Au milieu des herbes hautes de son ancien verger, Clémence Minko n’arrive plus à distinguer l’emplacement exact de la tombe de sa mère. Les poteaux en bois blanc qui marquaient la sépulture ont été arrachés et jetés au fossé, le petit enclos dévasté. « On n’a même pas pu déplacer les restes avec dignité. Ils ont tout rasé, et quand je suis venue demander des comptes, ils m’ont dit de chercher un avocat si je n’étais pas contente. » Elle serre contre elle une photo écornée prise sous le manguier familial, aujourd’hui disparu.

Cette scène, des dizaines de familles d’Essassa derrière Berthe et Jean pourraient la raconter. Depuis des semaines, la Société nationale immobilière exécute un plan méthodique de table rase, sans égards pour les vies humaines ni pour les morts. Et pendant que les tombes sont profanées, pendant que les pieds de manioc sont broyés et les fondations rasées, les machines de la commercialisation foncière, elles, tournent à plein régime. Des terrains sont d’ores et déjà proposés à des tiers, comme si les droits des occupants historiques s’étaient évaporés avec la poussière des chantiers.
Le collectif des habitants l’a dénoncé avec une précision clinique dans sa déclaration du 25 avril : « Les opérations de morcellement suivies de commercialisation à des tiers, alors même que les occupants sont présents et qu’un processus de régularisation est en cours. Un terrain ne peut être valablement cédé sans purge des droits existants. » En droit gabonais, la purge des droits est un préalable impératif à toute cession : il faut identifier, notifier, indemniser ou reloger. Ici, rien de tout cela. La SNI a choisi une méthode plus expéditive : vendre d’abord, régulariser peut-être, et laisser aux acquéreurs et aux dépossédés le soin de se battre devant les tribunaux.

Ce cynisme foncier est aggravé par une parole officielle méthodiquement trahie. Le 27 janvier 2026, devant les populations, le directeur général de la SNI avait détaillé un calendrier : régularisation des parcelles bâties, puis, à partir du 1er avril, extension aux terrains nus et plantations. Les propriétaires de plus de 5 000 m² étaient encouragés à morceler pour associer leurs enfants à la procédure. La salle avait applaudi. « C’était un engagement. C’était une parole donnée », rappelle la déclaration du collectif. Trois mois plus tard, les mêmes mots sonnent comme une macabre ironie pour ceux qui, venus appliquer les consignes, se font jeter des bureaux ou voient leurs titres amputés sans explication, un propriétaire de 2 000 m² réduit à 500 m², un autre de 4 000 m² à 1 000 m².
La violence administrative n’est pas un dérapage isolé ; elle est la marque d’une stratégie d’éviction qui avance sous couvert de régularisation. Lors de l’assemblée générale du 18 avril, les habitants ont recensé, preuves à l’appui, une litanie de destructions exécutées avant le 1er avril : « profanation des tombes, destruction de sous-bassement, disparition de délimitations foncières, destruction de plantations et vergers, et dans certains cas, d’habitations. » La SNI n’a notifié personne, n’a organisé aucune procédure contradictoire, n’a présenté aucune décision de justice. La loi gabonaise sur l’environnement exige pourtant une cartographie participative élaborée en amont, une concertation sérieuse, un processus inclusif. « À ce jour, aucun document de cette nature n’a été présenté aux populations concernées », lit-on dans la déclaration. Le développement, à Essassa, s’écrit à coups de pelleteuse, pas à coups de dialogue.
L’argument de l’intérêt général, régulièrement invoqué par la société, ne résiste pas à l’examen des faits. La SNI se dit contrainte de préserver des espaces pour des projets d’utilité publique tout en reconnaissant disposer d’une réserve foncière. Les habitants posent alors une question simple qui traverse toutes leurs prises de parole : « Pourquoi ne pas mobiliser cette réservation foncière pour la réalisation des infrastructures publiques, au lieu de dépouiller des populations qui ne possèdent que ces terres pour vivre et transmettre à leurs enfants ? » Aucune réponse n’a jamais été apportée à cette interrogation. Dans les bureaux, le mutisme. Sur le terrain, les tractopelles.

Pendant ce temps, des acquéreurs extérieurs débarquent sur des parcelles encore juridiquement occupées, croyant avoir acheté un sol vierge. La SNI fabrique ainsi un contentieux de masse qu’elle laissera en héritage à de modestes familles gabonaises, incapables de financer des années de procédure. « Dans un État de droit, le développement ne peut se faire contre les populations, mais avec elles », insiste la déclaration du 25 avril. Ce principe fondamental, le président de la République lui-même en avait fait un pilier de sa politique sociale. Ses instructions, visant des montants de régularisation accessibles — 600 000 francs CFA pour les petites parcelles, 1 200 000 francs pour les plus grandes —, étaient un signal fort en faveur d’une inclusion réelle. Mais entre le palais et Essassa, le message est défiguré.
Alors que les habitants multiplient les appels, la main tendue se heurte à une fin de non-recevoir méprisante. La confiance dans la parole présidentielle vacille à mesure que les manguiers tombent. « Nous avons cru en votre parole. Nous y croyons encore », a dit l’homme qui lisait la première adresse. Mais chaque jour qui passe sans arbitrage rend cette foi plus fragile. Les habitants ne demandent pas l’impossible : une suspension immédiate des destructions, le respect du processus annoncé, l’arrêt de toute commercialisation des parcelles occupées, et l’ouverture d’un dialogue sincère. À Essassa, on pense que le président n’a pas besoin de nouveaux discours, seulement que ses propres instructions soient enfin appliquées, avant que la terre ne devienne trop lourde de promesses piétinées.
Ne révise plus seul ! Accède à une 𝐦𝐮𝐥𝐭𝐢𝐭𝐮𝐝𝐞 𝐝'𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐲𝐧𝐭𝐡𝐞𝐬𝐞 𝐞𝐧 𝐏𝐡𝐲𝐬𝐢𝐪𝐮𝐞-𝐂𝐡𝐢𝐦𝐢𝐞, 100% conformes au programme du Gabon. Bloqué sur un calcul ? 𝐇𝐲𝐬𝐨𝐩𝐞, ton Grand Frère IA, 𝐭𝐞 𝐠𝐮𝐢𝐝𝐞 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐞𝐭𝐚𝐩𝐞 vers la solution de chaque question.
𝐡𝐭𝐭𝐩𝐬://𝐚𝐬𝐬𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐭𝐞𝐝𝐮.𝐨𝐧𝐥𝐢𝐧𝐞
