SIGALLI : l’angoissante détresse de Rose Epongoye, tombée sur un siège et oubliée

Elle s’appelle Rose Epongoye, épouse Ngombi. Il y a quatre ans, cette employée de la Société Industrielle Gabonaise de Laiterie et de Liquides (SIGALLI) a basculé dans l’enfer administratif et médical. Tout a commencé en juillet 2020, par une chute banale en apparence. Un siège métallique, au sein même de l’entreprise, et son corps qui cède. Depuis, sa vie n’est plus qu’une longue litanie de douleurs, d’abandons et de promesses non tenues.

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Agent de production engagée en 2012 sous contrat à durée indéterminée, Rose se disait aujourd’hui « abandonnée, délaissée et négligée » par son employeur. La chute sur ce matériel qu’elle estime défectueux lui a valu bien plus qu’une simple contusion. Les médecins ont diagnostiqué des douleurs articulaires et lombaires persistantes, un pincement des vertèbres lombaires, des douleurs aux genoux, ainsi qu’une spondylarthrose et une lombarthrose discale débutante. Autant de mots savants pour décrire une réalité simple : elle ne peut plus travailler. Elle se déplace désormais avec une béquille.

 

Mais le plus dur, selon elle, ne vient pas de son corps meurtri. Il vient du silence de ceux qui devraient la protéger. La SIGALLI, affirme-t-elle, refuse toute prise en charge médicale. Depuis 2021, avec l’aide de son époux, Jean Dedieu Ogoms Ngombi, journaliste à Gabon Télévision, elle finance elle-même consultations et examens dans plusieurs hôpitaux. Son dernier salaire, dit-elle, lui a été versé le 31 juillet 2021. Après, plus rien. Ou presque : un « prêt » de 600 000 francs CFA, selon les déclarations de responsables de SIGALLI lors d’une rencontre devant l’inspection départementale du travail en septembre 2021. Une somme que l’entreprise présente comme un geste, mais que Rose et ses proches considèrent comme une goutte d’eau face à l’océan de ses besoins.

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Les procédures judiciaires, engagées dès le 22 novembre 2021 devant le tribunal du travail, piétinent. Pire, la victime dénonce des pressions, une corruption qui entraverait l’aboutissement de ses droits, jusqu’à la compromission présumée de son propre conseil juridique. On lui aurait également sommé de signer une renonciation à son suivi médical auprès de la CNSS et à toute procédure de prise en charge. Comme si l’on voulait la faire disparaître silencieusement des registres.

 

Un détail troublant, rapporté par des sources internes : le fameux siège métallique à l’origine de l’accident aurait été remplacé après la chute. Une preuve, selon certains, que le matériel était bel et bien défectueux. D’autres voix évoquent un « climat délétère » au sein de la société, des licenciements jugés abusifs, des pratiques contraires au Code du travail gabonais, et un juriste interne qui serait l’architecte de plusieurs décisions controversées, dont le refus d’indemniser Rose Epongoye.

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Dernier outrage, et non des moindres : l’entreprise n’aurait pas reversé l’intégralité de ses cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale. Une irrégularité grave, si elle se confirme, qui priverait la salariée même des maigres filets de protection auxquels elle pourrait prétendre.

 

Désemparée mais pas vaincue, Rose Epongoye a décidé de lancer un appel au sommet. C’est au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’elle adresse sa supplique. Elle le considère comme le seul à même de trancher ce nœud d’abandons et d’hypocrisies. Elle invoque les engagements du Chef de l’État durant la transition, notamment la promesse de restaurer la dignité des citoyens gabonais. Une dignité qu’elle estime aujourd’hui « profondément atteinte ».

 

Derrière cette femme à la béquille, c’est tout un système de protection des travailleurs qui vacille. Son histoire, aussi intime soit-elle, pose une question collective : que vaut la promesse de la dignité, si celle-ci peut s’effondrer sur un simple siège métallique ?



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