le CAN, c’est faire le choix de l’amélioration. » Un mot d’ordre aura clos la rencontre, accompagné d’une bénédiction pour le Gabon. L’histoire du syndicalisme enseignant gabonais attend désormais le verdict des urnes.
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