La réforme avance, et visiblement, elle fait mal. Depuis plusieurs semaines, une campagne de dénonciation cible le ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi et son partenaire technique Rengus Digital, les accusant tour à tour de violations légales, de précarisation des agents et de mépris syndical. Mais à y regarder de près, les faits racontent une tout autre histoire.

Car derrière les accusations brandies à grand bruit, c’est en réalité la logique même de la modernisation qui est attaquée. La collaboration entre le ministère des Transports et Rengus Digital n’a rien d’une opération opaque : il s’agit d’un contrat à durée déterminée, conclu dans une transparence totale, avec un objectif précis et assumé — permettre au ministère de maîtriser, demain, les outils numériques qu’il déploie aujourd’hui. Un transfert de compétences, pas une mise sous tutelle.

La présence des agents sur les sites d’enrôlement, présentée par leurs détracteurs comme une mission imposée dans l’illégalité, résulte en réalité d’une démarche volontaire. Ce sont les agents eux-mêmes qui ont sollicité leurs directeurs pour y participer, conscients de l’opportunité que représentait cette montée en compétences. La hiérarchie a suivi, le Secrétaire général a formalisé. Difficile d’y voir une violence institutionnelle.
Sur la question des primes et per diems, le ministère est clair : les agents présents sur ces sites exercent leurs missions habituelles en qualité de fonctionnaires de l’État. Aucune promesse de rémunération supplémentaire n’a été faite, et aucune n’était due. Quant aux retards du Trésor public sur les primes de rendement du troisième trimestre, ils obéissent à des procédures administratives et financières qui échappent entièrement à la tutelle du ministre. Lui imputer ces délais relève davantage de la mauvaise foi que de l’analyse sérieuse.

Ce qui retient néanmoins l’attention, c’est la coïncidence troublante entre la montée en puissance de cette campagne et les retards constatés dans la délivrance des permis numérisés. Au lancement du projet, les documents parvenaient aux usagers en une semaine. Depuis, certains attendent plusieurs mois. Des témoignages évoquent des absences répétées, des retards chroniques, des départs anticipés de la part de certains agents affectés sur les sites — qui n’hésitent pas à invoquer leur statut de fonctionnaire pour s’y soustraire. On parle même, dans des rapports internes, de « faits de compromission ». Ces signalements méritent d’être pris au sérieux.
Le ministre Manfoumbi Manfoumbi ne fuit pas le dialogue. Il a mandaté son Secrétaire général pour recevoir les représentants syndicaux, examiner leurs préoccupations, et préparer des échanges structurés. Une procédure normale dans toute administration qui se respecte — et que l’on s’empresse ici de présenter comme un affront.
La vérité, que cette campagne s’efforce de noyer sous les accusations, est simple : la digitalisation des permis de conduire est une réforme voulue par les plus hautes autorités de l’État, saluée par les usagers, et portée avec détermination par un ministre qui assume ses responsabilités. Ceux qui s’y opposent, à visage découvert ou en coulisses, ont peut-être moins à cœur les droits des agents que la pérennité d’un système ancien que cette réforme est précisément venue bousculer.
Il serait temps de poser la bonne question : qui a véritablement intérêt à ce que les permis de conduire gabonais ne soient jamais digitalisés ?
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